En signant au Paris Saint-Germain (PSG), Kylian Mbappé, 18 ans, natif de Bondy, est devenu le joueur français le plus cher de l’histoire. Kozi Pastakia, 26 ans, journaliste au Bondy Blog, fan de football et lui aussi ayant grandi dans cette même ville de Seine-Saint-Denis, a tenu à écrire une lettre au « Kylian de Bondy ».

Kylian Mbappé. On entend ton nom sortir de la bouche de tous les observateurs du foot et tourner en boucle dans les bulletins d’info, radios ou télé. « Kylian Mbappé, Kylian Mbappé, Kylian Mbappé« . En signant au PSG, tu as battu un record, celui de devenir le joueur français le plus cher de l’histoire. J’imagine que ce ne sera qu’une distinction de plus pour toi qui, du haut de ton mètre 78, a pris l’habitude de les collectionner : plus jeune footballeur à jouer un match en pro avec l’AS Monaco, plus jeune joueur à atteindre les dix buts en Ligue 1, plus jeune joueur à atteindre les cinq buts en Ligue des Champions, plus jeune buteur en demi-finale de cette même compétition,… Quand moi, j’accumulais les râteaux avec les filles, toi, Kylian, à 18 ans, tu empilais les récompenses et les trophées, « avec une facilité déconcertante« .

Kylian, comme toi, j’ai grandi à Bondy et tu as le même âge que mon petit frère alors, laisse-moi te faire part de ma fierté. Celle de voir un gamin de cette ville de Seine-Saint-Denis faire la Une des journaux, être au centre de toutes les attentions, en raison de son talent. Tu n’es ni médecin, ni écrivain ou politique. Tu n’as pas sauvé de vie ni mis fin à une crise diplomatique. Le prix de ton transfert (les médias évoquent la somme de 180 millions d’euros) fait halluciner. Mais je m’en fous. Ce n’est pas de ta faute si le monde du ballon rond déchaîne les passions, à en perdre la raison. Toi, tu fais ce que tu sais faire de mieux : enchanter les fans de foot avec tes dribbles chaloupés, tes accélérations et tes buts.

Ton sourire innocent, après ton match avec l’équipe de France et ton premier but en sélection ce jeudi, faisait plaisir à voir. J’ai souri avec toi et je n’ai pas pu m’empêcher de repenser à l’enfant que j’étais et aux parties de football, à l’époque, avec les potes après l’école, pendant les vacances ou dès qu’on avait du temps à dépenser. Comment oublier le Stade Léo-Lagrange, Robert-Gazzi, la Mare à la Veuve ou encore les City-stades comme celui de Blanqui…  Sur tous ces terrains de jeu, on en aura troué des joggings et écorché des genoux à force de tomber, et on en aura perché des ballons en voulant toucher les étoiles. Pas besoin de vraie pelouse ou de cages. Une balle, même en piteux état, et une bande de potes, ça nous suffisait pour nous imaginer en Zidane, Ronaldinho ou Henry.

Toi, Kylian tu as fait de ton rêve un métier. Sache que quand tu souris, c’est tout Bondy qui rit avec toi, quand tu marques, les Bondynois vibrent pour toi. Aujourd’hui, je vois les maillots floqués de ton nom défiler dans les rues de ta ville. Peut-être qu’un jour, ton visage et ton nom seront-ils affichés à Bondy, à l’instar de Moussa Sissoko à Aulnay-sous-Bois.

« Bip Bip« , c’est l’un de tes surnoms, en hommage au volatile du dessin animé qui échappe à toute vitesse à Vil Coyote. À 18 ans, tu bats tous les records de précocité, tu gravis les échelons plus rapidement que les autres, mais après quoi tu cours Kylian ? Sûrement après la Ligue des Champions dont tu avais des répliques en miniature dans ta chambre, quand tu n’étais qu’un enfant. Alors voilà, le Kylian de Bondy est officiellement devenu le Mbappé de Paris. Mais n’oublie pas la ville qui t’a vu grandir. « Serein, travailleur, déterminé, la tête sur les épaules« , si l’on écoute ceux qui t’ont côtoyé à l’ASB, ton club formateur, tu devrais maintenir le bon cap.

Aujourd’hui, tu représentes un espoir pour des milliers de jeunes. Tu leur montres un visage frais, enfantin, malicieux, bosseur, à eux qui ont vu leur ville, leur département, réputé le plus jeune et le plus pauvre de France, être évoqués dans la presse pour de mauvaises raisons, oubliant au passage les belles histoires voire simplement les ordinaires.

Kozi PASTAKIA

Articles liés

  • La première maison d’écologie populaire de France est à Bagnolet

    #BestOfBB Le mouvement citoyen pour le climat Alternatiba et l'organisation Front de Mères inaugurent un lieu inédit à Bagnolet : Verdragon, la première maison d'écologie populaire de France. Situés dans le quartier populaire de la Noue, les locaux abriteront un projet d’écologie populaire, avec l’ambition d’un fort ancrage politique et citoyen accessible aux enfants et aux familles. Reportage.

    Par Amina Lahmar
    Le 30/07/2021
  • L’urgence d’apprendre à nager en Seine-Saint-Denis

    Dans le cadre de l'opération "savoir-nager", quatre bassins éphémères vont se relayer tout l'été dans différentes communes de Seine-Saint-Denis pour enseigner la natation dans le département le plus carencé en infrastructure, où un élève sur deux ne sait pas nager en entrant au collège. Reportage.

    Par Meline Escrihuela
    Le 28/07/2021
  • La solidarité sur tous les champs à Villetaneuse

    #BestofBB À Villetaneuse, les générations se mêlent autour des potagers solidaires et du cinéma. L'association l'Autre champ et le collectif du Ver Galant organisent des distributions de fruits et légumes, des ateliers jardinages, des séances de cinéma pour faire éclore le lien social dans cette période de pandémie. Reportage.

    Par Eva Fontenelle
    Le 27/07/2021