Début juillet se sont tenues à Marseille les rencontres nationales de l’habitat participatif. Un moment important pour les porteurs de projets, les habitants de ces groupements collectifs et des élus. À Villeneuve-d’Ascq (59), l’habitat Anagram existe depuis près de 30 années et la vie dans le collectif est rodée.
« Bon anniversaire Zoé ! » Ce samedi à Anagram, on fête les 14 ans de la petite fille de Martine, une résidente de cet habitat participatif de Villeneuve-d’Ascq. Ici tout le monde connaît Zoé. Un choc pour la Parisienne adoptive que je suis. Logeant dans 16m2, j’ai croisé deux fois ma voisine en un an et demi. Les visiteurs sont accueillis par des ballons accrochés au grand portail en bois de l’habitat. Les amis de Zoé ont envahi les parties communes d’Anagram, notamment le grand jardin commun. Chasse au trésor, course en sac à patates, jeux de balle, les ados ne manquent pas d’occupation. Pas question de s’asseoir devant la télé.
Le parcours d’aventure est sur le thème de l’Afrique. Les jeunes sont déguisés, des masques, des tissus et autres objets du continent ponctuent le parcours. C’est Dorothée, une voisine, qui les a prêtés. Elle mène en parallèle de son activité professionnelle, des projets avec le Sénégal. Un peu plus tard dans l’après-midi, l’envie de faire un scrabble me prend, mais Martine n’en a pas. Elle court chez Marie-Cécile, une autre voisine, et revient 3 minutes plus tard avec le jeu convoité. Ici, on peut toujours tout trouver. Alors que les ados prennent le goûter dans les parties communes, les mamans papotent autour d’un café. La bougeotte me prend. Je vais faire un tour au Lac du Héron à 500 mètres de l’habitat. Un lieu naturel où oies, canards et hérons s’égosillent au milieu des herbes hautes. En chemin, le son d’un accordéon se fait entendre. « C’est François ! », un autre habitant de l’habitat participatif.
Loin du cliché de l’habitat alternatif, Anagram ressemble à un petit havre de paix. Pelouse impeccable, parterres de fleurs, poulailler, potager… Ce projet est né en 1985, à l’initiative de 10 familles (médecins, travailleurs sociaux, autoentrepreneur…) dont trois vivaient déjà dans I’habitat groupé locatif des Crieurs non loin de là. L’objectif était de créer un lieu de vie convivial et d’échange. Partis d’un terrain en friche, chaque cellule familiale a fait construire sa maison qui correspond à son espace privé. Chacune est à l’image et aux moyens de son propriétaire même si les différents bâtiments forment un tout cohérent en briques rouges. Une « maison commune » permet aux habitants de se retrouver ou d’accueillir des invités. Une buanderie est à la disposition de tous. Jardinage, entretien, ainsi qu’un certain nombre de frais et de tâches sont partagés.
Les habitants, pour la plupart à l’origine du projet, ont investi alors qu’ils avaient entre trente et quarante ans. Leurs enfants ont grandi, sont partis et reviennent de temps en temps. On donne des nouvelles de l’un, on s’inquiète de l’autre. Les habitants semblent heureux de ce mode de vie. Certains s’arrêtent pour discuter, d’autres sont concentrés sur leurs tâches. Bien sûr, il arrive qu’il y ait des crises, me raconte un ex-habitant, mais jamais rien de grave. Dans une petite lucarne à l’entrée de chez Martine, une ardoise est posée sur laquelle ses voisins peuvent laisser des messages. Le dernier est celui d’une voisine qui a laissé un œuf fraîchement pondu dans le poulailler commun.
L’habitat participatif est un mode de construction encore peu développé en France. Issu d’un mouvement né dans les années 1980 et qui gagne en regain depuis les années 2000, l’habitat participatif vient de différentes motivations : éducation alternative, construction des bâtiments écoresponsables, dans un petit bâti, recherche de mixité sociale, intergénérationnelle… La loi ALUR (accès au logement et un urbanisme rénové) votée en mars 2014 crée notamment deux statuts de société d’habitat participatif qui devraient permettre à l’ensemble de ce mouvement de se consolider.
Charlotte Cosset

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