« L’assistance publique loue deux chambres à l’hôtel car je ne peux pas vivre avec mes enfants dans la même chambre : 72 euros par nuit, pour la chambre de mes deux fils et 54 euros par nuit pour la mienne » explique Marie. Cette antillaise s’est retrouvée à la rue après avoir été expulsée de son logement de gardienne, fin juillet.

Cette situation n’a pas ébranlé son caractère de battante. Du haut de son mètre cinquante, cette jeune femme métisse, à la coupe garçonne, réagit et fonce. Elle a déposé plusieurs demandes de logement social pour Paris et dans d’autres villes franciliennes. Mais, jusqu’à présent, elle n’a reçu aucune proposition. Alors en attendant, elle loge dans un hôtel du 9ème arrondissement de Paris. « Cette situation est difficile à vivre », dit-elle, avec malgré tout le sourire : « je ne peux pas cuisiner. Je n’ai pas non plus de frigo. Je dois faire des courses chaque semaine. Et j’ai des remontées de blattes régulièrement derrière les meubles ».

Ses deux enfants, Marc*, 16 ans et Christian* 14 ans vivent avec elle. Le grand-frère, âgé de 22 ans, vit chez sa belle-mère. Les plus jeunes supportent tant bien que mal la situation. Mais certains jours, les mots des enfants font plus mal que les difficultés financières ou les problèmes de logement : « maman je ne rentre pas ce weekend, je reste à Tours… Là, au moins, j’ai ma chambre et des amis. C’est trop dur à Paris » lui dira Christian. Le jeune garçon est accueilli par une famille grâce à une association d’aide et de loisirs pour les enfants.

Alors, seule, sa mère court entre son travail d’assistante aux personnes âgées et les services publics pour trouver un logement et le cas échéant pour payer sa facture d’hôtel. « La procédure est compliquée. L’assistance ne peut pas me donner 3810 euros d’un coup et en liquide. Elle doit me faire des bons de 1114 euros. Et je dois venir trois jours consécutifs pour récupérer un bon par jour. »

Avec ses 900 euros de salaire par mois, elle n’arrive pas à surmonter tous les frais : acheter à manger toutes les semaines, payer son garde meuble chaque mois, les cartes de transports pour elle et ses enfants. Marie confie : « je suis à découvert de 600 euros chaque mois. Heureusement que ma banque accepte. »

A ce problème de logement, s’ajoute une procédure judiciaire pour poursuivre son ancien employeur et propriétaire : « j’ai été expulsée parce que, soit disant, je ne faisais plus mon travail de gardienne. Pourtant, j’enchaînais ma formation pour devenir assistante aux personnes et celui de gardienne. » Mais visiblement, le nouveau propriétaire n’est pas de cet avis. Marie a donc engagé une procédure pour licenciement abusif et expulsion non justifiée. Au dernier jugement rendu,  le Conseil des prud’hommes, a conclu que Marie était en tort. Elle doit payer des dommages et intérêts à son ex-employeur. Elle a donc fait appel et attend la suite. « J’ai travaillé 17 ans comme gardienne. J’ai toujours fait mon travail correctement alors que je vivais dans 20 m2 avec mes trois enfants, sans salle d’eau.  Je ne me suis jamais plaint. J’espérais un peu de respect. »

Sans logement, avec des problèmes judiciaires, peu d’argent, à découvert tous les mois, deux enfants à charge…Mais comment fait-elle pour tenir ? «  Je suis très croyante. Je vais régulièrement à la messe. Et il y a aussi le soutien des personnes dont je m’occupe. Quand je les vois, je discute. On rigole et j’oublie tous mes soucis. » Mais le soir venu, Marie rentre à l’hôtel, dans sa chambre, seule, en attendant qu’une nouvelle journée de galère commence.

Najet Benrabaa.

A préciser : *Prénoms modifiés

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