Parce que j’aime bien me faire ma propre opinion sans réciter les analyses pré-mâchées de certains médias ou experts, je suis allée à la source, sur Youtube, voir ce fameux film « anti-Islam », L’innocence des Musulmans. Quelle ne fut pas ma surprise, dès les premières images, de reconnaître une copie malhonnête et mensongère du chef-d’œuvre des Monthy Pythons, La vie de Brian (1979) régulièrement cité comme l’un des films les plus drôles du monde.

Dans « La Vie de Brian », les humoristes anglais décrivaient par le menu la vie d’un certain Brian, sorte de jumeau cosmique de Jésus. Les scènes comiques sont l’occasion de pourfendre la Bible et de pointer ses incohérences avec un humour anglais pince-sans-rire.

Costumes anachroniques sur fond de désert, citations tirées de livres religieux, ironie comme arme contre l’obscurantisme : sur le papier, les deux synopsis sont proches. Sur le papier, seulement ?

D’un côté, La Vie de Brian suggère des scènes sexuelles à grand renforts d’allusions (la fenêtre ouverte sur Brian au petit matin) ou de répliques grinçantes autour de la naïveté de Brian qui voit toujours sa mère comme vierge (« Mon père est un Romain ? Mais alors, tu veux dire que c’était un viol ? – C’était un viol… au début ») De l’autre, L’innocence des Musulmans filme des scènes sans fondement, gênantes pour le spectateur  (des agressions sexuelles ou viols) tournées comme des pornos amateurs.

Mais surtout, La Vie de Brian s’appuyait sur une connaissance profonde de la Bible, dont il faisait une analyse pointue, intelligente et humoristique.  Ainsi, les Monthy Pytons s’appuyaient-ils par exemple sur une métaphore (la chaussure) pour expliquer comment plusieurs religions pouvaient avoir le même prophète. L’Innocence des Musulmans démontre quant à lui une véritable méconnaissance du Coran.

Sous-entendre que Brian pouvait avoir une relation avec une prostituée n’était qu’une référence à Marie-Madeleine. En revanche, montrer le prophète en train de violer des femmes ou de suggérer à ses disciples de violer des enfants comme c’est le cas dans L’innocence des Musulmans, relève purement et simplement de la malhonnêteté intellectuelle. Le cinéaste (dont l’identité n’est pas avérée) ne s’est appuyé que sur ses propres clichés : les femmes ont au contraire une place de choix dans le Coran, comme Khadija, la femme du prophète, présentée comme une femme d’affaire très intelligente, en qui le Prophète place une grande confiance (elle choisit seule la date de leur mariage, par exemple). On pourrait même croire que le Coran a parfois été corrigé par Osez le féminisme tant il utilise souvent le féminin (« ceux et celles… les croyants et les croyantes… ») Une nuance dont L’Innocence des Musulmans, contrairement à La Vie de Brian, ne s’embarrasse pas…

Plus que Jésus lui-même, La Vie de Brian entendait tourner en dérision les croyants fanatiques («- Vous êtes tous différents ! – Oui, nous sommes tous différents ! – Non, pas moi… »). A l’inverse, L’Innocence des Musulmans dont le but officiel serait « d’éclairer les Israéliens sur la réalité de l’Islam » choisit de montrer le Prophète quasi à l’antipode de ce qui est raconté dans le Coran.

Pêle-mêle, on peut se demander par exemple où sont passés l’Aumône, la propreté, ou le Djihad dans le sens de « guerre intérieure contre soi-même » ? Un défaut de fond dérangeant pour un film ni drôle, ni bien filmé.

Les scènes finales diffèrent aussi : La Vie de Brian s’achève sur une crucifixion collective, suite à un malentendu, sous fond de « Always look on the bright side of life » (« regardez toujours le bon côté de la vie ») chanson d’ailleurs diffusée lors des obsèques de l’un des Monty Pythons. En revanche, L’innocence des Musulmans se conclue par un gros plan sur un Prophète menaçant, entouré de flammes que l’on dirait rajoutées sur Windows Movie Maker.

J’attends avec impatience l’ouverture d’une catégorie « Plagiat blasphématoire » au prochains Gérards du cinéma…

Marlène Schiappa

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