Mercredi 17 décembre, à Bagnolet (93), Place Salvador Allende, plus d’une cinquantaine de Bagnoletais se sont réunis devant l’Hôtel de ville pour crier leur indignation à l’égard des propos anti-IVG tenus par l’élu municipal (PS) Jimmy Parat. Ce dernier avait qualifié entre autre l’avortement d’« acte de barbarie », lors du conseil communautaire du 18 novembre dernier portant sur un vœu pour la sauvegarde de la maternité des Lilas.

Au lendemain de la commémoration du 40ème anniversaire de la loi Veil, les Bagnoletais sont en colère. A 19 h, devant la grande porte du grand bâtiment blanc de l’hôtel de Ville, militants associatifs, citoyens Bagnoletais, ex-membres du MLAC (Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la conception) brandissent pancartes et drapeaux aux slogans cinglants : « Vous êtes contre l’avortement, optez pour la vasectomie » ou encore « Ne tricotez pas nos libertés ».

Monique, 70 ans, retraitée et ex-médecin à la maternité des Lilas est profondément choquée par les propos de l’élu : « Il n’y comprend rien. En proclamant que les femmes qui pratiquent l’avortement sont des meurtrières, il montre son ignorance. Moi, j’ai vu des femmes mourir à la maternité après avoir avorté clandestinement. Le droit à l’IVG ne peut pas être remis en question, Jimmy Parat doit démissionner ».

Sous la devise républicaine Liberté, Egalité, Fraternité, gravée sur la façade de la mairie, les militant(es) défilent, le micro à la main pour crier au scandale. Josée Pépin, militante du droit des femmes et membre du Collectif CIVG Tenon dénonce le manque de moyens mis à disposition des centres IVG : « Au moment où nous commémorons la Loi Veil, il faut garder à l’esprit qu’en 10 ans, 170 centres IVG ont fermé, il faut arrêter l’hypocrisie » s’exclame-t-elle. Avant d’ajouter sous un tonnerre d’applaudissements : « le droit à l’avortement doit être inscrit dans la Constitution française ! ».

Sabine Salmon, grande blonde svelte aux lunettes rondes, présidente de l’association Femmes solidaires, qualifie les propos de Jimmy Parat de « rétrogrades » et dénonce une « atteinte portée au droit de la femme à disposer de son corps et à sa dignité ». Elle conclut émue : « Ce soir, j’ai une pensée pour nos amies kurdes, somaliennes, djiboutiennes qui n’ont pas le droit d’avorter ».

A 19 h 30, le rassemblement IVG pénètre dans l’arène bondée du Conseil municipal. Le climat est tendu et sur les bouches crispées des militants Bagnoletais, le mot d’ordre est unanime : « Parat démission ! ». Debout dans l’arène, 3 jeunes militantes de Femmes Solidaires d’une vingtaine d’années condamnent fermement les propos « choquants » de l’élu : « De la part d’un élu PS de gauche soit disant, ça nous choque vraiment. On attend des excuses et du maire, qui le destitue de ses fonctions ».

Alors que les militants hurlent à tue-tête « Parat démission », le maire de Bagnolet Tony Di Martino (PS) peine à ramener le silence. Il donne la parole à Emmanuelle Labeau, arborant le t-shirt noir sur fond blanc « Femmes solidaires » et s’adresse au Conseil municipal les mains tremblantes son discours entre les mains : « Les propos de M. Parat, sont une atteinte au droit des femmes à disposer de leur corps. Alors, Monsieur le Maire, prenez vos responsabilités. Ce soir, nous vous demandons une désolidarisation de ses propos mais aussi un retrait définitif de ses délégations ! ».

Acclamée, Emmanuelle rend la parole au maire qui s’exclame fermement : « Nous défendons le droit des femmes à l’IVG ». Hué par le rassemblement IVG, Tony Di Martino opte pour le silence. Maïna Jouyaux, conseillère municipale en charge du droit des femmes et de la lutte contre les discriminations fait son entrée avec un peu de retard. Après une lecture pénible de la lettre d’excuses de l’élu Jimmy Parat qui « regrette ses propos », elle conclut : « Je condamne ce qu’il a dit mais je ne le renie aucunement en tant que collègue » sous les sifflements et les cris des manifestants encore plus en colère qu’à leur arrivée. Quelques minutes plus tard, les militants ont quitté la salle, la mine dépitée. Le combat d’il y a 40 ans était encore d’actualité ce mercredi soir à Bagnolet.

Myriam Boukhobza

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