La trêve hivernale s’est achevée dimanche dernier. Lundi, 200 personnes sont encore descendues dans la rue pour scander « Stop aux expulsions ». Hana revient sur la crise du logement et sur l’inaction du gouvernement.

Cela fait huit ans qu’Alimata attend un logement. Elle ne cesse de renouveler son dossier depuis 2004 à la mairie de Paris mais sans succès. Actuellement, elle vit dans un studio de 20 m2 avec sa fille et sa petite fille. Ce logement est insalubre et lui coûte 300 euros par mois. « Nous restons là-dedans car nous n’avons pas d’autre endroit où aller. » Le 16 mars dernier, elle faisait partie des 400 personnes qui sont venues manifester leur colère contre le gouvernement de gauche. A cause du manque d’actions concrètes du gouvernement, Alimata se sent abandonnée et tous ses espoirs, pour avoir un nouveau logement, sont tombés à l’eau.

Déçue, elle ne croit plus en la parole de François Hollande. « J’ai beaucoup soutenu François Hollande durant sa campagne présidentielle et j’ai même prié pour sa victoire. Mais, il est pire que Nicolas Sarkozy. Maintenant qu’il a réussi à se faire élire, il ne pense plus aux gens qui sont dans le besoin et qui comptaient sur lui pour les aider à sortir de leur galère. » Alimata n’a pas la nationalité française pour pouvoir voter : « J’ai incité mes amies, mes sœurs et mes neveux à  voter pour lui, mais je regrette maintenant», ajoute telle avec un air agacé. Son souhait est simplement de permettre à sa petite fille d’avoir une chambre rien que pour elle et de vivre dans un lieu décent et plus grand.

Plusieurs mobilisations ont été menées ces derniers jours pour attirer l’attention de la Ministre Cécile Duflot. Près de 3,6 millions de personnes sont très mal logées en France en 2013, selon les derniers chiffres de la fondation de l’Abbé Pierre. Au mois d’octobre 2012, Cécile Duflot avait annoncé des réquisitions d’immeubles vides. Elle avait même visité en janvier, un immeuble vide dans le 10ème arrondissement, occupé par le DAL (Droit Au Logement) et le collectif Jeudi noir. Mais aucune procédure n’a été déclenchée par la Ministre à ce jour.  Elle a seulement repoussé de 15 jours la trêve hivernale à cause des intempéries.

Dernièrement, 13 maires d’Ile-de-France avaient signé un arrêté anti-expulsions. Le 15 mars dernier, ces maires ont été reçus par les représentants du cabinet de la ministre Cécile Duflot pour demander un moratoire, qui aurait pu permettre de suspendre les expulsions durant sept mois. Mais, sans surprise, Cécile Duflot a refusé de prendre un moratoire.

Pour le maire de Champigny, la réunion a été une déception. Il explique : « Je vois mal comment discuter d’une loi nouvelle qui prenne mieux en compte l’encadrement des loyers ou de la prévention contre les expulsions, aujourd’hui fait par les collectivités et non plus par l’Etat. Je ne vois pas comment nous serons dans l’attente d’une loi très positive si l’Etat aujourd’hui ne mettait pas un coup d’arrêt sur les injustices qu’on connaît aujourd’hui. »  

En juin 2013, la Ministre de l’Egalité des Territoires et du Logement présentera son projet de loi au conseil des ministres, dont un dispositif anti-expulsions. Ses collaborateurs ont annoncé que la ministre réfléchissait sur un système d’assurance contre le risque de loyers impayés des locataires qui se trouvent en grandes difficultés financières. Cette assurance sera financée  grâce à des cotisations sur les loyers entre 1 et 2 %.  Autre possibilité : chaque propriétaire paierait obligatoirement une assurance pour payer les loyers impayés. Aucune appellation de ce dispositif n’a été divulguée. Dans les médias, des noms sont apparu : la garantie universelle des loyers, la garantie universelle des risques locatifs ou encore la caution solidaire universelle.

Mais des craintes se font déjà sentir sur d’autres mesures qui constitueraient le projet de loi de Cécile Duflot.  Le DAL a eu un écho notamment sur la remise en question de la loi DALO (Droit Au Logement Opposable). En effet,  beaucoup de gens actuellement ont fait valoir leurs droits grâce à cette loi devant la commission de médiation pour bénéficier d’un logement auprès de la préfecture.

Comme Zeinab, 39 ans et mère de 4 enfants. Depuis 6 mois, elle ne fait plus partie des mal- logés : « Je vivais dans un 25 m2  avec mes enfants et mon époux. Nous étions en tout six personnes», explique t-elle. Elle a toujours vécu dans ce logement privé. Le bail était renouvelé tous les ans. « Chaque année, je devais payer une majoration, du fait que le logement était meublé », ajoute Zeinab.  Elle a entamé  des demandes depuis très longtemps, mais en 2006 à l’aide du collectif 14, Zeinab a eu recours à la loi DALO car elle répondait aux critères. Après cinq ans d’attente et de procédures, elle a pu être relogée dans un 6 pièces de 117 m2, à Paris dans le 14ème  arrondissement en juin 2012.

Quant à Michel Mittenaere, président de l’association CNL (confédération nationale du logement), il n’est guère, lui aussi, rassuré par la loi Duflot. Il se pourrait que la Ministre prendrait acte d’une des propositions de l’union nationale à la propriété immobilière : «  Tous les bailleurs privés réclament qu’il n’y ait plus de bail, pour mettre les gens dehors comme ils le souhaitent. C’est inacceptable

Au début du mois mars, Le CNL avait fait part d’une réclamation d’abroger l’article 17c.  « Cet article permet aux bailleurs d’augmenter les loyers d’une manière très importante tous les 3 ans en référence au marché » ,ajoute Michel Mittenaere.

Autres propositions mais cette fois-ci du DAL : « l’arrêt total des expulsions sans solution de relogement, la construction de logement 500 000 par an (dont 100 000 logement sociaux), la réquisition de logements vacants (il y a 2.4 millions de logement vides), la baisse des loyers et des charges ainsi que des énergies, respecter la loi DALO. Mais également, d’héberger les sans abris jusqu’à relogement»,explique Jean-Baptiste Eyraud (Porte Parole du DAL).

Cécile Duflot va-t-elle prendre en compte dans son projet de loi quelques propositions de ces associations qui luttent pour le droit au logement ? Une question qui reste en suspend à l’heure d’aujourd’hui. Il faudra encore patienter deux mois pour connaître la totalité des grandes lignes. Puis, ce projet de loi sera présenté durant l’été à l’assemblée nationale. Cette crise du logement est très  loin d’être résolue. Pendant ce temps là, les gens qui se trouvent dans une grande précarité continueront de souffrir. Mais, les associations ne lâcheront pas la pression, tant que le gouvernement ne prendra pas ce dossier à bras le corps. D’autres mobilisations sont déjà attendues dans les prochains jours.

Hana FERROUDJ

Photo: Sylla Grinberg

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