Deux cents personnes provenant d’au moins 25 pays vivent dans la « résidence sociale » de Champigny-sur-Marne. Gérée par l’ADEF (Association pour le développement des foyers), la résidence était un « foyer de travailleurs migrants ». Mamadou Posseba* habite là. Ce Malien originaire de la ville de Kayes a quitté ses deux femmes et ses deux filles pour venir en France. Cela fait déjà quatre ans. Agé de 38 ans, il habite maintenant dans la même chambre que son frère, qui est venu ici il y a six ans. Cet espace privatif individuel de 10 mètres carrés lui convient car on peut s’y sentir « seul ».

Dans la chambre de Mamadou, deux lits superposés ont été aménagés. Quant à M. Jacq et sa femme, un couple de retraités vietnamiens, ils ont deux lits séparés, non superposés. Leur studio pour couple est décoré à la vietnamienne avec des guirlandes dorées rappelant le Nouvel An chinois. Trône au milieu de la pièce le passe-temps préféré de M. Jacq : le karaoké. A l’écran des chansons d’amour vietnamiennes. Ils sont en France depuis 1977. Ils ont cinq enfants qui vivent à Meaux et à Paris (dont un âgé de 40 ans).

Conseillés par l’assistante sociale de la mairie il y a douze ans, ils se sentent vraiment bien à l’ADEF. Contrairement aux célibataires qui habitent des chambres individuelles, ils disposent de leur propre équipement comme une kitchenette. Tandis que M. Jack et son épouse profitent un peu de leur retraite, Mamadou est dans la galère. Son dernier travail était éboueur. Il a travaillé dans le bâtiment pendant 15 mois pour la même agence d’intérim, Startpeople, située à Rungis. La préfecture a refusé le renouvellement de sa carte de séjour il y a cinq mois, d’où l’impossibilité désormais de décrocher un emploi déclaré et la perte des APL (aides publiques au logement).

Mamadou rêve. Il rêve de retourner dans son pays d’origine pour monter une boulangerie. Il pense « que ça peut marcher », même s’il n’a aucune expérience dans ce domaine. Il a vu à la télé qu’on pouvait gagner 15 000 euros en tant que conducteur de poids lourds au Canada. Le rêve américain a tourné court aussi pour le couple vietnamien, les Jack ont tenté leur chance pendant six mois en Californie. Exploités, payés 5 dollars par jour, ils sont revenus en France. Cela fait 15 ans que monsieur ne travaille plus et madame 10 ans.

L’arrivée récente du dernier frère indique une forte solidarité dans la famille Posseba. Mamadou l’a envoyé chez un autre membre de sa famille, habitant dans le foyer de migrants à Montreuil. Non pas qu’il ne veuille ou ne puisse partager la chambre de Champigny à trois, dit-il, mais les deux occupants de la chambre de Champigny-sur-Marne ne souhaitent pas laisser leur frère malien isolé à Montreuil.

Mamadou partage avec d’autres Maliens des moments de convivialité au foyer de l’ADEF et parfois quelque repas dans les cuisines collectives. Notre couple vietnamien va, lui, jusqu’à Noisy-le-Grand pour rencontrer des amis asiatiques. Il se contente de quelques amabilités avec les voisins de palier célibataires, portugais, maliens et marocains.

Jackrite To

*Les noms et prénoms des personnes citées ont été modifiés.

Jackrite To

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