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« ¿ Quien es la ultima ? » Prononcer cette phrase est un réflexe qu’il faut très vite adopter au Consulat d’Espagne à Paris. Comme dans les supermercados andalous, il vaut mieux demander qui est la dernière personne de la file car la salle d’attente est la plupart du temps bondée. A moins de deux semaines de l’échéance fatidique, ils sont nombreux à avoir fait le déplacement pour profiter de la loi de mémoire historique du gouvernement espagnol, permettant aux petits enfants d’exilés espagnols de récupérer la nationalité.

Autour des tables, on échange expériences et anecdotes. Il y a les vétérans, qui sont déjà à leur troisième visite et qui ont tous les documents nécessaires. Et puis les novices, fraîchement débarqués avec une carte d’identité, un acte de naissance et leur bonne foi. Ces derniers ne sont pas au bout de leurs peines. Car les démarches administratives franco-espagnoles relèvent bien du chemin de croix.

Première étape : récupérer l’acte de naissance du grand parent en question. Une jeune femme raconte que cette étape lui a pris près de trois mois,  « c’était impossible de contacter le juzgado de paz. J’avais un numéro que j’appelais nuit et jour sans réponse. Je m’imaginais le téléphone qui sonnait dans un local poussiéreux avec dans un coin un gros moustachu en train de faire sa sieste ». Quant à moi, il s’avère que la petite commune de 3 000 habitants où est né mon grand-père a un site internet et un juge de paix très accommodant.

Commence ensuite la seconde étape qui en décourage plus d’un : prouver le statut d’exilé du grand parent. Parmi les aspirants espagnols présents ce jour-là, un homme me raconte comment ses recherches l’ont mené jusqu’aux archives de la ville de Toulouse, où il a enfin déniché une ancienne carte de séjour de son grand-père. D’autres ont eu moins de peine et se sont adressé à l’OFPRA, l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides. Après avoir collecté les différentes pièces d’état civil françaises, il ne reste plus qu’à aller déposer son dossier au consulat, où commence l’ultime épreuve.

Contrairement à ce que certains aimeraient mettre en place en France, aucune démarche n’est prévue pour tester la volonté des requérants. Et nous sommes plusieurs à nous en réjouir, nous qui tremblions déjà à l’idée de se voir reprocher un espagnol parfois approximatif. Cependant, la longue attente (jusqu’à 4 heures) permet à chacun de tester sa propre motivation. Ma voisine effectue ses démarches car elle désire à l’avenir retourner vivre en Espagne. « C’est important, j’ai l’impression de rétablir quelque chose que la dictature avait bouleversé ».

Pour ma part, cette démarche est une manière de rendre hommage à mon grand-père, mais pas uniquement. C’est aussi l’occasion d’inscrire dans le marbre administratif un métissage culturel que certains aimeraient ignorer, voire faire disparaître. Se sentir Espagnol représente bien plus qu’obtenir un simple bout de papier. Mais l’obtenir officialise ce sentiment qui m’habite depuis toujours, me rendant deux fois plus citoyen, deux fois plus Européen.

Rémi Hattinguais

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