Les plus anciens en ont  des souvenirs douloureux, les plus jeunes n’y font plus attention, pourtant les sirènes continuent de retentir tous les premiers mercredis du mois dans près de 5 000 communes françaises. Entretenues depuis la Seconde Guerre mondiale, elles vont être modernisées et c’est à Asnière-sur Seine que la crise se gère.

Le 29 septembre 2013, une délégation japonaise vient visiter la Direction Générale de la Sécurité Civile et de la Gestion de Crise, à Asnières-sur-Seine (92). Certes, mais la DGSCGC c’est quoi ? J’en conviens, niveau acronyme on a connu plus court et surtout, plus simple à mémoriser. Mais en pratique, la DGSCGC, c’est un peu notre Superman à nous. Le tremblement de terre à Haïti en 2010 ? C’est elle qui a prévu des logements de secours, des groupes électrogènes, des couvertures, etc… Une attaque nucléaire ou bactériologique vise la France ? C’est elle qui établit un scénario de gestion de crise et qui le suit, à la lettre. Un feu de forêt dans le Var ? C’est encore elle qui déploie les moyens humains et matériels nécessaires afin d’assurer un retour à la normale au plus vite. Il neige et vous êtes désespérément coincés sur les routes ? C’est elle, là aussi, qui vous portera secours.

Bref, n’ayons pas peur de le dire, la France entre gestion de crise et mobilisation de moyens en tout genre, est un modèle d’organisation. Mais quid de la population en banlieue ? Les jeunes et les moins jeunes ont-ils conscience des risques naturels ou technologiques qui existent autour d’eux ? Connaissent-ils les comportements réflexes à adopter en cas de crise ? Là voilà l’ombre au tableau. À Saint-Denis en tout cas, on n’est pas très branchés niveau Sécurité civile. Léa, 21 ans, étudiante à l’Université de Paris 8 n’y comprend rien : « parfois, il y a des sirènes qui sonnent dans ma commune, et puis elles s’arrêtent. Je ne sais même pas à quoi ça sert ».

Ces sirènes qui sonnent sont en fait un réseau national d’alerte. En principe, depuis un arrêté ministériel datant du 23 mars 2007, on devrait les entendre tous les premiers mercredis du mois. Chaque préfecture active la sirène des communes de son ressort, histoire de vérifier qu’elles fonctionnent encore. Mais surtout, histoire de pouvoir se dire qu’en cas de survol d’un nuage toxique par exemple, la population pourrait être alertée. Eh oui, il y a bel et bien une sirène dans plus de 5000 communes du territoire français. Ces sirènes là, on les tient depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, alors forcément elles fonctionnent quand elles veulent. Et la réponse de Thomas, 23 ans, étudiant en Sciences politiques, quand je lui demande s’il a déjà entendu la sirène de sa commune, Aulnay-sous-Bois, laisse peu de doute sur le manque de sensibilisation en la matière. « Euh… La sirène ? Bin à part celle des pompiers je crois pas non… »

Il est 20h. Dans le métro, ligne 13, je pose la même question à Jean-Jacques, un homme d’une quarantaine d’années, la barbe grisonnante, l’air cool. Il me répond à l’affirmative, un sourire presque enfantin sur les lèvres, et il est incollable à propos de l’alerte. « Quand j’étais gamin, on m’apprenait à reconnaître la sirène : 1 fréquence de 10 secondes et puis 4 autres de 7 secondes, et quand on entendait ça, il fallait ne pas téléphoner, fermer les fenêtres et surtout rester dans un endroit bien clôt ! Je m’en souviens, ça m’a marqué ! »

Il est bavard, j’en profite. Je lui demande alors pourquoi nous les jeunes on n’y connaît rien. « Tous les gens de ma génération ont appris à reconnaître l’alerte et à adopter les bons réflexes, on nous enseignait ça à l’école ! Mes enfants, c’est moi qui leur ai appris tout ça, à l’école, on ne leur dit rien ! », déplore-t-il. Donc la culture du risque pour les nouvelles générations, c’est pas vraiment ça. Sauf que récemment, il y a eu l’épisode Fukushima. Un électrochoc de plus pour le gouvernement : et s’il nous arrivait la même chose, on ferait quoi pour avertir la population ?

Depuis, les mots d’ordre ont été lancés de plus belle : modernisation, sensibilisation. À coup de circulaires à l’attention des préfets et des maires et de campagnes de communication nationales, on a décidé d’étendre sur tout le territoire français un nouveau système d’alerte : le Système d’Alerte et d’Information à la Population (SAIP). Et à compter de 2014 le système commencera à fonctionner pour que tous les habitants des bassins à risques soient bien informés et surtout capables d’agir pour leur propre sécurité !

Le principe de ce nouveau dispositif : identifier les bassins à risques et s’assurer qu’il y ait des sirènes dans toutes les communes situées sur ces bassins, on en rajoute là où il en manque, on remplace celles qui ne marchent plus. Lancer un logiciel chargé d’activer à distance grâce à un boîtier confié aux maires et aux préfets, les sirènes d’une zone en crise donnée. Ce logiciel permettra aussi d’envoyer un SMS à toutes les personnes situées dans la zone touchée par la crise ou susceptible de l’être, leur indiquant les comportements à adopter. Dans le même temps, il permet d’envoyer des mails à tous les partenaires de l’État (selon l’échelle de la crise, les radios locales ou Radio France, France Télévisions, la SNCF) qui relaieront l’information, notamment sur des panneaux à messages (autoroutes, communes).

Alors petit rappel à l’usage des plus jeunes et moins jeunes sur le comportement adopter en cas d’alerte. Nous ne sommes pas le premier mercredi du mois et vous entendez une succession de 3 cycles d’1min41 d’une fréquence alternativement montante et descendant, séparés par un silence de 5 secondes ? N’allez pas chercher vos enfants à l’école. Fermez toutes les fenêtres. Ne téléphonez pas. Rejoignez un local clôt. N’allumez pas de flamme. Ecoutez la radio et attendez d’autres instructions.

Anne-Cécile Demulsant

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