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À la suite des attentats du 13 novembre, ce lundi une minute de silence a été observée partout en France. Y compris dans les écoles, chez les tous petits. 
Eugénie* est maîtresse dans une école maternelle située dans l’Essonne (91). Cela fait 24 ans qu’elle exerce son métier. Elle a eu les grands frères et grandes sœurs, ses élèves ont 4-5 ans. Avec son expérience, elle sait très bien comment s’y prendre avec ces enfants parfois difficiles à canaliser. Ce lundi midi, elle leur a demandé d’être encore plus calmes que d’habitude. Au moins le temps d’une minute : pendant la minute de silence demandée par le Président de la République à la suite des attentats perpétrés trois jours plus tôt. Une sorte de « roi du silence ». D’ailleurs elle explique avoir parlé de « petit moment » et non pas de « minute » rappelant qu’à 4 ans, 5 ans, les enfants n’ont pas la notion du temps. Pour eux, une minute ça ne veut rien dire.
Ce week-end beaucoup se sont interrogés sur la manière dont les adultes devaient parler de ces événements aux plus jeunes. Dès le lendemain des attentats, Najet Vallaud-Belkacem, la ministre de l’Education, a adressé une lettre à la communauté éducative (publiée sur le site internet du ministère). Au sein de celle-ci nous pouvons lire : « Dans les écoles et les établissements scolaires, il est important que ce moment de recueillement, dont la forme doit prendre en compte l’âge des élèves, puisse être précédé de ces temps d’échange avec les élèves ».
Pour Eugénie et ses collègues, la décision est claire : ils ne parleront des attentats aux enfants, seulement si eux-mêmes en parlent. A leur âge, elle sait qu’ils ont tendance à faire part de leurs émotions de manière franche, n’ont généralement pas peur ou honte de poser les questions qui leur traversent l’esprit. C’est pour cette raison que l’équipe pédagogique de l’école maternelle dans laquelle elle travaille a décidé de prendre cette position : « s’ils ne nous en parlaient pas c’est que quelque part cela ne les avait pas profondément marqués, on n’a pas voulu instaurer un climat de peur dans nos classes » explique Eugénie. Pourtant elle me confie qu’elle-même a fait cours la gorge nouée, l’esprit brouillé, mais il a fallu garder la tête froide face à sa classe.
« Tu as vu ils ont tué des gens à Paris »
Tôt le matin, lors de l’accueil, les enfants sont rassemblés sur des tables adaptées à leur petite taille et font des coloriages. Entre un « tu peux me passer le crayon vert » et un « t’as vu moi j’ai pris Spiderman », un enfant glisse – sur le même ton anodin – à son camarade : « tu as vu ils ont tué des gens à Paris ». Dans le brouhaha général, Eugénie entend cette déclaration et attend la suite. Le camarade ne répond pas, l’auteur du message n’insiste pas, il passe tout de suite à autre chose. Eugénie fait mine de n’avoir rien entendu.
Il est 11h. Eugénie demande aux enfants de faire un rang après le sport. Dans le rang Anthony, 5 ans lui demande « maîtresse tout à l’heure est-ce qu’il faudra fermer les yeux ? ». L’instit demande pourquoi faudrait-il fermer les yeux. Réponse : « parce qu’il y a eu des morts à Paris ».
Eugénie apporte une précision avant de continuer son récit : « dans l’école quand on demande le silence aux enfants, on leur demande de fermer leurs yeux. Tout simplement parce que ça les calme quelques secondes ». Cela explique pourquoi cet enfant a fait le rapprochement entre le terme « silence » et le fait de fermer les yeux.
La maîtresse poursuit : « non, on ne va pas forcément fermer les yeux, mais par contre on va se taire pendant un petit moment. Est-ce que vous savez pourquoi on va se taire ? » un élève répond « oui, pour penser aux gens tués ». La discussion s’est terminée ainsi, la minute de silence a été respectée dans le bus scolaire qui mène les enfants au réfectoire. Eugénie n’hésitera pas à en reparler à ses élèves si ces derniers en éprouvent le besoin, lui posent des questions. Elle imagine que le sujet est abordé avec les familles, et estime qu’il ne faut pas insister, car elle espère que les enfants auxquels elle fait face tous les jours garderont encore quelque temps cette part d’innocence si précieuse.
*prénom modifié
Sarah Ichou

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