Maiva Hamadouche, 26 ans, championne d’Europe de boxe anglaise et policière à la CSI 75 (compagnie de sécurité et d’intervention) est la figure qui représente l’avenir de la boxe féminine tricolore. Portrait d’une jeune femme pour qui rien n’a jamais été gagné d’avance.

Elle nous reçoit dans son temple, la salle de boxe de Clichy-la-Garenne, dans le petit bureau où trônent les trophées du club. Maiva Hamadouche respire la boxe. On peut le sentir dans son attitude sérieuse et confiante, dans son regard bleu franc et direct, dans son petit sourire en coin qui semble dire « entre les cordes, je suis la meilleure ». Les faits lui donnent raison. Championne d’Europe cette année, elle est allée défier en Belgique la championne du monde WBC Delphine Persoon le 11 novembre. Après seulement neuf combats professionnels, beaucoup pensaient que c’était trop tôt. Mais c’est une boxeuse à l’ancienne, qui ne refuse d’affronter personne pour se faire un nom. Elle a fait mentir les pronostics. Elle n’a pas ramené la ceinture mais a fait forte impression dans un affrontement d’une rare violence. À peine plus d’un mois plus tard, elle se produisait dans le mythique cirque d’hiver et l’emportait avant la limite. Présentée comme la relève des célèbres boxeuses Myriam Lamare et Anne Sophie Mathis, elle jongle entre son quotidien de policière et sa carrière de boxeuse professionnelle.

Maiva Hamadouche est née à Albi, dans le Tarn. Avec quatre sœurs et un frère, une mère seule au foyer, elle est issue d’un « milieu modeste », et reconnait n’avoir « pas tout eu facilement ». Bac ES en poche, elle décide de se lancer dans des études de droit. Mais les problèmes familiaux et certaines difficultés l’en dissuadent. « Ma situation économique et sociale a fait que je n’ai pas pu ». Comme elle le dit si bien, « la police était un objectif, mais je voulais être plus diplômée ». L’armée lui plaisait bien aussi, option déminage. Elle réussi le concours pour l’École Militaire de Saint-Maixent. Mais les compétitions de Boxe nécessitaient de rester sur le territoire Français. Elle choisit donc la Police Nationale et intègre l’école à 19 ans.

Entre entrainements et opérations sur le terrain

Aujourd’hui, elle est policière à la Compagnie de Sécurisation et d’Intervention de Paris (CSI 75). Un métier pas toujours facile, mais qui la passionne. « Nous sommes confrontés à l’insécurité et à la délinquance tous les jours, dans les secteurs compliqués de Paris, XVIIIème, XIXème, XXème. Ce n’est pas de tout repos, j’ai des collègues avec qui je travaille tous les jours qui étaient au Bataclan lors des attentats du 13 Novembre ». Un métier physique aussi, et complémentaire avec sa pratique de sportive de haut niveau. Mais sa passion peut représenter un frein : « la boxe me prend beaucoup de temps et demande beaucoup d’investissements au quotidien, je ne peux pas essayer d’intégrer d’autres services pour l’instant, je gagne en expérience sur le terrain au sein de la CSI ». Il faut dire que ses journées sont longues. Le plus souvent, elle prend son service à 14h30 et termine à 22h30 au minimum. La matinée, c’est l’entraînement « de 9h à midi, sept jours sur sept. comme je ne peux m’entraîner que le matin, je ne prends que très rarement un jour de repos. » Avant de rafler la ceinture Européenne, elle devait prendre sur ses congés pour les compétitions. Depuis, la CSI 75 la suit et la soutient : « Je bénéficie de certains avantages et d’aménagements d’horaires pour faciliter mes préparations ». Le Commandant et le Commissaire de Police se sont même déplacés en Belgique pour la soutenir lors de son Championnat du Monde WBC.

A l’origine d’un grand boxeur, il y a souvent une histoire qui l’incite à pousser la porte d’une salle. Pour Ali, c’est le vol de sa bicyclette. Pour Maiva, « c’est la recherche du dépassement de soi. Je savais que j’étais douée pour quelque chose, que j’avais un potentiel physique. Je voulais exister aux yeux des gens, et monter sur un ring, sous les projecteurs devant des milliers de spectateurs qui vous observent, c’est plaisant. » Elle commence donc à 14 ans, en boxe Française. Son premier coach, Fabrice Cavard, « joue le rôle de père spirituel ». Vice championne de France en savate et en Anglaise à sept reprises, elle doit choisir entre les deux disciplines. Elle optera pour le noble art, avec Sot Mezaache comme entraîneur. Elle passe pro en 2013 car elle se sait « bien entourée » avec la « team Mezaache ». Elle sait aussi qu’elle a le potentiel pour écrire une belle histoire. Aujourd’hui, elle affirme « ma mission, c’est de marquer la boxe féminine. Je rêve d’une carrière à la Pacquiao ». L’objectif est d’aller chercher une ceinture mondiale. Elle ajoute « j’espère que 2016 sera mon année ».

Boxe ou police, le machisme est présent

Si elle parle de la boxe avec des étoiles dans les yeux, elle en connaît aussi les limites. Sur son compte Facebook, elle dénonçait récemment le sexisme du milieu. Pas tellement celui de la salle. À l’entraînement, quand on paye son tribut en sueur et en sang, le respect suit, même si tout est plus dur, la faute à « la fierté masculine ». Les garçons supportent difficilement de se faire dépasser sur un ring par une femme. « S’ils peuvent te faire mal, ils le feront parce que tu les vexes. Tu les touches au fonds de leur estime. Il y a parfois de la méchanceté. » Il y a aussi certains coachs, rétifs à la boxe féminine au départ, mais qui finissent par la féliciter. Pour elle, c’est une autre victoire : « quand tu arrives à faire changer d’avis certaines personnes qui avaient des idées très arrêtées, c’est là que tu as gagné ». Mais le sexisme qu’elle dénonce est structurel : « Il y a un manque de reconnaissance dans les médias, spécialisés ou non ». Dans les soirées de boxe, l’ordre des combats est imposé par la hiérarchie. Elle note que « cela pose problème d’être une fille dans un gala, on passe souvent dans les premiers combats ». Pour chauffer la salle comme on dit dans le jargon. Et que dire des bourses, parfois dix fois moins importantes pour les femmes que pour les hommes, même pour un combat de championnat ? Rapidement, le sujet retombe sur la ceinture mondiale avec toujours cette obsession : « Il me faut ce titre, ce n’est pas une question d’argent ».

Finalement dans la police, elle ressent moins de machisme, même si à la CSI 75 « il doit y avoir 3 femmes pour 250 hommes ». « Il y a du sexisme dans la police, mais je ne l’ai jamais ressenti car j’ai cette image de boxeuse ». C’est lors de l’exercice de son métier, durant les contrôles d’identité par exemple, qu’elle perçoit une différence. « Si je fais une remarque à un individu de sexe masculin, il va le prendre plus mal que si c’était un homme. Ils vont m’embêter plus facilement qu’un collègue, jouer avec le regard, répondre plus durement etc… Pour eux, je suis la faille de l’équipage. C’est là ou est la surprise, j’ai du répondant, et je serai la dernière à partir en courant ».

Au final, du haut de son mètre soixante trois et de ses 59,5 kilos de moyenne, nombreux sont ceux qui la toisent, dans tous les milieux. Pourtant, au vu de sa prestation en Belgique et son retour convaincant au cirque d’hiver, les opportunités devraient être nombreuses dès 2016. Elle sera très certainement championne du monde dans un avenir proche, espérons seulement que les projecteurs seront au rendez vous.

Mathieu Blard

Articles liés

  • Clichy-sous-Bois dans la peau : dans les yeux de Kwamé

    Il faisait partie du groupe de jeunes garçons qui a couru en voyant la police le soir de la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré. 15 ans après le drame qui l'a marqué lui, les habitant· e· s de la a ville de Clichy-sous-Bois, et celles et ceux des quartiers populaires qui ont réagi par ce que l’on a appelé les “révoltes urbaines”, il prend la parole pour nous raconter comment il s'est reconstruit. Et comment sa ville de Clichy-sous-Bois a évolué. Portrait.

    Par Anissa Rami
    Le 27/10/2020
  • Après l’effroi de Conflans, le désarroi des profs devenus derniers remparts républicains

    Où en sont les profs après la terrible attaque mortelle de Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie au collège du Bois d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) ? Alors que le ministre de l'éducation nationale a annoncé son intention de "protéger" les enseignant·e·s, certain·e·s restent mitigé·e·s face à la nouvelle prise de conscience collective de la sphère politique et médiatique, sur l'importance du métier.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 20/10/2020
  • À Épinay-sur-Seine, un lycée au milieu des gravats et sans savon en plein Covid-19

    Le lycée Jacques Feyder à Épinay-Sur-Seine, en travaux depuis trois ans, est toujours en chantier. Et avec l’épidémie, les conditions sanitaires se détériorent. C’est ce que dénonce l’ensemble du personnel réuni jeudi 15 octobre 2020 devant les portes de l’établissement. Alors que de nouvelles mesures sanitaires viennent d’être annoncées par le Président E. Macron, les enseignants et l’infirmière de l’établissement réclament de meilleures conditions de travail. Reportage.

    Par Chahira Bakhtaoui
    Le 16/10/2020