Hier, mardi 23 avril, le « mariage pour tous » a été définitivement adopté à l’Assemblée Nationale. Nombre de personnes sont venus fêter cet évènement devant la Mairie du 4ème arrondissement. Sandrine a assisté aux festivités !

Dans le quartier du Marais à Paris, 1h30 après l’adoption de la loi légalisant le mariage pour tous, impossible de louper la Place Baudoyer devant la Mairie du 4ème arrondissement. De la musique festive, beaucoup de gendarmes pour assurer la sécurité de ces milliers de gens heureux qui rient, se congratulent, applaudissent, agitent drapeaux et pancartes et font sauter des bouchons de champagne.

GillesFrancois (1)GillesFrancois (1)Gilles, 57 ans et François 45 ans, des professionnels de santé, ont déjà leur coupe à la main et trinquent avec leurs amis… La demande en mariage de Gilles a été faite depuis longtemps mais désormais, la cérémonie pourra avoir lieu. En couple depuis 13 ans, ils veulent légaliser leur union. « On a vécu 3 ans dans 20 mètres carré, si c’est pas une preuve d’amour ça ! » Leur euphorie est à la hauteur de l’événement. « C’est un grand jour… Et puis, plus c’est violent dans l’autre camp, plus ça pousse à nous affirmer », explique Gilles, qui serre, comme son futur mari, une rose blanche contre lui. « Et c’est une avancée ! Quand les femmes ont eu le droit de vote, elles ont du fêter ça, comme nous aujourd’hui…»

Sur les anti-mariage pour tous, François pense qu’ils sont très médiatisés, jouissent d’un pouvoir de mobilisation supérieur à celui des homos mais qu’ils ne représentent pas la majorité de la population française et se discréditent par leur violence. Et si ces deux directeurs des soins ne redoutent pas les actes homophobes « car on évolue dans un environnement protégé », ils pensent à ceux qui sont plus exposés… Ce déferlement de haine a réveillé des inquiétudes chez eux. « Quand on voit que l’idole de certains jeunes parmi les antis est Pétain, on se dit que la France de 1940 est encore là. Ça pose des questions et il faudra être vigilants… », déplore Gilles. Mais trêve de sujets qui fâchent, ils sont là pour festoyer et tiennent à rassurer leurs opposants sur leur future famille… « Vous avez fait des homos ? Promis, on s’engage, on vous fera des hétéros », concluent-ils dans un grand éclat de rire, histoire de répondre par l’humour à ceux qui les rejettent.

DanielMichael (1)Entre temps, des élus dont Anne Hidalgo et Christophe Girard saluent au balcon de la mairie et la foule s’époumone sur la Marseillaise. Juste après, deux amoureux brandissent 2 cœurs rouges entrelacés. Michael, retraité britannique va enfin pouvoir épouser Daniel, 40 ans, ingénieur informatique d’origine chinoise, l’homme qui partage sa vie depuis 20 ans. Michael a les yeux embués. « On est tellement contents que ça se termine comme ça ! » Ce couple international fut étonné de constater que dans les autres pays où elle a été adoptée, la loi est passée « comme une lettre à la Poste » mais pas ici… « Cela prouve que la France est conservatrice », analyse Michael. Est-il déçu par son pays d’adoption ? « Bien sûr que non, sinon je ne vivrai pas là depuis 50 ans ! » Les tourtereaux pensent se marier en septembre ou en octobre, le temps d’organiser la fête et convier les amis. Inviteront-ils leurs familles ? « Oui, j’inviterai mon frère mais je ne sais pas s’il viendra… », grimace Michael. Quant à Daniel, il semble encore plus sceptique. « Les jeunes, mes neveux, oui pas de problème, eux ils viendront mais les adultes… » Daniel ne termine pas sa phrase et son silence gêné est lourd de sens. « Mais c’est lui ma famille ! » , dédramatise Michael en le serrant dans ses bras devant leurs proches tout sourire…

Un peu plus tard, Blandine, 39 ans, orthophoniste et Claire, 38 ans enseignante-chercheuse qui porte un bambin dans ses bras acceptent de poser pour la postérité et de raconter. Aux premières questions, Blandine craque. Trop d’émotion, trop de bonheur. Les larmes coulent et les mots restent bloqués. Alors c’est Claire qui présente Eloi, 20 mois, leur fils que Blandine a mis au monde suite à une PMA réalisée en Belgique. Grâce à la loi, Claire va pouvoir adopter l’enfant qu’elle élève depuis bientôt deux ans et épouser celle avec qui elle est pacsée depuis 9 ans. Eloi coupe court à la conversation en brandissant la coupe en plastique de sa mère telle un trophée victorieux. « Assez pleuré ! », semble dire son regard rieur et malicieux… Les palabres ici comme dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale, après 136 heures de débat, ont assez duré : place à la fête pour Blandine, Claire et des milliers d’autres ! Car c’est un jour historique.

Sandrine Dionys

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