Depuis 1992 le célèbre jeu de course s’est vendu à plus de 100 millions d’exemplaires. Il a bercé une génération qui se retrouve toujours dans les nouvelles versions. Rencontre avec deux mordus.

À l’occasion des huit ans de la DS in Paris et de la sortie du huitième volet de la série Mario Kart sobrement intitulé Mario Kart 8, des passionnés de jeux vidéo se sont retrouvés à la Tête Dans Les Nuages, au cœur de la capitale. En marge d’un concours au cours duquel j’ai essayé de participer, Vincent et Tristan ont bien voulu évoquer leur relation à une série née alors que j’avais à peine soufflé ma première bougie.

Quel est votre premier souvenir de Mario Kart ?

Vincent : Mon souvenir le plus ancien c’est les parties contre ma mère. Pourtant elle détestait les jeux vidéo, mais ça elle aimait bien. Elle avait la mauvaise habitude de me traiter de salaud quand je gagnais. C’était plutôt cocasse, car ça ne faisait pas partie de son vocabulaire normalement.

Comment avez-vous eu le premier Super Mario Kart en 1992 ? 

Vincent : J’ai mis de l’argent de poche de côté, comme un chacal. J’ai traîné mes parents jusqu’au Score Game [boutique de jeux vidéo]. Il fallait mettre en place une logistique pour acheter un jeu à l’époque. Ça coûtait horriblement cher. À mon niveau ça représentait des mois d’argent de poche.

Comment décrivez-vous votre relation avec Mario Kart ?

Vincent : Elle est un peu conflictuelle. J’aime autant le jeu que je le déteste par moment. Il y a des versions que je ne peux pas encadrer, principalement celles auxquelles je n’ai pas pu toucher, car les consoles m’ont fait défaut à ce moment-là. Il s’agit des versions Nintendo 64 (1996) et Game Cube (2003). La version 64 je ne peux vraiment pas la blairer. Il y a tellement de choses stupidement aléatoires […] Les versions portables ont toujours été de gros kiffs. On jouait sur la version Game Boy Advance (2001) à la fac. On prenait des câbles link (pour relier les consoles) et on se faisait des petites parties pendant les cours, cachés au fond des amphis. Ça n’empêchait pas l’un d’entre nous de lâcher de temps en temps un petit « Putain » !

À l’époque de la version Nintendo DS (2005) je traînais sur un forum de rétrogaming. Tout le monde y jouait. On se retrouvait dans des cafés pour jouer à Mario Kart. Ce jeu devait rester dans la console. C’est devenu un rituel. Pour Mario Kart 7 (2011) sur Nintendo3 DS c’est pareil. J’ai trois collègues qui y jouent. Donc le midi on sort nos trois DS après le sandwich et on se fait trois petits championnats. On a même été jusqu’à se fabriquer des carapaces en papier pour se faire des trophées : la bleue pour le premier, la rouge pour le deuxième et la verte pour le dernier. Mario Kart 8 est la seule version console depuis la Super Nintendo qui arrive à m’accrocher autant qu’une console portable. J’appréhende plus Mario Kart comme un jeu nomade.

Qu’est-ce qui permet selon vous au succès de Mario Kart de perdurer ?

Vincent : Pour moi c’est une série qui se perfectionne. À part la première version Super Nintendo qui était une expérimentation, tu peux reprendre n’importe quelle version de Mario Kart avec un petit temps d’adaptation.

Tristan : J’ajouterai qu’à chaque fois qu’une console Nintendo sort, les gens attendent son Mario Kart. Il y a du coup une très grosse attente et les développeurs sont obligés de faire un jeu meilleur que le précédent.

Vincent : Tu vas détester ou adorer, mais à chaque fois il y aura un truc qui ne laissera pas indifférent.

Mario Kart étant un jeu de course, qu’est-ce qui peut intéresser les gens qui ne sont pas passionnés de sports mécaniques ou de belles voitures ?

Tristan : Le jeu est fun. Quand je vois passer une belle voiture, je jette un coup d’œil, mais sans plus.

Vincent : Ce n’est pas de la course automobile, c’est une sorte de pachinko [croisement entre un flipper et une machine à sous]. Tu ne sais jamais ce qui va tomber. Je jouais à Gran Turismo avec mon père, donc c’était rigolo, on se lançait des pics on se marrait vite fait, mais ça n’a jamais été ma passion. Il jouait seul à Daytona USA et Sega Rally. Je trouve le côté aléatoire de Mario Kart agréable. Dans une simulation automobile, tu rates un virage, tu prends un mur et c’est fini. Tu restes sur le côté et tu regardes les autres passer. À Mario Kart tu peux remonter, il y a toujours une égalité des chances entre les joueurs. Après à haut niveau tu vas galérer pour rattraper celui qui maîtrise tous les circuits, les dérapages à la corde, les techniques de fourbe et tous les trucs possibles, mais tu vas quand même te marrer un peu.

Pensez-vous que le succès de Mario Kart s’explique par « l’univers Nintendo » dans lequel il s’inscrit ?

Vincent : Les Sonic and All-Star Racing sont de très bons jeux qui reprennent tout l’univers de Sega et pas juste de Sonic. Tu pourrais te dire que ça va être la folie, que ça va se vendre et se jouer… C’est le désert. Les jeux se sont vendus, sont joués, mais tu ne peux pas trouver des gens pour faire des parties en ligne. Donc je pense que l’univers Nintendo doit jouer une part. Le fait que certains épisodes qui ne font pas l’unanimité se soient quand même beaucoup vendus s’explique par l’aura de Nintendo.

Propos recueillis par Olufemi Ajayi

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