La Journée de la femme et son lot de phrases niaises : « Les femmes c’est quand même la moitié de l’humanité, il faut les respecter », ou « Si plus de femmes étaient au pouvoir, il y aurait tellement moins de guerre sur terre », ou encore : « Respecter la femme, c’est se respecter soi-même ». C’est fou comme on a besoin de justifier le respect, l’amour et la sympathie que l’on aurait envers les femmes en ce jour du calendrier. A croire que le reste de l’année, on fait provision de poncifs que l’on s’empressera de brandir le 8 mars.

Le 8 mars, c’est comme toutes ces journées sans tabac, sans voiture, sans téléphone. En temps normal et qui plus est en période de « crise », des femmes dans ce monde de brutes, ça ne peut faire que du bien. La journée de la femme, un prétexte pour apaiser nos consciences, oui ! Un grand « vous êtes exceptionnelles » qui justifie tous les charriages en dehors de cette date. La Journée de la femme ? Un non-événement !

Que l’on s’entende bien : par non-évènement, je ne remets pas en cause les débats que ce jour met en lumière. Mais de journée de revendication, le 8 mars est devenu un « Marketing-Day », où politiques, entrepreneurs et autres mécènes temporaires de la « cause des femmes », vantent les mérites de leurs actions en faveur de la parité.

La Journée de la femme, c’est l’occasion de voir des milliers de femmes du monde entier défiler pour le respect de leurs droits, leurs libertés, leur combat contre les violences qui leur sont faites, ou une représentation plus équitable d’elles-mêmes sur les échiquiers politiques. C’est tout à fait louable, certes. Mais ce qui me gêne, c’est l’expression « Journée de la femme » et plus encore, ces deux mots accolés « la femme ». Comme si le fait de partager un même sexe faisait que l’on se ressemblait toutes, que l’on avait les mêmes valeurs.

Parce qu’elle est femme, une femme défendrait forcément la solidarité féminine, partagerait automatiquement un instinct maternel et aurait obligatoirement une émotion à fleur de peau. Moi je connais des femmes qui vendraient leur sœur, leur mère ou leur amie pour aboutir à leurs fins, qui détestent les séries B et qui pour rien au monde ne voudraient des enfants.

Pourtant, on ne peut s’empêcher de constater que les inégalités entre hommes et femmes sont parfois criantes. Pourquoi en France, les postes à responsabilité demeurent si peu occupés par la gente féminine ? Dans la classe politique, la parité a les atours de l’alibi.

Pour exemple, une anecdote que j’ai vécue récemment. Lors d’un entretien d’embauche pour une entreprise de presse, j’ai eu droit à la tonne de questions habituelles : « Quelles sont vos expériences professionnelles ? Que pensez-vous du journalisme aujourd’hui ? A quel poste vous voyez-vous dans dix ans ? » Et quelques minutes plus tard, la question massue : « Vous qui êtes mariée, vous ne pensez pas avoir un bébé prochainement ? »

Si, si, vous avez bien lu. J’ai dû évidemment répondre très poliment que ce n’était pas dans mes projets, mais j’ai ressenti comme une certaine injustice à l’évocation du mot « bébé ». Comme si le fait d’être mariée impliquait obligatoirement un projet de naissance dans la foulée. Vision très traditionnelle de la vie de couple, non ? En rentrant chez moi, la question résonnait dans ma tête comme des coups de marteau. Le RH de cette entreprise auraient-ils posé la même question à un jeune homme marié ? Un bébé, jusqu’à présent – mère porteuse, adoption et FIV mis à part –, ça se fait à deux, n’est-ce pas ? Ou alors, j’ai manqué un épisode de l’évolution de l’espèce humaine.

Pourquoi faut-il qu’une femme, sous prétexte d’être épouse ou concubine, soit sans cesse ramenée à sa fonction reproductrice ? 8 mars ou non, sur la question des femmes, il y a encore du pain sur la planche. Pardon pour cette métaphore ménagère…

Nassira El Moaddem

Nassira El Moaddem

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