La vague de solidarité provoquée par les attentats contre Charlie Hebdo, qui ont fait 17 morts, a été mondiale. Au même moment, la secte nigériane Boko Haram rasait de la carte 16 villages entiers et tuait plus de 2 000 personnes. C’est l’attaque la plus meurtrière et la plus destructrice perpétrée par les extrémistes de Boko Haram qui continuent de semer la terreur au Nigeria et à présent au Cameroun. On compte déjà plus de 130 000 réfugiés dans les pays voisins, Tchad, Niger, Cameroun, également concernés par la menace.

L’insurrection de ce groupe islamiste a déjà fait 13 000 morts depuis 2009. Malgré la violence des attaques, les témoignages terrifiants des survivants et le nombre de morts effrayant, la communauté internationale reste silencieuse sur ce drame qui frappe les civils. L’on se souvient pourtant du mouvement de solidarité internationale allant du Pape François à Michelle Obama qui avait suivi l’enlèvement de plus de 200 lycéennes en avril 2014, derrière le slogan #BringBackOurGirls. Un hashtag, des indignations, mais bien peu d’actions. Le mouvement a faibli et n’a finalement – sans grande surprise – rien changé au sort des malheureuses jeunes filles, toujours captives. Depuis, le nombre de nouveaux kidnappés a largement dépassé le drame de Chibok. Le groupe islamiste a encore étendu son emprise sur le nord-est du Nigéria.

IMG_0891C’est ce silence de mort, ce mur d’indifférence qui a poussé une poignée d’étudiants parisiens à organiser un rassemblement de soutien aux populations du Nigéria dimanche 18 janvier, sur l’esplanade du Trocadéro. Sur les réseaux sociaux, le slogan « Je suis Nigeria », calqué sur « Je suis Charlie », a fait son apparition. Sous cette bannière, des milliers de personnes diffusent des caricatures fustigeant l’indifférence internationale à l’égard des milliers de victimes de Boko Haram. Pas d’indignation sélective, pas d’indignation à deux vitesses, écrivent certains sur la page Facebook du rassemblement. Plus de 13 000 participants virtuels y figurent. 1 500 réels sur l’esplanade ce jour-là, dans un froid glacial, pour dire stop aux massacres commis par Boko Haram, rendre hommage aux victimes et appeler la communauté internationale à agir.

Le slogan « Je suis Nigérian » s’affiche sur de nombreuses pancartes. Nassima, l’une des organisatrices est arrivée deux heures avant le début du rassemblement pour installer la tribune : « Quand on a lancé l’événement sur les réseaux sociaux, on ne s’attendait pas à voir autant de personnes s’inscrire. On a été très surpris. On veut profiter d’une certaine manière de la marche républicaine du 11 janvier pour éveiller les consciences, dire aux gens, vous voyez ce qui s’est passé à Paris, voyez maintenant ce qui se passe au Nigéria. On veut surtout et avant tout soutenir les populations du Nigéria, leur dire qu’ici il y a des gens qui pensent à eux. » Le silence au sujet de Boko Haram est d’abord nigérian. En pleine campagne électorale pour la présidentielle, l’actuel président du Nigéria Goodluck Jonathan s’est fendu d’un communiqué condamnant les attaques parisiennes, mais a jusqu’à présent gardé un silence assourdissant sur les derniers événements sanglants. « Aujourd’hui je m’indigne de voir, au Nigeria, que le président semble plus préoccupé par sa réélection au mois de février que le massacre des 2 000 personnes qui a eu lieu il y a moins d’une semaine, et c’est déplorable », a critiqué Amadou, un étudiant sénégalais qui a vécu 10 ans au Nigéria.

Sur la tribune, des personnalités connues, de simples citoyens ou des activistes prennent la parole. Comme Ibangono Maina, militant politique tchadien : « Il faut que chaque Africain se dise que Boko Haram est une secte qu’on doit la combattre ensemble. Voisins, parents, amis : tous les Africains, que ce soient les Africains qui sont en Afrique ou les Africains de la diaspora. Et la marche vient de commencer ». Ovation quand le rappeur Rost prend la parole : « Je suis ému et fier de vous voir tous là mes frères. Je voulais marcher dimanche 11. Mais je ne marche pas derrière des gens qui produisent des terroristes, je ne marche pas derrière des gens qui financent les terroristes, je ne marche pas derrière des gens qui ont tué des enfants à Gaza cet été ».

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Loin de la foule, trois jeunes du XXe arrondissement de Paris applaudissent le chanteur. Montés en haut des fontaines de l’esplanade, ils agitent des drapeaux de la Côte d’Ivoire, « On représente les États-Unis d’Afrique ». C’est la première fois que Steven, Yacouba et July participent à un rassemblement. Ils s’étonnent de voir que si peu de personnes se sentent concernées. « Ils sont où les Charlie ? Il y a eu 4 millions de personnes dans la rue pour la liberté d’expression et contre le terrorisme dimanche 11 janvier. 2 000 morts au Nigéria ces dernières semaines et dans la rue aujourd’hui à peine 1 500 personnes », résume Yacouba. Triste loi du mort au kilomètre. « Boko Haram est en train de mettre le feu en Afrique et personne ne bouge le moindre petit doigt », poursuit, amer, son ami Steven. « On ne peut pas pleurer nos morts ici en France et ne rien faire là-bas contre Boko Haram. »

Leïla Khouiel

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