Présente depuis 25 ans dans le quartier du Val d’Argent nord à Argenteuil [95], l’association Conjugue et ses membres ont manifesté ce vendredi 3 mai pour réclamer les locaux promis et alerter la municipalité.

La nouvelle a du mal à passer. « Nous avons été prévenus en lisant le magazine municipal d’Argenteuil ». Nous, c’est l’association Conjugue avec son directeur Hamou Aguini, qui il y a trois mois a appris que les nouveaux locaux promis seront en fait attribués à d’autres. Vieille de 25 ans, l’association œuvre dans le quartier du Val d’Argent nord pour améliorer les conditions de vie en proposant différents services et activités pour les enfants et les adultes, de l’aide aux devoirs à l’accueil en passant par le suivi des personnes en difficultés. Et dans le cadre de la rénovation urbaine amorcée à Argenteuil, Conjugue s’était prise à rêver d’un nouveau local, plus adapté aux besoins croissants de la population, pour sortir des caves des tours dans lesquelles elles travaillaient jusqu’alors.

BBTom2BBTom2Tout était bien parti. Jusqu’à ces trois derniers mois, où finalement le local prévu leur est passé sous le nez. À cela, s’ajoutent les « 90 000 euros que nous doit la municipalité », précise Hamou Aguini. Excédé, lui, le personnel et quelques familles ont décidé de sortir les banderoles et d’aller manifester cet après-midi sur la dalle d’Argenteuil devant la maison de Quartier. Souadi, bénévole depuis 20 ans, ne décolère pas : « Ce sont nos locaux ! Cela fait 25 ans que nos enfants sont dans des caves ! On veut un peu de respect, en tant qu’humains et bénévoles. Les enfants ont droit aux respects ». Loubna, 9 ans, est venue en soutien, « j’ai pu faire des sorties à la piscine ou au cinéma, pleins de choses, on apprend plein de choses pour les devoirs. J’y vais toutes les semaines ».

Samia revient sur son départ de Saint-Etienne et l’aide que lui a apportée l’association à son installation à Argenteuil. Elle ne comprend pas l’action de la municipalité. « Ils sont hors-la-loi. Cela fait 15 mois qu’ils ne versent plus les subventions ». « Le maire nous a dit je vais voir. On a choisi le terrain et les plans avec eux. On n’arrive pas à comprendre ». Et pourtant les locaux ont été commandés par l’association. « Cet équipement était prévu pour l’association, c’est une demande de l’association. Ce n’est pas un cadeau, c’est un projet porté par l’association, les habitants, le conseil d’administration pour avoir des locaux décents », explique Hamou Aguini.

« Nous sommes en 2013, poursuit le directeur de la structure. Depuis trois mois le maire a décidé de le réquisitionner, de le confisquer sans nous donner les raisons, on comprend que derrière il y une intention de municipaliser le territoire. Nous avons plusieurs partenaires, sauf que nous avons toujours été partenaire de la municipalité quelque soit la tendance politique de l’élu. Nous arrivons encore à tenir parce que nous avons une bonne gestion. On a des financements pluriels, donc on est quand même couvert, mais on perd en autonomie sans les subventions de la mairie ».

En France, 34 millions d’euros sont versés chaque année par l’État aux associations. Entre 2009 et 2010, 65% des associations interrogées ont vu leurs financements publics baisser. Conjugue n’est qu’un maillon dans cette chaîne qui commence à rouiller et demande à être huilée. La Maison de quartier n’a pas souhaité se prononcer à ce sujet, évoquant le droit de réserve. Mais Conjugue avec son directeur et ses membres aperçoivent difficilement le bout du tunnel, d’autant plus qu’à la baisse des subventions s’ajoute ses locaux « confisqués ».

Tom Chazelas et Kevin Vaz

 

 

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