A l’exception de l’univers publicitaire et de quelques progrès en télévision, l’inertie est la règle. Toutes sortes de discriminations sévissent encore au sein de la population, selon la couleur de la peau, le sexe, l’âge, les origines ou le lieu de résidence géographique. Il est temps de changer tout cela. Au Canada, aux États-Unis, en Grande-Bretagne les médias sont aux « couleurs » des citoyens. Pourquoi la France bloque-t-elle sur cette question alors que tout le monde reconnaît qu’une « bonne » représentation médiatique est un facteur d’intégration des minorités dites « visibles », que le contenu des programmes ou des informations s’enrichissent de la diversité (comme le montre le succès d’Intouchables), que l’impact économique est certain pour élargir sa cible de public comme le souligne l’audience des émissions de Canal +. Alors, pourquoi ce blocage ?

Pendant un an, une commission conduite par Bernard Spitz, à la demande de Yazid Sabeg commissaire à la diversité, regroupant une trentaine de professionnels des médias et d’experts de la diversité (des diversités devrait-on dire), s’est posée cette question. Elle a proposé des conclusions simples et pragmatiques, dans tous les domaines et dans tous les médias. Des propositions qui récusent les quotas (pour éviter les polémiques), qui ne « coûtent » rien et qui ont fait l’unanimité parmi les professionnels rassemblés, à l’issue d’une centaine d’auditions. Les principaux médias audiovisuels français et quelques titres de presse ont accepté d’en suivre l’essentiel si l’Etat jouait le jeu, et ont signé des lettres d’engagement en ce sens. Sans résultat aucun. Le rapport est resté lettre-morte au sein de l’exécutif. Ni débat, ni même refus. Il est devenu le rapport « invisible » des « minorités trop visibles ». La « diversité » n’entrait plus dans l’agenda gouvernemental. Aujourd’hui la question reste d’actualité dans cette campagne…

Alors faisons simple et demandons que les propositions concrètes avancées dans ce rapport soient mises en œuvre, dès le début du prochain quinquennat. La commission a aussi identifié parmi les nœuds bloquants, l’opacité des recrutements dans les médias. Un système endogène et inégal où les candidats issus de la diversité sont perdants dès le départ. Il faut appliquer, avant fin 2012, les propositions sur la formation, le recrutement, la réorganisation des aides existantes, et demander des engagements visibles pour la diversité des origines, la parité ou la lutte active contre les discriminations.

Tout est prêt du côté des outils pour une France qui a du mal à rendre l’autre visible dans les médias et pour des médias aux rédactions trop blanches. Les jeux vidéos et internet doivent aussi être à l’écoute des diversités culturelles car ils sont aujourd’hui des médias premium de ces territoires pour leur public jeune. Ce n’est pas une question secondaire, ce n’est pas une question morale, c’est la première étape d’une société qui s’assume, se regarde en face, qui donne à voir des modèles identificateurs et promeut une représentativité de tous. Aimer la France, faire aimer la France, aimer les Français, telle est une des missions majeures de notre République. Puissent les médias en être demain le fer de lance. Puis suivront les partis politiques, la diplomatie, l’armée, les corps préfectoraux, les présidences de région… Rien de plus normal : ils façonnent pour une grande part les représentations que la société a d’elle-même. Mieux, cette représentation reflètera la société française dans toutes ses diversités, mieux elle assurera la cohésion sociale et la lutte contre les discriminations. Toutes les propositions de la commission répondent au souci d’efficacité : il n’est pas utile de modifier la loi, moins encore la Constitution, ni d’ouvrir un débat idéologique sur des « quotas ». Il faut tout simplement agir…

Le collectif «Une si longue attente…»

*Collectif des membres de la mission « Médias et diversités », notamment Pascal Blanchard, Virginie Calmels, Dominique Gerbaud, François Landesman, Fadila Méhal, Nora Melhli, , Mouloud Mimoun, Nordine Nabili, Yazid Sabeg, Marie-Laure Sauty de Chalon, Bernard Spitz, Jean-Marc Tassetto…

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