Les plateaux télés ! A menti, celui qui a osé dire qu’il n’a jamais, ne serait-ce qu’un jour, voulu passer à la télévision ! Même si forcément, il y a peu de chances qu’on soit le présentateur TV, ou bien la « vedette » invitée pour répondre à des questions. Mais bon, juste histoire de passer sa tête, histoire de faire un petit « coucouuu » et comme disait Jamel Debbouze y en a toujours un qui veut représenter son département, sa ville, son quartier…  Pour après raconter à tout le monde « Tu m’as pas vu ? Je suis passé à la télé ! » « Noooon ?! Sérieux ! T’as fais quoi ?» « Ben qu’est-ce que tu crois, j’ai assisté à des Chiffres et des Lettres, moi ! »

Il y a une semaine et demie, c’est à peu près ce que s’apprêtaient à faire deux de mes amies, Anissa, 19 ans et Sanaa 17 ans. Elles voulaient juste passer à la télé, parce que « c’est stylé ». Pour vivre l’expérience, pour le raconter à tout le monde. Mais l’effet paillettes est très vite retombé. Au-delà du décor des plateaux, il y a les chamailleries entre le réalisateur et les techniciens, les coups de gueules, ou on en rit ou on supporte.

Mercredi, 23h30, le téléphone sonne : « Allo ? » « Oui c’est Sanaa ! J’ai un truc à te raconter ». La conversation a été longue. Et qu’est-ce que j’apprends ? Qu’à la Ferme célébrités en Afrique, on fait de la sélection selon « la bogossité » du public venu assister à l’émission. Dans le studio, me raconte Sanaa, deux agents du personnel se sont chargés de séparer le public de spectateurs en deux groupes bien définis, ils leur ont donné des bouteilles d’eau et quelques petits apéritifs (chips, gâteaux et compagnie) en attendant que le présentateur en question, Benjamin Castaldi, arrive.

Le réalisateur, limite au bord de la crise de nerf, criait partout sur le plateau, donnait des ordres à des techniciens, essayait de motiver les gens avec une pointe d’agressivité… Bref, il était au taquet et n’arrêtait pas. On a indiqué aux deux groupes où ils devaient se placer. L’un en haut, l’autre en bas.

Mon ami poursuit en m’expliquant qu’une fois à leurs places, en haut, elles ont vu deux jeunes vêtues de presque rien, maquillées « outrageusement », avec une démarche travaillée… qui s’installaient en haut. Le réalisateur beugle à l’assistant : « Mais qu’est-ce qu’elles fichent là, mets-les moi en bas et vite ! » Ensuite, derrières elles, deux jeunes Noirs, stylés, bien habillés et tout ce qui va avec, avec qui elles avaient fait connaissance, ont été invités à s’assoir en bas après avoir entendu de la bouche d’une assistante : « Les deux Noirs là-bas, ils sont plutôt tendance, faut les mettre devant. »

Moins de cinq minutes avant l’antenne, le réalisateur vérifie les places de tout le monde et découvrant les deux jeunes Noirs au premier rang, sort à l’employée : « Mais qui t’as dis de les mettre lààààà ?! Ça tourne pas rond chez toi ou tu le fait exprès  ?! » Humiliés, les deux jeunes ont rebroussé chemin vers le haut sans rien dire.

« Antenne dans cinq minutes, rangez vos bouteilles sous les sièges. Tenez-vous droits. Souriez. Et pour les demoiselles qui ont des décolletés, bombez le torse, ça fait grimper l’audimat. » A la télé, tout est beau, grand, design, en réalité c’est tout petit, c’est froid, un peu tendu. On rit parce qu’il y a un panneau où est écrit «  rires ». C’est pas marrant ? Fais un effort, voyons, tu passes à la télé ! Les strass laissent place au stress. Passer à la télé ? Ni chaud, ni froid.

Silvia Sélima Angenor

Silvia Sélima Angenor

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