C’est toujours comme ça. Maman appelle à toute heure. Parfois cela peut être pour une chose importante. Ou pour « rien ». Mais « rien », entre une mère et un fils, ça ne veut rien dire. Ma mère vit à l’autre bout du monde. On est séparés de plusieurs milliers de kilomètres. Elle vit en Guadeloupe depuis plusieurs années tandis que je suis à Bondy. Magie de la mondialisation, mystère de la communication moderne, elle est parfois au courant des grands troubles de notre société avant que je ne le sois. 

Auparavant, elle avait déjà tendance à m’appeler à des heures impossibles lorsqu’elle vivait en France métropolitaine, maintenant, c’est pire. La baisse des prix des communications, les horaires décalés sont autant de raisons pour elle de le faire. Il n’y a plus de limites à sa logorrhée tardive ou matinale. Mais comme c’est ma maman, je lui passe tout et je réponds avec plaisir.

Il arrive cependant que nous nous disions des choses sérieuses au téléphone. Ça a été le cas hier soir, jeudi, vers minuit. Téléphone. C’est maman. Je décroche. Elle dit : « Il y a eu un tremblement de terre important en Guadeloupe ». Après m’avoir rassuré, elle commence à me raconter ce qui s’est passé. « Ça s’est produit à 15h02. Il devait être 20h02 en France métropolitaine. Sarkozy commençait à parler à la télé. A ce moment, la maison s’est mise à bouger. On a éteint la télé. Ça a duré environ une minute trente. » Si en Martinique, le tremblement semble avoir été plus grave, elle m’informe qu’il n’y a eu que des dégâts matériels légers dans ses environs (vaisselle cassée, lampadaire qui tombe, etc.). A la télé, poursuit-elle, « on a montré des élèves qui disent s’être réfugiés sous les tables. L’électricité est revenue une demi-heure après mais les portables ne passaient pas pendant plusieurs heures ».

Durant la conversation, je me rue sur l’ordinateur portable. Je recherche les infos sur différents sites d’informations. J’apprends que le tremblement a été de 7,4 sur l’échelle de Richter, que l’épicentre se trouvait à Saint-Pierre et qu’il y a une victime en Martinique. Cela refroidit notre joie réciproque de savoir que nous allons bien. Néanmoins, elle m’apprend qu’il n’y a pas d’alerte Tsunami et qu’un numéro, le 080204207, est mis à disposition pour avoir des informations.

Elle me communique les dernières nouvelles qu’elle entend sur la radio locale : « Le château d’eau du gosier est fissuré. Il y a eu également un éboulement de rochers notamment aux Abîmes (une commune à côté de l’aéroport de Pointe-à-Pitre). Pas de victime en Guadeloupe. Néanmoins, des personnes ont été envoyées à l’hôpital. » Je vais la laisser lorsqu’elle me rappelle un fait que j’avais oublié : l’année dernière il y avait eu un tremblement de terre également à peu près à la même période, « l’épicentre se trouvait aux Saintes. Je m’en rappelle très bien j’étais à l’église, me dit-elle. Ce qui est drôle, c’est que le prêtre parlait et à ce moment, ça a tremblé ».

Là, je me dis que Sarkozy est vraiment très, très fort. Non seulement il parvient à s’immiscer dans une conversation entre une mère et son fils, mais en plus, lorsque sa voix tonne, elle fait trembler le sol à l’autre bout du monde. Si le président se met à réaliser des miracles, comme ça, à l’autre bout du monde, c’est sûr que lors des prochaines élections, personne ne va plus oser voter contre lui.

Axel Ardes

Axel Ardes

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