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L’empire colonial de l’Etat français a perdu ses colonies et s’est retrouvé face à ses travailleurs immigrés de confession musulmane. Mohamed Amiri retrace les différentes étapes qui ont mené l’islam à la manière dont il est perçu aujourd’hui. En passant par l’exotisme et le paternalisme, l’ethnicité et la lute contre le racisme, l’identité musulmane et le post-islamisme, l’islam est devenu finalement la réponse à tous les maux. Il parle de ce mépris dont l’islam et les musulmans de France font l’objet. Il suffit de voir comment l’affaire Merah a été traitée il y a quelques mois, pour s’en rendre compte. En effet, cette affaire qui a pris l’islam comme bourreau a masqué les vrais problèmes et fait grimper les sondages. S’en est suivi cette polémique récente du jeûne au travail qui pointe encore du doigt cette même population. L’auteur explique ainsi que les hommes politiques, aussi bien de gauche que de droite, se servent ainsi de l’islam comme levier électoral. Tout le monde y passe en partant de Giscard d’Estaing, avec l’apparition du FN et finissant par Nicolas Sarkozy. L’islam a fait son entrée sans trop gêner tant qu’il restait invisible et que les immigrés de confession musulmane venait pour reconstruire le pays d’après-guerre, raconte l’auteur. Ce n’est qu’à l’arrivée de la crise que les immigrés sont accusés de « prendre le travail des Français ».

Sur un ton accusateur, l’auteur continue en exprimant la manière dont peu à peu l’Etat s’est emparé de ce phénomène visible qu’est l’islam. Avec la création d’un CFCM (Conseil français du culte musulman) qui a davantage servi à créer des problèmes qu’à les résoudre, c’est un ras-le-bol que celui-ci exprime :  « Intervention surréaliste des dignitaires du CFCM dans le conflit irakien, fatwa condamnant les émeutes de l’automne 2005, paralysie des dossiers urgents, querelles d’un autre temps : c’est une succession d’échecs qui laisse pantois(…) On ne construira pas l’islam d’ici et de demain avec les musulmans d’hier et d’ailleurs ». C’est dire qu’il s’agit d’une nouvelle génération de musulmans qu’on ne peut enfermer dans un passé post-colonial. L’Etat jouerait donc un rôle dans cette fragmentation de la population qui oppose les uns aux autres et qui serait dans un état de schizophrénie.

Schizophrénie d’une laïcité à la française, selon Mohamed Amiri. En effet, la question de la laïcité est traitée dans cet ouvrage en mettant en évidence le deux poids deux mesures. Il souligne notamment l’absence de l’application de la loi de 1905 (séparation de l’Eglise et de l’Etat) en Algérie du temps de la colonisation. La laïcité n’y était pas appliquée alors que l’Algérie faisait partie des départements français. Autre paradoxe cité : celui de l’Alsace et la Moselle qui sont encore actuellement sous le régime du Concordat. Ce qui, concrètement, signifie que la loi de séparation de 1905 n’est pas appliquée en Alsace-Moselle. Quatre cultes (catholique, luthérien, réformé et juif) y bénéficient d’un statut officiel. Prêtres et laïcs en mission, pasteurs et rabbins y sont rémunérés par l’État. Sans compter que les évêques de Strasbourg et Metz sont nommés par le chef de l’État. Une véritable hypocrisie selon l’auteur.

Au-delà de ces différents exemples on sent à travers les lignes de cet ouvrage une fervente défense de la laïcité. Bien que l’Etat ne doive pas intervenir dans le culte, il semble qu’il y ait un certain détournement de la loi. Notamment par le biais de « subventions, de baux emphytéotiques, d’euros symboliques et d’arrangements locaux » qui serviraient de chantage si « l’on fronce le sourcil« . L’auteur dit halte à l’assistanat de l’Etat et prône des subventions par l’intermédiaire du marché du halal qui est en plein fleurissement. La solution n’est pas claire mais reste une première proposition qui pourrait faire sortir l’islam de l’assistanat dont on l’accuse. La religion musulmane n’est pas la seule visée, puisque l’auteur donne l’exemple du financement d’une église par la mairie des Lilas à hauteur de quatre millions d’euros, ou la mairie de Paris « qui selon le site Mediapart, subventionne également le culte : A Paris, deux millions d’euros ont été versés à 14 crèches confessionnelles juives, dont certaines d’obédience orthodoxe(…)Le PS, l’UMP et le NC ont voté pour ces subventions. Les élus PCF/PG ont voté contre et les Verts se sont abstenus« .

La dernière partie nous fait sourire quand on revient sur la question du marché halal. Mohamed Amiri évoque les différentes dérives de ce marché dont les consommateurs musulmans sont friands. Mais seraient-ils dupes ? Champagne, olives, boisson énergétique à base de taurine de « synthèse », shampoing et même dentifrice, tout devient halal, ironise l’auteur. Mais le summum du ridicule qu’on peut aussi découvrir, c’est le manteau en cuir halal dernier cri ! A croire, sans jeu de mots, que l’on prend ces consommateurs musulmans pour des moutons. La question du label halal est alors largement évoquée, même si aujourd’hui sa création reste floue.

A la hauteur du mépris est un appel aux politiques à cesser de stigmatiser les musulmans, un appel aux musulmans à reprendre leur destin en main. Mais c’est aussi un appel au retour à la laïcité telle qu’elle est décrite dans les textes, sans que l’islam ne soit sans cesse le principal bouc-émissaire.

Chahira Bakhtaoui

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