« Bonne fête des mères sale chienne ». Cette phrase choc conclut un spot long de 53 secondes. Choquer pour interpeller la conscience collective. « Imaginez que votre enfant vous parle comme il parle déjà peut-être sur internet ». Le harcèlement des jeunes sur les réseaux sociaux est un sujet tabou. Aucun parent n’ose imaginer que son enfant, « son bout de chou » puisse harceler ses camarades sur les divers supports numériques disponibles.

Pourtant, la cyberviolence est plus répandue qu’on ne le croit. Dans les cours de récréation de la génération virtuelle, on connaît tous cette fille ou ce garçon « trop intelligent, trop bête, trop mal habillé ». Tout simplement « trop diffèrent » pour faire partie de cette élite qu’on appelle les gens « frais ». Se moquer de ce jeune nous aide à nous revaloriser, à nous sentir supérieurs, à rire de l’autre, cet autre, que personne n’aime de toute façon.

Selon Najat Vallaud-Belkacem qui a présenté un plan anti-harcèlement, cet « autre » représente 1 élève sur 10. Et « parmi tous ces élèves victimes, 1 sur 5 ne va pas parler, c’est ce qui va le conduire à des actes tragiques » expliqua-t-elle. Marion Fraisse faisait partie de ces jeunes enfants harcelés quotidiennement de messages et appels d’insultes. Ce fléau lui fit commettre l’irréparable : depuis le 13 février 2013, Marion a « 13 ans pour toujours ». Dans un livre qui lui est dédié, sa mère Nora Fraisse rend honneur à sa fille dont le décès a été ignoré par son ancien collège.

Nora Fraisse se bat chaque jour pour que sa mémoire perdure et que plus jamais un parent n’ait à enterrer son enfant pour cause de brimades trop présentes dans les lycées, mais surtout en primaire et au collège. Elle le fait une nouvelle fois à l’aide de Respect Zone « label de l’éducation au respect, à porter sans modération ». Le 6 février elle se présentait accompagnée de l’équipe pour projeter un spot publicitaire réalisé par la cinéaste Clarisse Canteloube. La ministre de l’Éducation nationale parlait de « rompre le silence ». Ici le silence en guise de roi s’oppose aux mots bien souvent de trop. Une famille joyeuse, un enfant tout sourire offre un cadeau à sa maman. Et là, c’est un autre enfant.

httpv://youtu.be/5benWlrZrYk

La plupart des parents pensent avoir bien éduqué leurs enfants, « c’est pas moi, c’est lui ! », dénote d’une attitude tout aussi infantile. Les intervenants osent parler « d’une minute de silence ». Philippe Coen, président fondateur de Respect Zone souhaite diffuser « une vague de respect ». Il parle d’une « aventure positive » nécessaire en ce moment. Peu importe si son discours est candide, il est efficace. Les soutiens ne se sont pas fait attendre. Le youtubeur Cyprien, star des ados, a adopté le label en rappelant « le respect, c’est important ». Nora Fraisse se souvient, bouleversée, de la dernière photo de sa fille. « Elle faisait un cœur avec ses doigts, comme le logo Respect Zone ».

« Comment connaissait-elle ces mots ? »

Enseigner le respect aux enfants dans la vie réelle comme dans le virtuel est une mission gouvernementale, mais surtout familiale. Sur les réseaux sociaux, les petits anges peuvent se transformer en démon souvent sans faire exprès. Une journaliste raconte l’histoire de sa fille toute contente d’insulter son camarade de classe par SMS. « Comment connaissait-elle ces mots ? » demanda-t-elle. Les parents ne savent y répondre. Parce que la barrière du respect se retrouve troublée devant un écran, Philippe Cohen rappelle « qu’Internet est ce qu’il y a de meilleur », mais que la limite peut souvent être franchie. Il se souvient des paroles des anciens « tourne 7 fois ta langue dans ta bouche avant de parler ». À l’heure actuelle, il faudrait presque taper 7 fois sur son clavier avant d’écrire afin d’éviter « l’effet mitraillette ».

Nathan Coen, fils de Philippe est cofondateur de Respect Zone. Il a 17 ans. C’est une mésaventure arrivée en 5e qui lui a fait réfléchir à un projet basé sur la valeur du respect. Il se souvient de cet événement, quatre ans auparavant. Son professeur de mathématiques d’origine africaine se faisait insulter sur Facebook par ses élèves : « Si comme moi tu hais monsieur X ». Le discours d’enfants de 12-13 ans se faisait alors parfois raciste. Innocemment Nathan tenta de réagir « J’avais peur que le prof en question ne voit le groupe Facebook et que mes camarades aient des problèmes avec la justice. » Il appréhendait la réaction de ses camarades qui ne s’est pas faite pas attendre : « T’es relou ! » lui ont lancé quelques camarades.

Marion Fraisse se faisait traiter de « bolos », Nathan « d’intello » parceque’ils désiraient le respect. N’ayons plus peur des moqueries. Si adopter le label Respect Zone équivaut à être un « bolos », je suis un bolos.

Oumar Diawara

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