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« Ce n’était pas censé être notre modèle de prise en charge au départ, mais l’équipe s’est rendu compte que cette tranche d’âge, les femmes de 18-25 ans sans enfant, était vulnérable et un peu oubliée de la prise en charge », introduit Violette Perrotte, directrice générale de la Maison des femmes. Cette association est la maison mère du centre d’hébergement Mon Palier.

L’équipe a été « dessinée en miroir de l’unité de soin de la Maison des femmes. On s’est inspiré du modèle de l’association FIT Une femme, un toit, qui se spécialise dans l’hébergement de ce public », précise la directrice. Après trois ans d’existence, les encadrantes mesurent son impact avec des sorties jugées positives.

Préserver l’adresse cachée

Un trait d’eye-liner rose est finement tracé au-dessus de ses yeux. Lina, 23 ans, est arrivée à Mon Palier il y a près d’un mois. Elle partage sa chambre avec une autre jeune femme, dans un appartement où elles vivent à quatre. Les sept logements sont agencés ainsi, munis d’une kitchenette et d’un sanitaire.

Subissant des violences intrafamiliales, Lina a été orientée par une assistante sociale vers ce centre. À son arrivée, ses besoins sont multiples. « D’abord celui de mise en sécurité, de logement et surtout de bien-être. Mais aussi d’être entourée et de ne pas être seule pour me reconstruire. »

Tout emménagement nécessite un entretien d’admission afin d’éviter l’inefficacité de la prise en charge et la mise en péril du collectif. Notamment concernant la mise en sécurité. « L’adresse secrète est une contrainte et, si on n’en a pas vraiment besoin, on peut faire moins attention », souligne Olivia Gayraud, la cheffe de service. Car, en pratique, les résidentes ne peuvent pas recevoir de proches ou de colis, ni se faire déposer devant la porte par un taxi.

Pour leurs allées et venues, elles sont libres, mais doivent tout de même prévenir lorsqu’elles découchent. L’équipe salariée est sur place de 9 heures à 21 heures, puis, des agentes de sécurité prennent le relais. Un déménagement vers un lieu plus grand est en préparation. « Là-bas, on aura la possibilité d’accueillir en urgence comme nous aurons des chambres individuelles », se réjouit Chloé Rinaldo, travailleuse sociale. La capacité d’accueil passera de 28 à 38 femmes.

Une période charnière

En 2023, à l’arrivée, 55 % des pensionnaires ont moins de 21 ans. « On parle beaucoup des victimes de violences conjugales, mais assez peu de la violence intrafamiliale. Il n’y a pas que l’inceste, il y a beaucoup de maltraitance, de violence physique, psychologique et notamment administrative », témoigne Olivia Gayraud.

Les violences conjugales sont également fréquentes au sein de jeunes couples. Sur la totalité des femmes accueillies en 2023, les types de violences se répartissent ainsi : 33 % intrafamiliales, 21 % conjugales, 11 % mariage forcé, 10 % inceste, 9 %  viols, 8 % prostitution, 7 % excision, 1 % esclavage moderne.

« Il existe plusieurs types d’hébergement pour femmes, mais un lieu pour celles de 18 à 25 ans, avec une adresse cachée, c’est assez spécifique », souligne Chloé Rinaldo. Elle est vigilante à ne pas projeter des choses sur les femmes qu’elle accompagne, elle travaille autour de leurs envies et leurs valeurs. « On est là pour les guider. Même quand on n’a pas vécu de choses difficiles, c’est un âge où on peut être perdu. »

Venir ici et me libérer de tout ça m’a soulagée

L’accompagnement socio-éducatif est au cœur du projet, et les femmes qui les entourent constatent que c’est une période charnière. « On peut faire plein de choses avec elles, ça va vite. »

Avant d’arriver, Lina a subi des pressions. « Venir ici et me libérer de tout ça m’a soulagée. J’avais pas mal d’angoisses, du mal à manger et à dormir. Ici, j’ai reçu un bon soutien. Au niveau santé mentale, j’évolue beaucoup », reconnaît-elle d’une voix calme.

Un suivi sur mesure

Un contrat de séjour fixe la durée de l’hébergement, et peut être prolongé au besoin, jusqu’à deux ans. Puis un contrat d’objectif est établi avec la référente qui les reçoit chaque semaine, dans lequel chacune renseigne ses souhaits et les moyens d’y parvenir. « Ça peut être réussir à suivre un accompagnement psychologique, avec ou sans soutien de notre part, ou encore passer l’équivalence de leur permis en France », détaille Chloé Rinaldo.

À Mon Palier, en 2023, 28 % des résidentes sont sans papiers, 60 % n’ont aucune couverture médicale à leur arrivée. Certaines subissent la rétention de leurs documents administratifs. Dans un premier temps, il est donc urgent de gérer l’administratif, avec parfois le soutien d’une avocate bénévole. Toute une réflexion est également menée sur l’après, la réinsertion professionnelle, la recherche d’hébergement, etc.

Lina s’épanouit dans le milieu hospitalier et rêve d’un chez elle après le centre. « J’ai plusieurs accompagnements ici, je parle de tout ce qui est traumatisme avec la psychologue, je travaille sur les tensions au niveau du corps avec l’ostéopathe et, avec l’éducatrice, c’est plutôt l’administratif comme les déclarations d’impôts », détaille-t-elle.

Une maîtresse de maison est présente pour les accompagner : planning de ménage, ateliers de cuisine, gestion des courses. En “mode survie” avant leur arrivée, certaines ont aussi besoin d’aide pour gérer des actes du quotidien tels que le réveil ou le coucher. Une psychologue et un médecin interviennent régulièrement. Le centre propose aussi l’ostéopathie, la danse, l’art thérapie ou encore la psycho-éducation. La vie en communauté est également un apprentissage, des tensions apparaissent parfois, temporisées par l’équipe.

« Il y a beaucoup de vie ici »

« Quand je suis en repos, je discute avec mes colocataires, je vais dans la pièce commune en bas. » Lina essaie de participer aux activités, en plus de son suivi personnel. « À Noël, on a fait un grand repas, pour le 31 aussi, on a fait une raclette et je vais participer à des cours de danse cette semaine », raconte-t-elle. Soirées à thème, venue d’une célébrité de Danse avec les stars pour la galette…

« Il y a beaucoup de vie ici, des moments douloureux, mais aussi des moments de joie où on s’amuse. » Olivia Gayraud tient à cet aspect de l’accompagnement. « Il y a beaucoup de situations dramatiques, mais ce lieu ne l’est pas », souligne-t-elle. La cheffe de service veut transmettre l’espoir aux femmes qui franchissent la porte. « Quand elles ont compris qu’elles peuvent aller mieux, c’est une étape. » 

Elles peuvent avoir des conduites à risque liées à leur traumatisme

L’étiquette de victime est lourde à porter, elle aspire à ce qu’elles s’en détachent. « On leur apprend aussi à repérer les situations de violence. Parfois, on a l’impression qu’elles vont un peu mieux, mais il va y avoir des sujets sur lesquels c’est plus délicat. Par exemple, elles peuvent avoir des conduites à risque liées à leur traumatisme. » 

Les jeunes filles qui sont à Mon Palier, « sont certes sorties de l’enfance en définition légale, mais elles ont ici des accompagnements très importants, nécessaires », soulève Violette Perrotte qui lutte pour une revalorisation de la dotation journalière pour les plus de 18 ans pris en charge dans un foyer.

Celles qui n’ont pas de ressources reçoivent des tickets services, les autres contribuent en fonction de leurs revenus. Jusqu’ici, 43 % des résidentes ont bénéficié d’une sortie positive. Le nouveau lieu situé dans Paris, mis à disposition par un mécène, permettra d’améliorer la qualité de vie, le confort dans cette transition vers une nouvelle vie, une vie à elles.

Inès Soto

Photo ©LouiseOligny

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