Nous avons rencontré Kangne Fofana, la soeur de Mahamadou, dans le quartier du pavé neuf à Noisy-Le-Grand d’où il était originaire. « Mahamadou était un père très présent pour ses deux enfants de 2 mois et 2 ans. C’était un mari aimant et un pilier pour toute la famille » confie-t-elle.

C’est elle que son père a appelé en premier, lorsque ce lundi matin « des agents de l’IGPN » sont venus annoncer la terrible nouvelle au patriarche. La veille elle avait passé la journée avec Mahamadou, sa nièce et sa mère. « Nous étions ensemble jusqu’à 18h environ, il a ramené sa fille chez lui auprès de son épouse puis est reparti. Ne le voyant pas rentrer à 23h, sa femme a commencé à s’inquiéter. Mon frère n’est pas le genre d’homme à découcher ».

« Lorsque je suis arrivée chez mon père, des agents de l’IGPN nous ont simplement dit que mon frère était tombé dans la Seine entre Marly-le-Roi et Bougival et s’était noyé. Qu’un policier s’était jeté à l’eau pour lui porter secours et avait apporté les premiers soins sans réussir à le réanimer et que cette scène était visible sur une vidéo des caméras de surveillance ».

Pour cette grande famille qui a déjà perdu une sœur d’un AVC il y a quatre ans, c’est un coup de massue. Mais rapidement la famille Fofana en apprend un peu plus. Selon la première version policière reprise par le Parisien qui tend d’emblée à criminaliser le défunt, Mahamadou, jamais nommé dans le premier article publié, aurait tenté d’échapper à la police en se jetant à l’eau lors d’une course poursuite après une suspicion de vol de moto.

Dans un communiqué, la famille s’est dite « choquée » par la manière dont le décès de Mahamadou est relaté dans le quotidien. Leur avocat, Me Bouzrou, a confié au quotidien que qualifier Mahamadou Fofana de « voleur de motos » est  « diffamatoire ».

Personne ne semble l’avoir vu se jeter à l’eau

« C’est invraisemblable, répète Kangne Fofana, mon frère n’aurait pas pris le risque de sauter dans le fleuve, même s’il savait nager c’était bien trop dangereux. Il aimait trop sa famille et ses enfants pour prendre un tel risque. Il avait des projets, un diplôme de cuisinier en poche, il ambitionnait d’ouvrir son restaurant, il devait partir avec sa femme en voyage. » 

Par ailleurs la famille ne cache pas son étonnement : « pourquoi est-ce directement l’IGPN qui vient nous annoncer la mort de mon frère ? », s’interroge la soeur de la victime. Sur cet élément ainsi que sur les circonstances qui entourent ce drame, le BB a contacté le Service d’information et de communication de la Police qui a indiqué ne pas vouloir communiquer sur une enquête en cours.

Suite à l’appel à témoin lancé sur les réseaux, plusieurs personnes présentes sur les lieux le soir du drame se sont manifestées. « Elles affirment avoir vu Mahamadou courir mais personne ne semble l’avoir vu se jeter à l’eau » raconte la soeur. « Nous voulons les vidéos des caméras de surveillance de la totalité de la scène » conclut-elle.

 

Un corps présentant plusieurs ecchymoses et une lésion importante sur le haut du crâne.

Mercredi matin la famille et les proches de Mahamadou se sont rendus au funérarium de Garches là où se trouve le corps de la victime. Des cris et des pleurs s’échappent du bâtiment, « vous l’avez tué  ! » peut-on entendre aux abords des lieux.

Choqués, les membres de l’entourage sont unanimes. Le corps de Mahamadou Fofana présente plusieurs lésions, notamment un enfoncement important sur le haut de la boite crânienne.


Extrait de la conférence de presse donnée par la famille de Mahamadou Fofana. 

« Son crane est déformé, on a l’impression qu’il a reçu un coup de matraque » explique Assa Traoré lors de la conférence de presse organisée à la sortie de l’hôpital. D’après le journal Le Monde les médecins pencheraient vers une mort par noyade, mais sans certitude aucune. Et les coups reçus par la victime ajoutent des doutes au scénario présenté par la version policière.

Deux enquêtes ont été ouvertes pour faire la lumière sur les causes de la mort de Mahamadou Fofana, et sur le vol présumé de moto. L’avocat de la famille Yassine Bouzrou a lui annoncé une plainte pour homicide volontaire.

Céline BEAURY

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