C’était en fin de soirée. Je marchais le long du canal de l’Ourcq, à Paris, lorsque je fis la rencontre d’un clochard. Allongé avec sa petite bière lui tenant compagnie, il grignotait une barre chocolatée aux saveurs de caramel et vanille. Je lui dis « bonjour ». Me regardant de ses yeux crispés et doux à la fois, il me dit : « Vous êtes qui, vous ? – Je suis un jeune du quartier. – Mais je ne vous ai jamais vu dans le quartier. – C’est que je ne sors pas souvent et à vrai dire, lorsque je sors c’est pour aller directement dans une librairie y acheter des livres. »

A mon tour, je lui posai une question en le regardant droit dans les yeux. « Comment en êtes-vous arrivé là, à être clochard. Pardonnez-moi cette expression ridicule, Monsieur. Comment vous vous appelez ? – Je me nomme Scorpion, répondit-il, enfin les jeunes me surnomment comme ça, bref peu importe. Je vais répondre à votre question même si elle est indiscrète… »

» Oui, je disais, reprit l’homme (l’effet de l’alcool semblait chez lui à son apogée). Vous disiez, déjà ? – Je vous demandais comment vous en étiez arrivé là, à cet état de clochard. – Oui, j’étais père, tout allait bien dans le meilleur des mondes. Un soir, j’étais rentré à la maison un peu ivre. Quand j’aperçus ma femme, elle hurla sur moi. N’acceptant pas ses remarques, je dégainai mon point contre elle, sur sa figure. Sous l’effet de l’alcool, je ne savais plus se que je faisais. C’était un brouillard dans mon esprit, l’alcool me dominait profondément car tous les soirs je rentrais chez moi bourré, énervé. Ma femme ne pouvait plus supporter l’idée que son mari était devenu alcoolique. Je n’avais plus qu’a choisir entre, d’une part, l’amour de ma tendre petite nounou femme Madeleine ou l’amour palpitant et à la fois savoureux de ma bouteille Heineken. »

A ces paroles, je ne sus plus quoi dire. J’étais émerveillé bien qu’ébranlé par son histoire. Son récit m’avait plus qu’ému. Cet homme me donnait l’impression d’avoir fait le vide, le temps semblait s’être arrêté. La lune, maintenant, scintillait dans le ciel. C’était un soir à formuler un vœu. C’est alors que je partis. Me voyant partir, il dit : « Sache que ce sont les humains qui sont mauvais mais Dieu est bon, Il est la connaissance, d’un mal peut venir un bien, et vice-versa. »

Il portait autour du cou un Christ en croix. Ce clochard était un mystique, il me semblait très intelligent et doué d’une grande sagesse.

Abdel Hamid Chriet

Abdel Hamid Chriet

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