La jeune femme de 32 ans a inauguré la semaine dernière son nouveau salon de beauté « Restons Belles » à Montfermeil (93). Sa réussite, elle l’a gagné à force de persévérance mais son parcours n’a pas toujours été de tout repos. Portrait.

L’heure du début des festivités est fixé à 18 heures. Quand j’arrive, une demi-heure après, le salon est déjà bondé. Les convives s’installent autour des buffets disposés dans trois coins du salon et en découvrent ses trois salles destinées à la beauté et à la détente. Ce sont amis, familles et clientes qui sont venus investir les lieux. Pour ajouter un plus à ce moment de convivialité, chacun peut profiter d’un massage crânien sous les mains expertes de Mounia. Dans la salle de massage au ciel étoilé, sous une musique douce, loin du brouhaha, c’est avec plaisir qu’on se laisse aller.

De retour à la réalité, on se retrouve parmi les invités, découvrant sur chaque mur des proverbes « La beauté plaît aux yeux. La douceur charme l’âme – Voltaire. » ou encore « La beauté est dans les yeux de celui qui regarde. Oscar Wilde ». Cet espace, Nadia El Yaagoubi, l’a voulu comme créateur de bonheur ou l’art de redonner le sourire à l’autre. C’est un parcours hors norme qui lui a permis d’en arriver là.

Ancienne préparatrice en pharmacie, son diplôme, elle l’a voulu pour ses parents, mais sa véritable vocation a toujours été dans le domaine de la beauté « j‘ai toujours voulu être esthéticienne, depuis que je suis gamine mais pas possible » raconte-t-elle. Après un an dans ce métier, elle déchante « je trouvais ça trop triste. J’aime le côté esthétique quand la cliente vient, qu’on doit l’embellir. Elle vient toute tristounette et elle repart avec le sourire. Dans la pharmacie, je me retrouvais constamment face à des personnes malades. Ça ne me représentait pas. Ce n’était pas mon truc, ce qui fait que j’étais tout le temps attirée par le côté parapharmacie. On me disait alors ‘t’es plutôt faite pour la cosmétique ‘para’ toi’ ». Un an plus tard, elle décide de se réorienter et choisi de préparer un diplôme d’esthéticienne par le biais du Greta. À l’âge adulte, la jeune femme trouve cette formation non sans grande difficulté, mais finit par atteindre son objectif. Son but à travers ce diplôme : ouvrir un jour son propre salon.

Nadia El Yaagoubi, commence petit, en auto-entrepreneur en sous-louant le sous-sol d’un salon de coiffure. Pendant sept ans, elle s’exerce à ce nouveau métier tout en continuant de se former régulièrement. Les débuts sont difficiles pour elle, avec parfois une seule cliente dans la journée « On se prive de tout, on vit au minimum. J’appelle ça la survie » se souvient-elle. Au bout d’un an au chômage, la jeune femme sort du tunnel et commence à constituer sa clientèle.  Quatre ans plus tard, elle décide de se démarquer de ce qui existe, et se forme dans le relooking «car ça manquait en banlieue » explique-t-elle. C’est à ce moment-là qu’elle pense à ouvrir son propre salon « au bout de quatre ans, j’avais confiance en moi. Donc je cherchais un local près de Gagny pour récupérer ma clientèle de Gagny et du Raincy ». Des clientes lui parlent alors d’une annonce pour un local au centre-ville de Montfermeil.

Dans le cadre du projet de rénovation du centre-ville, de nouveaux emplacements sont disponibles. Ils sont attribués sur dossier. Nadia doit donc en monter un en béton pour se démarquer des autres. Quand elle dépose le sien, elle est 17e sur la liste. Elle se confronte aux dures lois des banques qui lui ferment la porte au nez. Mais la jeune chef d’entreprise ne se démonte pas et y va au culot en se rendant régulièrement à la mairie pour défendre son dossier. « Le plus dur c’était les banques. J’étais suivi par le dispositif NACRE [Nouvel accompagnement pour la création et la reprise d’entreprise] de la chambre des métiers. Les banques nous mettent des bâtons dans les roues. Je n’avais pas de garants et j’avais besoin de 40 000 €. J’ai pu passer par deux prêts à taux zéro ».  

Elle monte ainsi son business plan qui est présenté six mois après en commission et met en place une étude de marché. Sa détermination et son projet ont plu et lui ont permis d’être sélectionnée pour obtenir cet espace « j‘ai monté un gros dossier. Pour eux, ça reflétait le sérieux, l’image. Ça les a rassuré. J’ai dû courir les banques. La première manche, c’était la commission. Pour finaliser l’accord, il fallait prendre rendez-vous avec le maire. Il m’a bien accueilli et m’a expliqué ce qu’il voulait faire. Il voulait changer l’image de Montfermeil. Il voulait donner du positif à la ville. Donc je pense que ça a dû jouer». Le maire de la ville, Xavier Lemoine (divers droite) est d’ailleurs présent à cette inauguration.

Le pari n’a pas été facile pour cette toute nouvelle gérante, qui a ouvert depuis un mois, de faire venir ses anciennes clientes dans un quartier de réputation difficile. Alors pourquoi ce choix de quartier ? « J’ai dû travailler au corps ma clientèle pour qu’elle vienne. Et puis je me suis dit que ce n’était pas pire qu’une autre banlieue. Et puis maintenant, je me retrouve avec une diversité de clientèle. J’ai fait l’inauguration un mois après car j’avais besoin de faire une mise au point pour que tout soit parfait ».

La suite pour Nadia El Yaagoubi, qui a aujourd’hui une salariée et quelques personnes en Free Lance, elle la voit plus grande. Elle souhaiterait développer une chaîne de salon de beauté innovante, accessible aux personnes vivant dans les quartiers populaires. Selon elle, ce genre de salon n’existe que sur Paris, et il n’est pas toujours évident pour tout le monde de s’y déplacer. « Ce que j’aime c’est donner du bonheur aux gens. C’est un peu dans ma nature »conclue la jeune femme.

Chahira Bakhtaoui

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