Une histoire des Noirs de France des origines à nos jours, c’est l’idée de la série de reportages, diffusé sur France 5 depuis le 5 février dernier. Trois dimanche de suite, la chaîne racontera la grande épopée de ces Africains, Réunionnais, Antillais et  celles de tous leurs enfants nés en métropole. Certains ont des ancêtres devenus français il y a 150 ans, autant d’années de lutte pour être traité avec autant de dignité que les gens qui attrapent des coups de soleil.

Le documentaire passionnera les amateurs d’histoire, ceux dont le cœur bondit de bonheur quand ils découvrent sur wikipedia une anecdote sur la Seconde guerre mondiale qu’ils ne connaissaient pas. Qui par exemple sait qu’au début du siècle dernier, siégeait à l’Assemblée nationale, Hégésippe Jean Légitimus, député de Guadeloupe et premier Noir au parlement? Il est contemporain de trois autres parlementairess mieux connus, Jules Guesde, Jean Jaurès et Léon Blum, qui contrairement au guadeloupéen, ont chacun une rue à Bondy.

Malgré un député  à l’assemblée, les Noirs, même ceux des Antilles, Français de pleins droits, n’étaient rien dans la France de la Belle époque, ou bien peu de chose; des sauvages présentés comme au zoo aux différentes expositions universelles et coloniales. Néanmoins, le documentaire raconte comment certains d’entre eux s’illustrent déjà en ce XXème siècle naissant. Avec Major Taylor, les Français découvrent un champion du monde de cyclisme d’exception en 1899. Ainsi que le boxeur Jack Johnson, son compatriote américain, champion du monde des poids lourds. Sa victoire sur un américain blanc en 1910, provoqua le lynchage de nombreux Noirs aux Etats-Unis.

Ces figures imposent une autre image que celle peu reluisante véhiculée par Chocolat,  un clown bien connu du music-hall du début du siècle dernier. Mais c’est surtout la Première guerre mondiale qui enseignera aux hommes venus du monde entier cette vérité toute simple : bien malin qui différencie un homme blanc d’un Noir, couvert de la boue des tranchées.

L’Entre deux-guerres est marquée par une volonté des élites noires de s’émanciper, à l’heure où la France glorifie son empire colonial. Cependant, le souvenir de la Grande guerre et de ses célèbres tirailleurs sénégalais renforce pour certains l’idée que la France est ouverte au monde. Les Afro-Américains, qui ne connaissent pas à Paris la ségrégation qu’ils subissent dans leur pays, voient dans la France une terre qui les  accueille à bras ouverts  eux et leur musique.  La Vénus noire Joséphine Baker, née aux Etats-Unis,  sera la plus célébré de ces artistes.

La deuxième partie du reportage raconte les grandes mutations qui ont marqué la communauté noire de 1940 à 1974. La participation du continent africain à la libération du pays, puis sa décolonisation, la création du Bumidom orchestrant la migration d’Etat depuis les Antilles et la venue des premiers immigrés africains. Les Antillais deviennent dans l’administration ce que les Africains, Noirs et Maghrébins, sont dans l’industrie, des petites mains, des ouvriers. L’immigration s’arrête bientôt. A la crise pétrolière de 1973, succède une crise xénophobe.

Les Noirs de France, de 1974 à nos jours clôturent le troisième volet de la série, diffusé dimanche prochain. Les illusions sont perdues pour tout le monde : ni les ouvriers africains ni les fonctionnaires antillais ne retourneront au pays. Leurs enfants ont grandi ici, ils y ont fait leurs classes, ils sont français à part entière. Encore faut-il que tous s’en rendent compte. Si le temps des sauvages, présentés dans des cages aux expositions coloniales, semble loin, il y a beaucoup moins de députés noirs à l’Assemblé nationale qu’il y a un siècle. Le combat des pères continue.

Les interventions de Christine Taubira, Pascal Legitimus, Audrey Pulvar, et celles de nombreuses autres personnalités émaillent le documentaire de témoignages parfois captivants. La parole du rappeur Soprano a beau être succincte, elle marque. En France, dit-il à peu près, Noir, jeune, musulman, c’est le tiercé gagnant…

Idir hocini

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