Casseroles, sifflets, tout était bon pour se faire entendre en mairie de Stains ce lundi soir. Les élus locaux et l’association ADVOCNAR (« Association de défense contre les nuisances aériennes ») avaient invité les habitants à faire un maximum de bruit pour protester contre… le bruit. Celui, en l’occurrence, de l’aéroport de Roissy, distant de 15 kilomètres, qui prévoit de s’agrandir et de se doter d’un nouveau terminal à partir de 2028. Ce T4 de la discorde une desserte routière et ferrée interne à la plate-forme, des aires de stationnement, des bâtiments et des voies de circulation d’avions.

Selon ADP, la société publique gestionnaire de l’aéroport Charles-De Gaulle, le T4 prévu à l’horizon 2037 « permettra d’accroître les capacités d’accueil des passagers qui seront saturées dans les prochaines années et rester dans le peloton des hubs aéroportuaires mondiaux ». La croissance du trafic est ainsi estimée de 2 à 3% sur les 20 prochaines années d’après ADP, tandis que 35 à 40 millions de passagers par an transiteront par le T4. Ces chiffres vertigineux crispent les opposants au projet, déjà exposés par le trafic actuel à des troubles quotidiens.

Azzédine Taibi, le maire (PCF) de Stains

Les communes d’Epinay-sur-Seine, Villetaneuse, Pierrefitte-sur-Seine et Stains sont les plus impactées par les bruits aériens, du fait des nuisances sonores cumulées avec l’aéroport du Bourget. Ce dernier avait d’ailleurs ouvert un nouveau terminal en 2014. Un rapport de Bruitparif dresse que 30% de la population stanoise est soumise au bruit des avions. Avec de potentielles répercussions sur la santé. Une banderole déployée à l’extérieur de la mairie de Stains et vouée à y rester plusieurs semaines mentionne : « Non aux nuisances aériennes qui tuent, non à l’extension de l’aéroport Roissy CDG ».

Parmi les risques sanitaires, la pollution sonore favorise entre autres l’anxiété et le risque de maladies cardiovasculaires. De son côté, la pollution atmosphérique avec  le rejet de particules fines affecte les voies respiratoires. Le maire (PCF) Azzédine Taibi dénonce un « projet hallucinant » et les « réels dangers  qu’il comporte ». « Accepter la création d’emplois (ADP évoque 50 000 emplois supplémentaires, Ndlr) lorsque ça a des nuisances sur la santé, c’est hors de question », enchaîne-t-il. Puis de se demander : « Et quel sera le nombre d’emplois pour les Stanois ? C’est encore une autre question ! »

« Une forme de mépris », dénonce le maire

L’édile ne décolère pas : « Ce sont toujours les mêmes qui subissent les conséquences et les mêmes qui se partagent la part du gâteau ! ADP ne respecte déjà pas la réglementation sur les vols de nuit. Il y a une forme de mépris. » Encore une preuve de la « rupture d’égalité républicaine » que dénonce régulièrement l’édile stanois, y compris dans nos colonnes. Sans compter les biens immobiliers dont la valeur pourrait pâtir de ce nouveau T4. ADVOCNAR déplore pour sa part un « projet incompatible avec l’engagement de la France à la COP21 ».

L’association estime de plus que « ces 7 à 9 milliards d’euros, c’est beaucoup d’argent qu’il serait possible d’investir ailleurs ». « Charles de Gaulle, c’est déjà 50% du trafic national.  Les nanoparticules dégagées par les avions ne sont même pas comptabilisées car elles sont trop fines. Il y a des alternatives, comme la construction d’un troisième aéroport », poursuivent les opposants. « Je ne suis pas d’accord avec cet agrandissement de Roissy, le bruit me dérange énormément », renchérit une Stanoise présente sur place. ADVOCNAR invite les habitants à donner leur avis sur le site d’ADP alors que la concertation s’achève le 12 mai. Après, il sera trop tard.

Adrien VERRECCHIA

Crédit photo : AV / Bondy Blog

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