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Tous les vendredis, dans le monde entier, des millions de musulmans se réunissent pour la prière du Djoumoua (vendredi en arabe), la plupart dans des mosquées. Dans le 19e, c’est dans un foyer africain qui fait office de restaurant et de lieu convivial, que les fidèles se réunissent pour prier. Dans la rue, on reconnaît les fidèles, le pas décidé, en chemin vers le foyer. Certains tiennent à la main un tapis de prière, très utile quant on est en retard et qu’il n’y a plus de place pour prier.

Sur les coups de 13h15, tout le monde se grouille sans trop de bousculade. Ce serrait dommage de se croûter et de se salir dans la boue qui borde l’entrée du foyer. Juste avant la prière, ce serrait vraiment la poisse. En entrant dans ce lieu sans serrure, l’odeur d’Afrique me replonge à chaque fois dans l’enfance, quand je venais là avec ma troupe pour acheter des cannettes cola-cola et des plaques de chocolat moitié prix. Pratique, vu qu‘aucun d’entre nous n’était bénéficiaire de l’allocation « argent de poche ». Ah la belle époque !

Mais on n’y trouve pas que des friandises, on peut aussi manger des plats africains pour 2 euros ou se faire couper les cheveux pour 3. Tous les prix sont négociables, sauf l’assiette et la coupe sont fixe. Bien sur ce n’est pas la cuisine à Maïté ni les doigts à Franck Provost, mais au moins avec rien, on peut subsister (vivre).

Dans se capharnaüm, certain ont aménagé un lieu de prière avec des tapis, une petite bibliothèque et un coin pour l’imam. Problème, la salle ne peut accueillir qu’une cinquantaine de personnes, et le vendredi, les places sont rares et chères. Près de cent personnes viennent là le jour de la grande prière.

Ce qui fait que chaque centimètre carré est réquisitionné : dans l’entrée, dans les couloirs, aux étages, le moindre petit espace est bon pour se prosterner. Vendredi dernier, manque de chance, je n’ai trouvé de la place qu’au troisième étage et si je vous dis manque de chance, c’est parce que les hauts-parleurs qui retransmettent la voix de l’imam n’atteignent pas le troisième étage. Seul moyen pour rester synchro : tenter de capter le son qui émane du deuxième par les escaliers. La prière et la spiritualité prennent le pas sur la saleté de l’endroit.

Fin de la prière, je salue ma droite, chacun dans son coin communique avec Dieu, puis suivent les poignées de main entre nous. Ne pas croire que ce lieu ne regorge que de Noirs et d’Arabes, les blonds aux yeux bleus, comme les Chinois, les minorités visibles du coin, ne sont pas rares. Juste un mot, M. Besson : comment « se sentir français » quand on pratique sa foi entre un tas de chaussures qui puent et un mur de couloir étroit avec pour seul éclairage la lumière d’une pièce entrouverte ?

C’était un petit morceau de la vie d’un jeune Français de confession musulmane, quelques fois à la tête une casquette à l’envers et qui parle souvent le verlan, le français, trois mots d’arabe, le kabyle et un peu l’anglais.

Idriss K

Idriss K

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