Noi Due (Nous deux, en italien) est une pièce de théâtre qui aborde la thématique de l’homosexualité à travers la relation de deux femmes. Mais elle aborde aussi l’amour, le suicide ou la religion. Des thématiques qui n’ont pas, semble-t-il, vocation à être abordées dans les salles Bondynoises. Interview de la metteuse en scène, Dominique Pacitti et l’une des deux actrices, Maria Pitarresi.
Bondy Blog : Quelle est l’histoire de Noi due
Dominique Pacitti : Nous nous sommes rencontrées, avec Maria Pitarresi et Valérie Baurens, il y a 23 ans sur la tournée du Médecin malgré lui, de Molière, au cours de laquelle nous sommes devenues amies. Après une tournée, souvent les gens se perdent de vue.  Mais nous, nous avons conservé cette amitié. Chacune a fait sa vie de comédienne, Maria a fait beaucoup de cinéma, Valérie du théâtre et du cinéma et moi beaucoup de théâtre. Et puis, on a eu très envie de rejouer ensemble. Il y a un an et demi, j’ai écrit un texte, dans lequel j’avais mis beaucoup de ma vie personnelle, quelque chose de très autobiographique. Au départ, je cherchais un homme et une femme pour interpréter les rôles, et ayant très envie de jouer avec mes amies, j’ai donc transposé l’histoire entre deux femmes. C’est aussi simple que ça. Puis, on a retravaillé le texte ensemble, et j’ai retiré certains de mes textes trop anecdotiques pour que les comédiennes y insèrent leurs propres textes, qu’elles y apportent également  de leur expérience de vie, de leur vécu à elles. C’est ce qui fait la véracité du texte et sa force, je pense… On sent que tout est vrai, mis à part un nuage de romance, histoire d’agrémenter le tout.
Maria Pitarresi : On savait très bien qu’aucun metteur en scène n’aurait pu nous proposer quelque chose d’aussi riche. Comme vous l’avez vu, ce sont des tableaux. Ce qui m’a vraiment enchanté, c’est d’avoir enfin la possibilité de jouer de vraies situations dans leur richesse, leur complexité, leurs émotions. Ce texte est un véritable cadeau que Dominique nous a apporté.
Pourquoi avoir voulu aborder ces thématiques ?
Dominique Pacitti : Nous sommes trois femmes. Ce sont donc des histoires de femmes. Dans les tableaux, nous passons de l’enfance à l’adolescence, puis à l’âge adulte. Nous voulions montrer l’évolution des préoccupations que sont les nôtres dans des étapes aussi diverses que la puberté, l’adolescence, le mariage, la maternité, les aléas du couple… sans oublier comme toile de fond, l’Italie et la mentalité italienne, car l’histoire se déroule en Italie.
Maria Pitarresi : Ou encore le fait de découvrir sa sexualité, qui est aussi une étape importante. Nous avons voulu faire quelque chose de fort. C’est pourquoi nous avons imaginé cette histoire d’amour.
Est-ce une pièce militante ?
Dominique Pacitti : À fond ! En plus elle sort au bon moment. On est en plein dans un débat de société concernant le mariage homo qu’on évoque d’ailleurs dans la pièce.  Nous ne donnons pas de réponse, car nous n’avons pas la prétention de donner des leçons. C’est une histoire d’amour, tout simplement, et qui nous permet d’ouvrir le débat également sur l’homosexualité, la bisexualité.
Maria Pitarresi : Avec cette pièce, on peut se replonger dans une actualité sensible, la même qu’a pu susciter  le film « La vie d’Adèle », d’Abdellatif Kechiche, même si nous avions démarré l’écriture bien avant que le film sorte… (C’est Abdellatif qui a copié sur nous et pas l’inverse ! — rires —) ou le mariage pour tous. Cette pièce est militante. Je suis fière de jouer un personnage comme celui-là. Je suis quelqu’un qui aime l’individu, l’autre, dans toute son entité, quelles que soit  sa couleur de peau, sa religion, son orientation sexuelle…
Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?
Dominique Pacitti : Nous sommes une troupe de théâtre professionnelle. Je ne demande pas à ce que l’on nous déroule le tapis rouge, loin de là, mais c’est vrai que la difficulté à trouver une salle de répétition dans ma ville m’a fait mal. On a dû répéter à Boulogne Billancourt (92), à l’opposé de Bondy. Je remercie d’ailleurs la ville de Boulogne et le carré Bellefeuille pour leur accueil.
Maria Pitarresi : Et nous remercions Vincent Viotti, du théâtre du Tilleul, qui nous y a prêté deux salles. Au niveau logistique, sans son aide, cela aurait été très compliqué. Concernant les difficultés, nous faisons tout nous même, nous sommes des artisanes et nous allons au charbon tous les jours.
Dominique Pacitti : Le centre culturel Georges Brassens à Bondy nous a tout de même prêté une salle sur 3, 4 répétitions. Cette salle étant utilisée par de nombreuses associations bondynoises.  Et nous ne sommes pas prioritaires. Il n’y a pas de structure adaptée, de lieu dédié pour créer correctement, dans de bonnes conditions sur la ville de Bondy. Il faudrait une volonté politique. Il faut du cran pour soutenir une démarche artistique, quelle qu’elle soit et a fortiori qui parle d’homosexualité. On a aussi été obligées de répéter chez moi, mais répéter dans son salon, trouve vite ses limites, quand on doit aborder les choses de façon professionnelle.
Comment le refus de diffusion à Bondy a-t-il été justifié ?
Dominique Pacitti : Ce n’est pas à proprement parler un refus, j’ai fait une demande de subvention et nous sommes passées à la commission d’attribution des subventions. Il est vrai qu’au vu de la délicatesse du sujet, on nous a fait comprendre que la pièce n’intéresserait pas le public Bondynois. Quand on parle du public, c’est la majorité. Il y a peut-être une minorité à qui ce spectacle s’adresse, il faut la respecter aussi. Encore une fois, il y a rejet d’une minorité. Il y a l’idée que pour intéresser les gens avec ce sujet, il faut passer les portes de Paris. Avec tout le respect que j’ai pour le théâtre de boulevard, il n’y a pas que ça et le théâtre, ce n’est pas uniquement acheter la pièce de boulevard qui a cartonné la saison précédente dans un théâtre parisien et l’amener en banlieue. Le rire est nécessaire, mais pas que… On ne peut pas d’un côté, en tant que ville de gauche, être pour le mariage pour tous et d’un autre passer à côté d’un spectacle qui peut ouvrir ce débat.
Maria Pitarresi : La commission nous a dit « On veut bien vous aider, vous faire des flyers et des affiches ». Mais pas de financement ni de salle.
Dominique Pacitti : D’ailleurs à ce jour, malgré plusieurs relances aux services concernés de la mairie, nous n’avons toujours pas nos flyers. Silence radio…
Pensez-vous que parler sexualité soit plus difficile de ce côté du périph’? 
Dominique Pacitti : Oui je pense clairement que oui. À Bondy, il y a plein de nationalités différentes, et c’est ce qui fait notre richesse, cette diversité. Mais on sait aussi que dans certaines cultures, on ne parle pas de sexe, on ne va pas se leurrer. Ce n’est pas facile de parler de sexe, en famille, chez soi, et en banlieue, c’est certainement plus difficile.
Maria Pitarresi : J’imagine que c’est un sujet qu’on évite  en banlieue… Moi qui habite Paris, je vois la différence.
Et parler d’homosexualité en banlieue ?
Dominique Pacitti : Cela fait 13 ans que j’habite en banlieue, il ne me semble pas avoir déjà vu deux filles main dans la main, ou un couple d’hommes main dans la main. Je crois que les gens se cachent. Il y a des scènes que l’on voit à Paris qui se doivent d’être discrètes en banlieue.
Maria Pitarresi : Clairement. Moi j’en vois des scènes à Paris. À Paris vous voyez des filles s’embrasser à pleine bouche, des mecs aussi ! Ça gêne ceux qui se sentent gênés ! Mais les gens qui aiment et acceptent la diversité, l’autre, cela ne les dérange pas. Moi je m’en fous de voir des nanas s’embrasser. Elles s’aiment tant mieux. Les mecs, pareil. Je suis pour toute forme d’amour tant que les gens sont consentants. Par contre les gens qui se tirent dessus, je n’aime pas !
Comment faire pour diversifier socialement le public au théâtre ?
Dominique Pacitti : Le théâtre reste cher. Nous, nous faisons des places à 10 euros, pour les jeunes de moins de 26 ans. C’est presque le même prix qu’une place de cinéma UGC, qui est à 9 euros. C’est important de démocratiser le théâtre par le coût. Et puis il faut de l’éducation. On aurait aimé travailler en partenariat avec l’éducation nationale sur des sujets comme les nôtres, mais là encore difficile de mettre les liens, en place.
Propos recueillis par Mathieu Blard

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