Enfant, j’ai habité aux quatre coins du monde. Sénégal, Algérie, Maroc, Pologne, Portugal, Italie. A 10 ans, j’avais déjà accompli un minitour du monde. Dans ma cité du Val-d’Oise, nous étions nombreux à avoir le sac-à-dos du globe-trotter. En fait, il n’y avait qu’à passer le palier pour se retrouver à l’étranger. Et comme on vivait presque chacun chez l’autre, on connaissait la vie et les coutumes de tous les voisins.

Je me suis toujours dit que j’écrirais quelques lignes sur l’immeuble HLM  de mon enfance. J’y ai des souvenirs à la fois tristes et joyeux. Le dénominateur commun ? L’insouciance. Je répète souvent combien le souvenir de ces années est précieux. Intime aussi. Dans cet immeuble, qui symbolise le mieux mon enfance, on vivait vraiment en communauté. Coups durs, entraide, confessions, commérages aussi. Tous ces mots ont pris un sens particulier quand j’ai déménagé pour l’HLM voisin. Jamais plus je n’ai connu une telle proximité avec les voisins, ce lien quasi familial d’auparavant. Avec le recul, cet immeuble, c’était un peu mon auberge espagnole, dans ma banlieue à moi.

Plus tard, les choses ont changé. J’ai grandi et l’insouciance de mes premières années a fait place à l’envie de déguerpir de la cité. Je me souviens encore de cet après-midi d’été où attirée par la capitale, j’ai pris le RER C. Direction ? Le Louvre. A partir de là, difficile pour moi de rester en place. La découverte de Paris, c’était le leitmotiv de mon adolescence. Il faut dire que mes grands frères et sœurs avaient bien suscité ma curiosité !

Aujourd’hui, j’ai le sentiment d’avoir fait le tour de la capitale. L’envie d’en partir s’accentue de mois en mois. Toutes ces années, où j’ai mis la banlieue de côté, ont été constructives. Et comme par enchantement, moi qui y suis née, y ai grandi, j’ai la certitude qu’il me reste encore beaucoup à en découvrir…Allez comprendre pourquoi !

Nadia Moulaï

Photo : Nicolas Oran. Les Raguenets, à Saint-Gratien (Val-d’Oise).

Précédentes chroniques à l’occasion des Cinq ans du Bondy Blog :
L-impression-d-être-dans-une-cellule (par Anouar Boukra)
Notre-banlieue-est-suspendue-à-un-fil-et-ce-fil-se-tend (par Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah)
Je-suis-fière-de-dire-que-je-suis-une-jeune-de-banlieue (par Farah El Hadri)
J-ai-reussi-à-partir-à-me-sauver (par Malik Youssef)
Ma-banlieue-était-devenue-trop-etroite-pour-moi (par Tassadit Mansouri)
J’ai-beau-aller-à-la-mosquée-un-Bondynois-partage-pas-son-curé/ (par Idir Hocini)
Je-nai-jamais-mis-les-pieds-en-banlieue (par Aude Duval)
Nos-jours-heureux (par Inès El Laboudy)

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