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Véro et Solène enfin arrivées à Bastille regardent la foule avec le sentiment du devoir accompli. Parties à l’aube en voiture de la région PACA, elles savent qu’après avoir battu le pavé parisien entre Denfert-Rochereau et la célèbre place symbole de la Révolution, elles devront retraverser la France de nuit et ravaler, les mains sur le volant tous ces kilomètres. « Où on habite, impossible de trouver un bus affrété, alors on a du se débrouiller seules et par nos propres moyens » témoigne Véro qui ne souhaite pas être photographiée.

« Vous savez, je cherche du travail en ce moment et malheureusement par précaution, je préfère ne pas dévoiler mon orientation sexuelle. Où je vis ce n’est pas aussi tolérant qu’ici, à Paris. Et beaucoup votent pour le Front National… » déplore la jolie métisse. « Ils étaient combien les antis le 13 janvier ? » s’interrogent-elles. « 350000 selon la police » répond Stéphanie, leur amie parisienne qui a défilé à leurs côtés. Un nombre qu’elles trouvent « énorme » et qui leur fait mal car elles le prennent comme un rejet de ce qu’elles sont.

Alors pour Véro et Solène, qu’importe la fatigue et les bornes du voyage retour. Elles se devaient d ‘honorer cette manifestation. Anne-Marie, Pierre et Mathilde ont le sourire. Venus du Creusot en Saône et Loire, ils ont marché sous un soleil radieux portant haut les couleurs de leur pancarte revendicative « Nous voulons être grands-parents ! ».

L’électricien et l’animatrice de 52 et 50 ans, mariés depuis 34 ans, soutiennent à fond la dernière de leurs trois enfants, étudiante de 23 ans, qui est homosexuelle alors que leurs deux premiers sont hétéros. « Pour moi c’était important que mes parents soient à mes côtés pour revendiquer l’égalité des droits » raconte Mathilde fièrement. Mais pour Pierre et Anne-Marie, ce n’était pas tout. « Nous souhaitons aussi que notre fille puisse avoir des enfants sans devoir se rendre en Belgique ou avoir recours à des procédés encore illégaux en France ».

La jeune femme a d’ailleurs un message à faire passer à ceux qui ont manifesté le 13 janvier. « Soyez tolérants… L’important c’est des parents aimants pour leurs enfants et si ce n’est pas un père-une mère peu importe ! ». Et Anne-Marie de s’adresser elle aussi aux antis : «Faites attention à vos enfants ! Qu’ils ne deviennent pas de sales homosexuels que vous n’aimerez pas… ». Et la famille bourguignonne de partir dans un éclat de rire ironique et tonitruant avant de rejoindre le bus, mis à disposition par une association, pour les conduire à Dijon.

Aurélie, 28 ans, étudiante en Master de commerce est venue de Nancy avec son amoureuse et les quatre bus descendus de Lorraine. Vraies femmes sandwiches tartinées de pancarte, elles se font une joie « de voir autant de monde ! ». Elles vont suivre les débats au Parlement dès le 29 janvier avec beaucoup d’attention et comptent fêter l’adoption de la loi à leur manière.

« Quand on se dira oui on louera une baraque à frites ! ». Mais pourquoi une baraque à frites ? « Car même si on se marie pour avoir les mêmes droits que tout le monde, impossible qu’on devienne des hétéronormées ! ». L’opposition des antis ? Elle ne semble pas les atteindre. Et de clamer en chœur avec une désinvolture qui se marie à un enthousiasme débordant : « On veut pas leur avis, on veut nos droits ! »

Sandrine Dionys

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