Pour commencer, on se félicitera de ce que les anciens combattants des colonies françaises vont enfin recevoir les honneurs de la France dignes de notre grande patrie. Jusque-là, alors qu’un vétéran résidant sur le territoire national touchait une pension annuelle de près de 20 000 €, un vétéran résidant sur le territoire des anciennes colonies touchait lui, seulement 1000 €. Mais voilà, le film « Indigènes » de Rachid Bouchareb est passé par-là, et le dernier rapport de la Cour des comptes aussi, au point que l’« égalité de traitement » envers les anciens combattants des colonies va être consacrée.

Comment me direz-vous ? Par une augmentation des pensions ? Que nenni ! Le secrétariat d’Etat aux anciens combattants a eu une bien meilleure idée : leur délivrer un « diplôme d’honneur » en reconnaissance du devoir accompli. Le ridicule ne tue pas : chassez les bons points à l’école primaire et ils reviennent au galop sur les champs de bataille.

Moralité : faites l’amour, mais pas la guerre, si c’est juste pour une image.

Ensuite, le Conseil d’Etat vient de nous rappeler à propos du projet gouvernemental d’interdiction de la burqa que l’on ne badine pas avec la loi. Une fois encore, ces derniers temps, des hauts magistrats sont obligés de rappeler au pouvoir politique, qu’une chose est de faire des effets d’annonce, mais qu’une autre est de penser à leur effectivité juridique. Parce que la loi a une portée générale et ne peux faire naître de discriminations, les juges du Palais royal ont dit que seule l’interdiction de la dissimulation du visage dans l’espace public, pour toutes et tous, pouvait être réglementée.

Et l’exercice ne devrait pas être des plus aisés. Au principe d’interdiction de se cacher le visage, faudra-t-il prévoir une liste de dérogations autorisées : pour les coursiers et autres livreurs de pizza affublés de leurs casques de moto, pour les skieurs porteurs de passe-montagnes ou encore les enfants déguisés à Halloween… ? Et faudra-t-il créer une police spéciale pour veiller à la bonne tenue de nos concitoyens ?

On le sent bien, au nom de la lutte contre l’indignité des femmes embastillées, prenons garde de ne pas créer d’atteintes trop grandes aux libertés individuelles. L’issue d’un tel dilemme pourrait bien se trouver dans la proposition d’un délit pour le fait d’imposer à autrui de se dissimuler le visage en public, et cela, en raison de son appartenance à une catégorie de personnes, notamment à raison de son sexe ?

Moralité : la loi contre la burqa pourrait bien aller se rhabiller.

A présent, est venu le temps du recueillement en soutien à la cause animale. Pour tous les membres illustres du règne animal, comme Cheetha, Lassie, Laïka, Milou et autres Mirza, et aussi pour tous ces anonymes, à l’image de mon pauvre poisson rouge. Depuis plusieurs jours, Général du Lupin, c’est le nom donné à mon poisson rouge en souvenir d’un célèbre cheval du course, a les nageoires en berne.

Voilà que les citoyens suisses viennent en effet d’opposer un « non » massif à la proposition d’instaurer dans chaque canton un avocat chargé de défendre la cause du peuple animal. Si cette proposition peut paraître incongrue de ce côté des Alpes, elle ne l’est pas tant que cela en Suisse. Que l’on songe à la Constitution helvétique qui garantit la dignité de la Créature, entendue comme tout être vivant, qu’il soit humain ou non. Cela explique que l’ordonnance de 2008 sur la protection des animaux, comporte un chapitre spécifique pour les poissons d’ornements dont l’« aquarium ne doit pas être ouvert aux regards de tous côtés ». Mais j’y pense, et si mon poisson rouge venait à fuir la France pour la Suisse ? Reviens Général du Lupin, on a encore le bouclier fiscal chez nous !

Moralité : Rien ne sert de hennir, Général, il faut savoir nager à point.

Pour terminer, on aura compris avec l’arrêt rendu dans le dossier de l’Erika que l’on ne badine pas avec la mer. Dans cette affaire, il était un petit navire qui avait beau-beau-beaucoup navigué, au point d’être beau-beau-beaucoup trop rouillé. Oh hé…. Et ce navire, par TOTAL affrété, aux vagues de ne pas résister, au point de sombrer dans l’océan déchaîné. Tant de plages polluées, tant d’oiseaux souillés, tant de larmes coulées, en raison du pétrole déversé.

Pour réparer la nature meurtrie, les juges ont décidé d’allouer pas moins de 13 millions d’euros de dommages et intérêts, au titre du préjudice écologique. Un tel montant aux sonorités d’un « plus jamais ça » nous fait indéniablement entrer dans une nouvelle ère : celle de la justice environnementale.

Moralité : touche pas à ma mer, sinon t’vas voir ta gueule en référé !

Laurent Bonnefoy

Laurent Bonnefoy

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