Ce 24 janvier, le froid se fait mordant, il vient avec une pluie fine et un vent lancinant. Un véritable « temps à rester chez soi », pour celles et ceux qui en ont la chance d’en avoir un. Après des mois de lutte pour obtenir un hébergement d’urgence, les familles qui manifestent devant la mairie du 19ᵉ ont enfin fait l’objet d’une mise à l’abri temporaire. Un court répit obtenue grâce à leur mobilisation.
Durant la Nuit de la solidarité, jeudi soir, ces familles ont investi le parvis de la mairie pour réclamer un hébergement. Depuis plusieurs semaines, ces familles et des associations, dont “Jamais sans toit”, se mobilisent pour appeler la mairie du 19ᵉ arrondissement à ouvrir les portes du lycée désaffecté Georges Brassens. En vain. Une décision du conseil régional a pourtant donné son feu vert à la réquisition du lycée Brassens ainsi que celle de quatre autres lycées désaffectés devant l’augmentation inédite d’enfants sans-abri.
De son côté, la mairie explique qu’elle avait déjà entamé des projets avec des associations locales pour investir le lycée Brassens. « L’ancien lycée Brassens accueiller[a] dans les tous prochains jours une plateforme d’appel contre les violences sexistes et sexuelles, ainsi que le centre culturel franco-berbère », répond la mairie contactée par le Bondy blog. Et d’ajouter que ces locaux ne sont pas adaptés à l’accueil.
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Relogés dans un gymnase du 16ᵉ arrondissement
Après des nuits dans le froid hivernal, ces familles vont pouvoir être logées en urgence dans un gymnase du 16ᵉ arrondissement. « C’est certes une victoire, mais en réalité, c’est aussi une défaite politique. La mairie du 19ᵉ montre une fois de plus qu’on ne peut pas leur faire confiance pour garantir la solidarité », déplore Nathan Lequeux, coordinateur d’Utopia 56.
La mairie de son côté rétorque que le 19e « détient le record absolu des dispositifs d’hébergement et d’accompagnement des personnes en grande précarité ».
« On va aller faire du sport au chaud », explique une mère à son fils dans la file d’attente qui se forme devant les cars. « Les familles sont contentes, mais cela reste une solution très temporaire et très loin d’être idéale », explique un bénévole, présent pour aider les familles à ranger et à emporter leurs affaires.
Une solution temporaire et restreinte
C’est aussi une solution restreinte, puisque toutes les personnes qui ont quitté les lieux depuis n’auront vraisemblablement pas de solution pour l’instant. Salimou et son ami Lassana, ne seront pas logés. S’ils sont bien présents, ce sont deux hommes seuls, ils ne sont donc pas admis au relogement. « On va se balader jusqu’à ce soir, et puis on tentera de trouver une solution », dit Salimou, visiblement attristé. « C’est comme ça la vie. C’est dur », souffle Lassana.
J’ai rarement vu une situation d’une telle violence symbolique
Les deux hommes ont également passé la dernière nuit dehors, à manifester avec les familles. « J’ai rarement vu une situation d’une telle violence symbolique », déplore Nathan Lequeux à propos de la nuit précédente ou des dizaines de familles et leurs soutiens ont été nassés par la police.
« Nous (les associations), avions interdiction de donner de l’eau aux personnes qui se sont fait nasser. Nous avons seulement eu le droit de donner des couvertures aux enfants. Certains hurlaient et pleuraient, car ils étaient épuisés, affamés. C’était tout simplement horrible », relate-t-il. « Il y a eu beaucoup de violence verbale, on a même entendu des insultes racistes », assure aussi Nathan Lequeux. Pour ces familles, la nuit de la solidarité n’en aura eu que le nom.
Ambre Couvin