« C’est dommage que la France ait supprimé l’armée pour tout le monde. C’était un lieu de mélange. On apprenait à se connaître. Aujourd’hui, les Français ont déserté les cités et l’on ne se côtoie plus du tout. » (Un trentenaire d’origine marocaine)

« Les jeunes des différentes banlieues ne s’entendent pas entre eux. Parfois même, ils ne s’entendent pas entre les différentes cités et même d’un escalier à l’autre. C’est un terrible constat: la promiscuité physique et l’exclusion économique, sociale et politique engendrent la reproduction de l’individualisme et de l’exclusion » (un animateur de Bondy)

« Depuis les événements, les jeunes ont réinvesti les cages d’escalier et les tags reprennent. Nous faisons tout pour les effacer dès que possible. Mais dans certains immeubles, ils baissent les bras. Ici, les locataires viennent me voir et se plaignent, mais quand je leur soumets une feuille de pétition à signer, il n’y a plus personne » (une gardienne d’un autre immeuble à Bondy Nord)

« On dit que la banlieue est une zone de non-droit. Mais regarde Bondy, regarde autour de toi! On ramasse les poubelles, on nettoie les tags, les bus arrivent à l’heure, les cages d’escaliers sont propres, les parcs sont entretenus, les espaces de jeux pour enfant aussi. La présence de l’Etat est visible partout à Bondy. C’est pas Naples où dans certains quartiers, l’Etat est inexistant ». (Paolo Woods, photographe)

« Je pense que la plupart des voitures incendiées à Bondy Nord n’ont pas été le fait de jeunes d’ici. L’un d’eux d’ailleurs possédait une 206 quasi-neuve et elle a brûlé aussi. Ils mettraient pas le feu à leur propres voitures, même si certains ont pu y penser pour toucher l’assurance » (un locataire de Bondy)

« La violence qui s’exprime chez les jeunes d’ici est le reflet de la violence qu’ils subissent. Cette phrase les jeunes l’ont bien comprises et vous la répètent pour justifier leurs délits et crimes. Seulement voilà, ça ne justifie pas tout. La société a sa part de responsabilité, l’histoire aussi, sans doute, mais quel pays vous donne le RMI sans contrepartie? Et la couverture maladie universelle quoi qu’il arrive? Aucun pays au monde. Seulement voilà, la faillite de l’éducation – celle des parents et de la nation – fait qu’aujourd’hui ce que je viens de vous dire certains ne sont même plus capable de le comprendre! » (un habitant de Bondy qui souhaite rester anonyme)

« C’est vrai que beaucoup de gens sont un peu schyzo ici. En théorie, ils vous font tout un tralala sur le respect de la religion et des traditions. En pratique, il leur arrive de faire n’importe quoi, des trucs hahram (interdit par la religion). Les mêmes qui te disent que manger du porc, boire de l’alcool c’est hahram vont baiser des nanas à couilles rabattues. Mais ça ne se dit pas. Pourtant, ça aussi c’est hahram. Idem: lors des émeutes, on a entendu les jeunes dire des journalistes: ils viennent que quand ça va pas pour filmer des incendies et ils repartent. Mais quand on tente de les comprendre, d’aborder les sujets sensibles, ils vous disent: tu peux pas comprendre t’es pas d’ici. Ils disent qu’on ne fait rien pour eux, mais beaucoup ont des loyers modérés, des aides, des centres jeunesse, des sous pour les associations, le RMI, etc… Pour avoir plus, ils cassent. Alors les mairies et l’Etat débloquent de l’argent. Les jeunes ont bien compris le système ». (Un lecteur du blog)

« Quand j’ai vécu 17 ans à la cité Blanqui avec mes enfants. On est entré en 1976. A cette époque, c’était 50/50 sur les paliers entre Arabes et Français. En 1995, nous avons déménagé. A ce moment, il restait 4 Français sur dix étages. Je viens d’apprendre qu’il n’en reste qu’un et il part en province bientôt » (une assistante sociale de Bondy)

« Il y a des bandes qui terrorisent les cages d’escalier. C’est une réalité. Ils pissent sur les boîtes à lettre, cassent, font peur aux gens. Ils ne s’informent pas, ne lisent pas, ne votent pas, rejettent tous les projets, toutes les idées, tous les soutiens. Dans leurs cités, il y a des gens qui voudraient déménager, mais ils ne peuvent pas. Pas de place, pas d’argent pour un autre loyer. Certains locataires calculent leur heure de rentrée en fonction des jeunes du hall et ne reviennent de leur travail que vers une heure du matin. D’autres ne sortent jamais. Les cris, les hurlements, les pneus qui crissent, ça empêche de dormir. Pour certains, ça fait dix ou quinze qu’ils vivent comme ça. Combien de personnes ont fait et font encore de véritables dépressions à cause de ça?! Et ces casseurs-là vous les appelez comment? Ils sont 5% peut-être, mais il y a un mot en Français, Monsieur, et c’est celui repris par Sarkozy (parce que c’est pas lui qui l’a dit le premier): ces mecs-là, c’est vraiment de la racaille ». (un anonyme dont le patronyme est français sur la boîte à lettre)

« Y a truc fort qui est en train de monter en banlieue: le communautarisme. Certains parlent de parti musulman. Ça pourrait marcher. Et si ça marche, cela diviserait la gauche. L’idée d’un parti musulman est le meilleur moyen de faire gagner la droite voire l’extrême droite à Bondy. C’est pas pour rien que Sarko encourage à fonds son soutien aux communautés, tu crois pas? » (Pierre, un sympathisant du PS rencontré à la Fête de la Rose de Bondy)

Par Michel Beuret

Michel Beuret

Articles liés

  • À Paris, la Modest Fashion fait le show et s’engage

    Pour la première fois en France, un événement dédié à la mode pudique a vu le jour. Organisé par l’agence et média Modest Fashion France, l’événement « Modest Fashion Summer Session » s’est déroulé du 7 au 8 mai 2022. Étoffes chatoyantes, clientes enjouées, talks à thèmes et défilés étaient au rendez-vous. Retour sur un événement aussi stylé que politique.

    Par Sylsphée Bertili
    Le 16/05/2022
  • Aux Pavillons-sous-bois, des mois sans anglais ni histoire pour des troisièmes

    Au collège Anatole France, aux Pavillons-sous-Bois, pendant des mois certains élèves de troisième n'ont pas eu de professeur d'histoire-géographie, ni d'anglais. Alors même qu'ils et elles préparent le brevet. Une situation chaotique que beaucoup d'établissements dans le département de Seine-Saint-Denis ne connaissent que trop bien. Reportage.

    Par Hadrien Akanati-Urbanet
    Le 11/05/2022
  • Objections, des poèmes pour raconter les comparutions immédiates

    Le 15 avril est paru Objections, Scènes ordinaires de la justice, un livre de l’historien et poète, Marius Loris Rodionoff. Il y raconte en poèmes les comparutions immédiates auxquelles il a assisté entre 2015 et 2019, dans les Tribunaux de grande instance de Paris, Lille et Alençon. Un livre percutant dont les portraits qui s’enchaînent nous montre la misère sociale et la violence de cette justice ordinaire qui condamne et emprisonne chaque jour. Critique.

    Par Anissa Rami
    Le 10/05/2022