Idriss, Tarek et Abdel ont très chaud. Normal, il fait 28 degrés à l’ombre. Tellement heureux et décontractés par ces températures estivales, ils décident de faire « le théâtre buissonnier. ». Idriss raconte : « 13 heures, soleil écrasant au Grand Pressigny. Abdel, Tarek et moi gambadons dans le village à la recherche de quelque chose à faire. Plus les minutes passent, plus la chaleur est étouffante. Au détour d’une rue déserte, sur notre gauche, une bande de moucherons nous narguent. A droite, on aperçoit une piscine vide, personne ne nage dedans. Une rambarde d’un mètre au plus fait office d’obstacle. C’est la piscine municipale. Pendant quelques secondes un tas de questions se bousculent puis le choix est vite fait. On décide d’aller atténuer cette chaleur qui nous tue.

» L’eau est trop bonne ! La chaleur tourne à notre avantage dans l’eau, on se sent bien. Comme quoi, il nous suffit de peu pour être heureux. Après quelques plongeons de professionnels (enfin… quelques plats ridicules sur le ventre), on entrevoit entre des buissons deux filles assez jolies qui nous regardent. On se sent gênés de ne pas les inviter, hospitalité parisienne oblige.

» On passe un super moment avec ces jeunes filles. En dehors de la piscine, une voiture de gendarmes passe, ils nous regardent sans rien faire, on se dit que c’est bon, qu’ils s’en foutent. On décide de s’en aller, on enjambe la barrière, nous voilà en dehors de la piscine. Après quelques minutes de marche, on tombe sur la voiture des gendarmes en question. Ils en sortent et nous demandent : « Vous étiez ou ? » Tout de suite, j’avoue qu’on a enjambé la barrière et reconnais qu’on n’en avait pas le droit. Le gendarme paraît super stressé, sa respiration s’accélère, il a des gestes brusques au fur et à mesure qu’il parle, je vois sa couleur de peau rougir. Je lui dis que ce n’est pas très grave et qu’on a tous fait des bêtises dans notre jeunesse, mais rien à faire, il me répond que « c’est une violation de domicile qui est réprimée par l’article 12 du code pénal ». Lui, ce qu’il veut, c’est nous emmener au central, comme il le répète plusieurs fois.

» Le gendarme nous montre le chemin de la gendarmerie. Elle n’est visiblement qu’à quelques mètres… Je me retourne, je vois Abdel qui marche lentement. Les filles sont mortes de peur. Je me retourne encore une fois pour voir Abdel et là, je me rends compte qu’il n’est plus là. »

Abdel raconte : « Je me suis esquivé soudainement sur un coté de la rue qui menait sur une maison abandonnée. J’ai marché lentement en attendant que les gendarmes prennent la distance suffisante pour que je puisse fuir. Au moment où personne ne me regardait, j’ai couru et je me suis caché derrière une porte rouillée. J’ai attendu trois minutes puis je suis ressorti de la cachette et trouvant la voie libre, je suis rentré au camping pour me laver et me changer. »

Le maire qui a été appelé sur place par les gendarmes était un peu fâché mais tout s’est bien terminé pour l’équipe des « yallah » et l’affaire a été classée. Idriss dit en prévision des commentaires à venir sur cette affaire : « J’ai beaucoup appréhendé le récit de cette scène en voyant les nombreux commentaires ultra négatifs d’internautes qui ne comprennent pas certains comportements et qui se permettent de nous juger. Prenez tout ça au second degré sinon nous serons encore catalogués de fouteurs de merde. Donc ayez du recul sur certains articles et ne portez pas de jugements déplacés. »

Nadia Méhouri, Idriss et Abdel

« Le maire, il nous a grondés comme des gamins »


Interpellation au Grand Pressigny
envoyé par Bondy_Blog

Pierre Murcia

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Nadia Méhouri

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