Tags, poussière, grue, bruits de marteaux-piqueurs, skateurs… Pas de doute, on est à la Friche dans la Belle de Mai, un des quartiers les plus populaires de Marseille. Ici, la population est métissée : Italiens, Portugais, Espagnols, Algériens, Comoriens… ce quartier est un reflet de Marseille, une ville aux différents visages. Face à la Friche il y a le nouveau pôle média où s’est installé la chaîne télé LCM ainsi que les studios cinémas où est tourné le feuilleton Plus Belle la Vie.

Lorsqu’on passe la porte de la Friche, un autre décor. Les murs sont anciens, tagués, un pan a été abattu. Les ouvriers travaillent dans l’ossature de cet immense labyrinthe à côté des parties déjà rénovées. Dans cette ancienne manufacture de tabac laissée à l’abandon au début des années 1990, la vie a repris le dessus. D’abord devenu lieu de squat et d’habitat d’une population paupérisée, la plus grande friche du monde avec ses 45 000 m2 à disposition s’est transformé petit à petit un lieu de rencontres. Les associations de quartier s’y sont installées, les artistes, les jeunes…

Cette idée de « carrefour d’échanges et d’expérimentations », c’est celle qu’a voulu conserver l’architecte, Patrick Bouchain. Sur les toits de la Friche, une étendue de béton encerclée par les immeubles, on distingue la tour CMA-CGM, centre du nouveau quartier d’affaire de la cité phocéenne. L’architecte explique comment en rénovant la Friche il cherche à conserver son identité. « On a simplement fait des trous, montre-t-il, afin de faire entrer la lumière», précise l’architecte. L’idée n’est pas d’aseptiser mais de mettre les lieux aux normes pour pouvoir y travailler.

« MP 2013 »

« MP 2013 », ça sonne comme un nom de mission. Et ça y ressemble bien. La présentation de la programmation de Marseille-Provence, capitale européenne de la culture 2013 , en grande pompe le 19 janvier à La Carterie dévoile un projet colossal : une année d’évènements culturels (concerts, danse, théâtres divers, arts graphiques…) sur un vaste territoire (73 communes). Aussi étonnant que cela puisse paraître, les décideurs des Bouches-du-Rhône semblent, pour une fois, avoir réussi à s’entendre autour d’un projet commun. Le président de Commerce et d’Industrie de Marseille Provence 2013, Jacques Pfister, s’exprime fermement : « Nous sommes capable du meilleur (…) et d’étonner l’Europe entière. » La hache de guerre semble donc enterrée au profit d’objectifs plus nobles : « Transformer le territoire par la culture, débattre des grands enjeux de la Méditerranée »

En tout, plus de 500 projets répartis en trois étapes qui se suivront chronologiquement : Marseille-Provence accueille le monde, Marseille-Provence à ciel ouvert, Marseille-Provence aux milles visages. Pour être à la hauteur de l’événement, Marseille se refait une beauté avec la construction ou la rénovation de nombreux théâtres, musées, lieu de concerts et de création. Les investissements phares : le Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM), le Centre régional de la Méditerranée (CeReM), le Musée des Beaux-Arts au Palais Longchamp, la rénovation du hangar J1 sur le port en lieu de spectacles ouverts…

« Un accélérateur de projets »

La Friche fait partie des nombreux projets soutenus pour l’objectif 2013.  Déjà des salles de spectacles, d’expositions et des restaurants ont été construits à La Friche. Le résultat est étonnant. Les bâtiments gardent leur aspect industriel mais l’aménagement intérieur est confortable et adapté. A l’horizon 2013, une crèche, l’Institut Méditerranéen des Métiers du Spectacle, deux pôles théâtre, une salle d’art contemporain y seront installés. Renaud Muselier, député UMP des Bouches-du-Rhône qui est de la visite, insiste : « Il n’y a pas de développement économique sans développement culturel. » Pour Patrick Bouchain être capitale européenne de la culture a été « un accélérateur de projets » pour la Friche. Actuellement, ce sont près de 80 entreprises qui travaillent à la réhabilitation, environ 400 personnes plus qu’au temps de la manufacture.

La Friche se veut à la fois un projet culturel et d’utilité publique. Il est mené par la Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC), forme de démocratie participative active qui donne le pouvoir décisionnel aux acteurs du lieu. Au cœur des préoccupations : rendre poreux le site culturel à la rue. Le 7 juin, l’ancien site industriel fêtera le déménagement dans ses nouveaux locaux de l’ensemble des associations (environ 70). Vous y êtes chaleureusement convié.

Charlotte Cosset

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