En hommage au centenaire de la Première Guerre mondiale, hier soir s’est tenue, à la salle Jean Dame, dans le II° arrondissement parisien, la projection du film documentaire les Poilus d’ailleurs, du  réalisateur et écrivain Medhi Lallaoui. La soirée a été suivie d’un tour de table en présence du réalisateur et d’autres intervenants dont Edwy Plenel.

Dans une salle de cinéma partiellement remplie, en plein Paris, s’exprime un réalisateur. « Personne n’était né il y a 100 ans, pourtant la Grande Guerre, la grande boucherie résonne encore ! On a pu voir plusieurs dizaines de films à la télévision, où l’on parle des poilus d’ailleurs mais ils ne font que partie du décor. On ne sait pas qui ils sont, comment ils on été recrutés, ce qu’ils ont fait, comment ils ont été traités après la guerre…» explique le réalisateur et président de l’association Au Nom de la mémoire, Medhi Lallaoui.

Le film documentaire Les poilus d’ailleurs est une réponse à ses questionnements. Après s’être illustré avec de nombreux films traitant de l’histoire d’Algérie tels que Les massacres de Sétif, Un certain 8 mai 1945,  Le silence du fleuve et bien d’autres… Le réalisateur part cette fois-ci à la recherche  de son identité par le biais de ses racines, de ses aînés, de ces pères… Ces oubliés de l’histoire, ces autres poilus de la Grande Guerre. Il ne refait pas l’histoire, mais il la dissèque à travers des portraits saisissants, des images d’archives et  commentaires d’historiens en remettant au goût du jour ce conflit centenaire.

La projection du documentaire a été suivie d’un débat animé entre autres par Edwy Plenel, Président et directeur de publication du site Médiapart, Gilles Manceron (historien), Myriam Cottias (historienne et présidente du comité national de la mémoire et l’histoire de l’esclavage), Samia Messaoudi (journaliste) et le réalisateur du documentaire, Mehdi Lallaoui.

« On parlait des fusillés pour l’exemple, mais j’ai appris que c’est uniquement  avec ces troupes coloniales qu’il y a eu ce choix de faire des tirages au sort… D’en prendre dix, non par rapport à des refus, mais envers des gens qui ne pouvaient pas aller charger » s’indigne le maître de conférences de la soirée,  Edwy Plenel.

Dans un livre du même nom que son documentaire (éditions Au Nom de la mémoire), Mehdi Lalloui revient sur ces soldats qui ont combattu pour la France. Ainsi, il explique que durant la guerre 1914-18, l’Afrique du Nord a fourni 300 000 soldats dont la moitié étaient algérien. L’Afrique noire quant à elle mobilisait 200 000 tirailleurs que l’on regroupe sous une seule et même appellation de tirailleurs sénégalais, alors qu’ils représentent une cinquantaine d’ethnies. Sans compter d’autres combattants de Martinique, Guadeloupe, Nouvelle Calédonie, Réunion, Comores, Madagascar, Somalie et également 50 000 Indochinois.

« C’est un trou de mémoire dans les souvenirs français, cette utilisation des troupes coloniales. Il y a une gêne et elle se constate par l’absence de lieu de mémoire, de monuments. En Avril 1917, au moment de l’offensive Nivelle avec le Général Mangin, en 3  jours il y a eu un taux de perte de l’ordre des 2/3 des tirailleurs sénégalais engagés. Ils on été utilisés dans des conditions problématiques. Le problème des pensions n’a pas été posé… les veuves de guerre avaient le droit  à des pensions mais pas dans le cas des coloniaux. » confie l’historien Gilles Manceron.

Il nous est présenté des témoignages émouvants accompagnés d’archives, de photos témoignant du déchirement des familles pour le départ d’un fils, d’un frère, d’un père pour la Grande Guerre. Pour beaucoup d’entre eux, c’est un aller simple dans un conflit armé. Certains reviennent mais meurent quelques semaines, quelques jours après le retour du front. C’est un goût amer que laisse la Grande Guerre aux anciens combattants et à ses proches. « Pendant la guerre nous sommes frères mais après la guerre nous sommes cousins ! », s’indigne un ancien combattant antillais marqué par les ravages du temps et de la guerre.

« Il est important que l’histoire de ces poilus d’ailleurs soit inscrite dans l’histoire de France… C’est notre plus gros défi et on y travaille. Il faut le rappeler que la gestion de ces populations coloniales repose sur une vision très racialiste. Elles ne sont pas égales entres elles… Il y a la vision du noir qui représente la force bestiale, qu’on peut envoyer au premier rang dans les tranchées… Alors que l’annamite va être considéré un peu plus doux, un peu plus fragile mais qui peut être plus intéressant dans les usines de guerre. Les coloniaux ne sont pas tous égaux, on ne leur reconnaît pas les mêmes droits et les même devoirs » lance Myriam Cottias.

Le temps d’un entracte, une comédienne interprète un chant contesté de l’époque, la chanson de Craonne  car elle est  antimilitariste.

« Il y a vraiment une volonté d’éducation en matière de nos activités avec l’association au Nom de la Mémoire. Je voyais pour la troisième fois les Poilus d’ailleurs du fond de la salle et je me dis : je me réjouis déjà qu’il soit présenté dans un lycée prochainement à Arceuil, à Périgneux ou ailleurs, car il est accessible. Il apporte l’éclairage de toute cette histoire importante qui fait histoire commune » conclue Samia Messaoudi qui est aussi membre de l’association Au Nom de la Mémoire .

Ce documentaire, ainsi que les interventions des invités, résument l’envie de réaliser un travail de mémoire approfondie pour ces soldats d’ailleurs qui se sont battus avec ces poilus d’histoire pour sauver la France. Redonnez un plus de respect  et de dignité à ceux qui on permis de bâtir l’hexagone d’aujourd’hui.

Lansala Delcielo

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