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Ils sont déjà plusieurs dizaines de jeunes dès 12h30 à faire la queue devant le champ de foire à Sarcelles, réquisitionné pour l’occasion. Et pour cause, avec une quarantaine d’artistes au menu, l’affiche est alléchante. Au programme, rappeurs, chanteurs, humoristes, avec des têtes d’affiche tels que Vegedream et Maes adulés par la nouvelle génération ou encore des rappeurs du cru, prêts à ravir les anciens tels que Stomy Bugsy et Arsenik.

Au même moment, de l’autre côté de l’Atlantique, à Montréal, la diaspora guinéenne (dont la famille Bah est issue) organise un évènement similaire. Dans la salle, des stands de vente de tee-shirts, de nourriture, des billets de tombola dont les fonds reviendront au collectif « Justice pour Ibrahima ». Deux mois après la mort tragique d’Ibrahima, le 6 octobre à Villiers-le-Bel dans un accident ayant impliqué un fourgon de police, l’émotion est toujours là et l’envie d’agir est forte.

L’objectif de l’événement est affiché : il s’agit de rendre hommage au jeune homme, médiatiser l’affaire pour obtenir la vérité concernant les circonstances de son décès mais aussi récolter des fonds pour payer les frais d’avocat. Car comme le rappelle en coulisse Assa Traoré, présente avec d’autres familles de victimes de violences policières, « l’argent, c’est le nerf de la guerre pour continuer à se battre ».

Une pétition lancée, les vidéos réclamées

Au milieu de la scène trône une moto blanche et bleue rappelant celle d’Ibrahima. Derrière l’engin, une banderole sur laquelle on peut lire « On veut les vidéos ». Cet appel sera martelé tout au long de la journée par les artistes, les proches et le public. Depuis plusieurs mois, la famille Bah, qui s’est portée partie civile, demande à visionner les vidéos des caméras de surveillance présentes sur les lieux du drame. C’est d’ailleurs pour appuyer cette demande qu’une pétition vient d’être mise en ligne sur Change.org. Le lien est affiché sur l’écran géant et le public est invité à la signer et à la partager sur les réseaux sociaux.

Le rappeur Driver, figure locale, s’occupe d’ambiancer le public. Les artistes se succèdent. Dans la salle des jeunes très réceptifs, mais aussi des familles, et des quarantenaires (voire plus) en attente de voir les membres du Secteur A, prévus en clôture. Ça chante, ça danse, ça snappe dans tous les sens.

Puis la famille Bah monte sur scène, représentée par Diané et Thierno, deux des frères d’Ibo, et sa sœur Hadja. « Votre présence nous fait chaud au cœur, assure Diané. Cette journée est la continuité d’un combat qui risque d’être long. » La voix tremblante, le grand frère poursuit : « Ibo serait fier de vous, qui vous battez auprès de sa famille ». S’ensuit une minute d’applaudissements noyés dans les « Justice pour Ibo » clamés par le public.

Un documentaire sur Ibrahima, réalisé par le média local Calcium TV, est alors projeté sur l’écran géant. Il sera divisé en trois parties et diffusé tout au long de l’après-midi. On y plonge dans l’intimité de la famille Bah, avec des témoignages de la fratrie, des amis d’enfance d’Ibo, d’Aziza, sa fiancée. On y partage des photos de famille, on en apprend plus sur le parcours du petit dernier, titulaire d’un BTS et passionné de moto. Ibo avait 22 ans et « n’avait rien vu de la vie », déplore Diané.

Fédérer tous les quartiers autour d’une même cause

En présentant Ibo à ceux qui ne le connaissaient pas, le grand frère rappelle que son cadet « n’était pas un voleur », en référence au communiqué du préfet qui assurait que la moto d’Ibrahima était volée, le contraire ayant été démontré depuis. De nombreuses familles de victimes sont venues de toute la France apporter leur soutien. Mahamadou Camara, le frère de Gaye, Fatou Dieng, la sœur de Lamine, Siaka Traoré, le frère de Bouna, Awa Gueye, la sœur de Babacar…

« On vient d’une petite ville, on se sent seuls dans notre combat, souffle Cissé Touré, dont le frère Zakaria est décédé en février à Troyes après des coups de taser. C’est important pour nous de venir ici. » Plus tard dans la soirée, deux « sœurs de » devenues des figures de la lutte contre les violences policières, Amal Bentounsi et Assa Traoré, prennent la parole pour appuyer le combat et donner de la force à la foule, accompagnées par Hamid Ait Omghar, frère de Lahoucine, une autre victime des violences policières.

L’événement se termine avec les prestations de Stomy Bugsy et d’Arsenik, qui enflamment la salle. Hocine Radjai, un militant associatif local à la baguette de l’événement, observe le tout avec fierté : « On voulait fédérer tous les quartiers de Sarcelles autour d’une même cause, et conscientiser les jeunes. On a essayé de réunir les générations. Ça s’est très bien passé, il n’y a eu aucun débordement et nous avons même dépassé nos objectifs. Tant mieux car les autorités nous attendaient au tournant. »

Céline BEAURY

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