Moi qui cherchais à quitter la banlieue pour aller m’installer à Paris, je ne comprenais pas l’arrivée de tous ces « vrais » Parisiens dans le 9-3. Ce n’est pas parce que j’approuve les stupides clichés et les stéréotypes que les médias veulent bien  donner aux banlieues. Loin de moi cette idée. Mais habiter à Paris, c’est la classe. Paris, c’est beau, c’est chic, ça brille.

Paris, ce sont les cafés, les boutiques de grandes ou petites marques, ses grands boulevards, ses vieux immeubles, ses lumières et ses Champs. C’est aussi la ville la plus aimée sur Facebook, elle compte autant d’abonnés sur Tweeter que New York. Mais il y a surtout une chose qu’on ne peut oublier, c’est bien le fait qu’elle soit la première destination touristique dans le monde. Mais alors, pourquoi certains quittent-ils la ville lumière ?

Je pense que la majorité connaît déjà la première et principale cause : l’argent. Ce n’est un scoop pour personne. : Paris c’est très cher ! Cependant, vous êtes peut-être une tête de mule (comme moi, il y a un temps) et pensez qu’il y aura toujours un appartement sur Paris à un prix pas trop cher. Ouais, c’est ce que j’espérais aussi…

J’ai pris contact avec Julien Laroche. Âgé de 39 ans et père de trois enfants, il est rédacteur en chef adjoint du Monde.fr. C’est en 2008 qu’il décide d’embarquer sa meute et de lever le camp. Il choisit comme banlieue d’accueil Noisy-le-Sec, et comme pour beaucoup d’ex-Parisiens installés en banlieue, c’est avant tout  « pour des raisons économiques » qu’il est parti. Et oui, la crise n’a épargné personne, même pas les bobos.

En effet, selon l’AFP, le prix du mètre carré a atteint 8 440 euros,  soit 30 euros de plus que l’année dernière. Conséquence  : les ventes ont chuté de 19%. Dans le journal Le Monde, on apprend que le prix d’un loyer par mois pour un deux pièces de 40 mètres carré s’élève à 1 400 euros. Un trois pièces, à 1 800 euros. Pour un appartement refait à neuf, 2 700€.

Ce que veulent dire ces chiffres, c’est : « familles nombreuses ou familles tout court (à moins d’avoir les moyens et l’envie de jeter son argent par les fenêtres), dégagez, il n’ y a rien à voir ! » Cela signifie aussi : « particulier, d’une classe inférieure, ou jeune étudiant à petit salaire, vous aussi, circulez, il n’y a rien pour vous. Mamie ou papy, bénéficiant d’une misérable retraite, vous non plus, n’y pensez pas. Ou si vous y habitiez déjà, peut-être que là, par contre, il serait temps de songer à faire comme notre ami Julien et bien d’autres : partir. »

Heureusement pour toutes ces personnes marginalisées et déçues de ne pas avoir assez les moyens de s’y installer, comme moi, la Seine-Saint-Denis, c’est tout près. De plus, c’est le département le moins cher de la petite couronne au niveau des loyers. Chaque commune est de mieux en mieux desservie, ce qui diminue le temps de trajet pour se rendre à Paris. Certes, ce n’est peut-être pas aussi « classe » que la capitale mais cela dépend du point de vue.

Moi, par exemple, je me souviens que lorsque j’étais petite, habitant à Paris, je n’avais même pas le droit d’aller acheter du pain toute seule, parce que traverser la route était beaucoup trop dangereux. Je rêvais alors du jour où j’allais enfin pourvoir aller seule à la boulangerie et choisir moi-même les bonbons que je voulais. Ce rêve s’est réalisé, seulement une fois que ma famille et moi sommes venues nous installer en banlieue. Aujourd’hui, je suis libre, je n’ai pas peur de traverser et personne ne va me racketter ou brûler ma voiture. Je peux parfaitement me promener dans la rue après 16 heures contrairement à ce qu’ont pu affirmer nos confrères de France Culture.

Les enfants de Julien sont eux aussi très ravis d’habiter à Noisy-le-Sec, mais ce n’est pas le cas malheureusement de sa conjointe, de ses grands-parents et amis. Pourtant, quand je lui ai demandé s’il avait des amis qui se sont, à leur tour, installés en banlieue, il m’a répondu :  » Oui, beaucoup, et pour les mêmes raisons. Les décisions sont motivées à 99% par l’impossibilité de se loger dans Paris intra-muros et de rester dans un entre-soi.»

C’est aussi par conviction que notre ami Julien est venu vivre ici. En effet, il est pour l’ouverture et la mixité sociale. « Ces bobos ont un a priori positif sur le multiculturalisme mais ont la hantise du déclassement social. Ils expérimentent une tension entre l’image qu’ils aiment avoir d’eux-mêmes et la réalité de leurs actes ou de ce qu’ils ressentent. Parfois, cette tension peut être insupportable et quelques incidents non significatifs pris isolément suffisent. Et étonnamment, ce sont parfois ceux qui partaient avec le profil le plus militant qui « craquent » les premiers. »

Viennent ensuite, les raisons tels que le transport, le temps du trajet, parfois très long, entre le travail et le domicile. Il me révèle que « les principales difficultés pour ces bobos, c’est le trajet. La plupart travaille dans Paris intra-muros, voire en banlieue ouest ou sud. C’est la grosse différence avec Montreuil où les bobos, qui se sont installés dans les années 1990 et 2000 étaient bien souvent des artistes intermittents non soumis au métro-boulot-dodo quotidien.»

Autre fait : l’éducation. C’est le seul regret pour Julien. Bien que ses enfants aiment beaucoup aller étudier en banlieue et ne regrettent pas du tout leur ancienne école, Julien pense déjà à l’enjeu du déménagement pour ses enfants. En effet, en venant habiter en Seine-Saint-Denis, ce n’est plus l’académie de Paris qui les représente mais plutôt celle de Créteil. Et avoir Créteil comme académie n’ouvre pas forcément les facultés ou écoles supérieures les plus réputées de Paris.

Paris c’est beau, c’est chic. Mais Paris, a un prix. La question serait de savoir si cela en vaut vraiment la peine en ces temps de crise. Non seulement on devrait poser cette question à ceux qui veulent absolument y habiter, mais aussi à ceux qui y habitent déjà…

Yamina Jarboua

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