Ils sont 2,73 millions en France métropolitaine et DROM, dont 1 675 100 inscrits à l’université : les étudiants souffrent, et l’ont fait savoir le 10 janvier dernier, en manifestant à Paris. Le but ? Dénoncer leurs conditions de vie. La situation est plus qu’alarmante. Selon l’enquête de la FAGE (Fédération des associations générales étudiantes), ils seraient 74% à avoir déjà rencontré des difficultés financières. Cela se fait ressentir dans les secteurs de la santé, du logement, et de l’alimentation. “Je n’ai aucun revenu mensuel, mais mes parents m’aident”, déclare Laura*, étudiante en master en gestion de projet à Paris. “Parfois, je me prive même d’aller chez le médecin, car je ne peux pas forcément me le permettre”. A côté d’elle, Julie, étudiante en deuxième année de droit dénonce avec beaucoup de colère une situation qui, pour elle, ne semble pas s’améliorer. “L’État français devrait davantage écouter nos voix afin de prendre des mesures en adéquation avec nos besoins.” Ils se sentent aujourd’hui en perte totale de motivation, et ont peur pour leur avenir. Saïd, étudiant en Master 2 d’Économie et Management des Ressources Humaines, se confie : “Chaque jour, je me dis que je fais cinq années d’études pour peut-être finir au chômage… Je n’ai pas toujours de quoi payer mon loyer et mes courses, alors j’essaie de me débrouiller comme je le peux. C’est très difficile”.

Une précarité qui perdure

Presque cinq mois que les universités sont fermées. “J’émets un grand point d’interrogation sur l’intérêt que porte notre gouvernement aux étudiants”, déclare Saïda, qui elle, étudie les sciences sociales. “Les aides sont trop sélectives. Les échelons boursiers devraient être suffisamment augmentés pour que l’on puisse manger à notre faim.” L’État a mis en place, lors du premier confinement, une aide financière d’un montant de 200 euros pour les étudiants ayant perdu leurs emploi ou stage, puis une deuxième aide à la hauteur de 100 euros lors du mois de décembre 2020. Par ailleurs, les étudiants boursiers, peuvent bénéficier d’un repas à 1 euro dans les restaurants universitaires du CROUS depuis la rentrée. Toutefois, cela reste insuffisant pour beaucoup d’étudiants.

C’est avec une certaine gêne mais beaucoup d’honnêteté que les étudiants admettent avoir recours au vol. Ils sont cinq à concéder que c’est un acte régulier, et trois à dire que c’est de façon occasionnelle.

A partir du moment où commettre un délit devient vital, c’est qu’il y a un problème

Avec 460 euros par mois, j’évite de m’acheter ce que je veux, j’achète ce dont j’ai besoin”, déclare une étudiante en master communication à Paris. Mais, avoir recours au vol pour des besoins de première nécessité, est malheureusement devenu monnaie courante pour certains.

Désolé, mais c’est trop cher. Voler est devenu nécessaire.” Ils sont plusieurs à le reconnaître, tout en exprimant une certaine honte. Julie dénonce : “à partir du moment où commettre un délit devient vital, c’est qu’il y a un problème.” Ils ont le sentiment d’être livrés à eux-mêmes, au sein d’une société qui ne les écoute pas. “Si je ne vole pas, je ne mange pas”, nous confie Thomas, cet étudiant en master 2 de sciences politiques. “Ce qui se passe est grave, certains étudiants sont mêmes allés jusqu’à se suicider…”.

Quand le vol devient une nécessité

Tout est une question de circonstances : voler une grande firme qui exploite ses employés et ses agriculteurs est déjà plus correct que de voler un petit commerçant”, essaie de se rassurer l’un deux. “Je vole chaque semaine, et cela me fait économiser entre 200 et 300 euros sur un mois. Je peux désormais manger à ma faim, mais avec la conscience lourde.

Au début timides, leurs paroles se libèrent également dans le but d’alerter. Mathieu, lui, est étudiant en troisième année de kinésithérapie : “je sais ce que je risque, mais ça ne m’empêche pas de passer à l’acte. Je pense à moi avant tout”, explique-t-il. Ils vont même jusqu’à être inventif sur la façon de procéder : “Je le fais de façon bien stratégique : je change souvent d’enseigne pour ne pas que ce soit trop flagrant, et je mets les articles dans mon sac. Je fais ça uniquement pour la nourriture ou les produits d’hygiène”, dit Sarah, en licence économie-gestion. Ils prennent en priorité les aliments de tous les jours : eau, riz, lait, gâteaux ou encore des oeufs.

De nombreuses plateformes d’aide ont été créées pour venir en aide aux étudiants, notamment 1 Cabas pour 1 Étudiant, à l’initiative d’Anne Wuattier et Marion Dolisy Galzy, deux mères de familles, sensibles à cette cause. Le but est de permettre une solidarité à leur égard, par des dons de produits non alimentaires.

 Par dépit, ces jeunes étudiants se retrouvent poussés par la pauvreté qui les touche, malgré les quelques aides qu’ils ont pu toucher. Cette méthode extrême semble être pour eux la seule issue, même si ce délit est passible de 3 ans de prison et peut aller jusqu’à 45 000 euros d’amende.

Syrin Souissi

*Tous les prénoms ont été modifiés 

Photo : Halfpoint

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