Malgré l’amour viscéral que le bondynois porte à sa terre, force lui est de reconnaître que sa ville manque d’endroits où on peut festoyer. Beaucoup s’ennuient donc la nuit tombée. Ils errent ici et là dans la cité à la recherche de ce qui constitue pour eux le Saint Graal : un plan ! Pour le Haut Conseil Bondynois, un plan se définit par trois éléments : quatre murs, de la nourriture ou de la musique, et une proportion femme/homme supérieure à une pour huit (moyenne des ambiances bondynoises). Ce dernier point impose à celui qui veut ambiancer de quitter notre terroir absolument stérile en jeunes filles. Il y en a bien dans la ville, mais les plus avenantes se cachent ou fuient nos plans foireux qui se résument le plus souvent, il faut bien l’avouer, à une bouteille de Coca et un paquet de Granola devant la pompe Esso à deux heures du matin.

A moins de se rétracter sur les femmes qui crachent par terre, amatrices de grec double fromage, celles plaçant au sommet de la haute couture le Haut Brice et le survêt Tacchini , le bondynois n’a pas trente six solutions s’il veut trouver compagne, deux en vérité : Le squat, parce qu’aucune personne sensée n’inviterait jamais un rat de cette ville à une soirée et le night club. Dans les deux cas, notre jeune se trouve devant un problème existentiel : Il est indésirable. Il faut dire que sa propension à absolument vouloir vivre des prodigalités du voisin est mal perçue par la plupart des organisateurs de Boums, quant à aller se trémousser sur du bon son en boite, cela relève de l’exploit : à Bondy, beaucoup de faciès ont prit une teinte un peu trop souvent exotique où sont simplement trop repoussant pour la plupart des physionomistes protégeant l’entrée de chaque sanctuaire festif.

Néanmoins rien n’est impossible pour un authentique rat mort, avec un minimum de volonté et après avoir bien étudié l’Art de la guerre de Sun Tzu, on intègre une soirée aussi sûrement que les Greta ou des parisiens qui sentent bon, simple question de stratégie. Dans un premier temps tout repose sur le camouflage, inutile de se garer devant la boite visée ou le physio verra huit corps fleurant bon la banlieue s’extirpés d’une Lada. Non, faites-lui croire plutôt que vous venez de sortir de votre joli appartement bourgeois bohême, a deux pas du club en vous garant assez loin. Et par pitié, évitez ce soir d’affréter les demoiselles qui vous accompagnent dans une camionnette ou un utilitaire. Le transport dans une bétaillère gâterait leur joli teint de rose, or vous aurez besoin de toute cette fraîcheur devant ceux qui vous jugeront. Tout dépend par la suite de la typographie de votre groupe, prenons la composition classique d’un groupe de jeunes clubeurs à Bondy : 5 gars, une fille. Cette dernière est votre seul atout car même une dame de notre cru passe mieux la douane festive que nos faces si pittoresques. Elle doit être mise en avant, ceux derrière doivent jouer sur la nuit et les ombres pour se camoufler de l’inquisiteur.

On proposera ensuite plusieurs formations selon les situations. La meilleure reste le V, elle consiste à placer les personnes dans l’ordre décroissant des chances d’entrées : la fille devant, suivie de près par les moches, et tout au fond, loin sur les ailes, tapis dans le manteau nocturne, les noirs et les arabes. Si aucune jeunette ne vous accompagne, entrer dans la maison du grand Pope reste néanmoins possible, la solution : désagréger la cellule, dispatchez-vous vers d’autres groupes qui seront accueillis à bras ouvert par la viderie. Si malgré tout la sentence du bourreau de soirée tombe, tout n’est pas perdu, sortez votre disque dur et balancez-lui la plus belle disquette que vous pourrez. Tout est bon pour tromper cet être scélérat qui s’octroie le droit de conduire une soirée prometteuse au grec le plus proche. Prenez un accent américain, faites lui croire que vous avez des sous à dépenser, que toute une agence de mannequins vous attend à l’intérieur prête à vous rejoindre sur le bitume en cas de refus. Dites-lui que vous êtes du même coin que lui, ce pays étrange ou seul le caucasien friqué a le droit de danser. Bref soyez inventif. Honorez votre Bondynnerie, car aucun de ceux qui vous toisent du haut de leurs rangs ne peut rivaliser avec vous. Un authentique rat prêt à tout pour échapper à une soirée entre jeunes éphèbes au parc de la mare à la veuve.

Idir Hocini

Idir Hocini

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