Coup de téléphone surprise : on me propose de présenter la météo pour la chaîne de Marseille (LCM). Ne vous imaginez pas un gros truc, genre emploi permanent, ce n’était que pour une journée, mais comme on dit : à chacun son heure de gloire. Au bout du fil, la dame me demande si je serais disponible mardi 2 juin à 12h15. Je lui réponds : « Bien sûr, comptez sur moi. » Je raccroche. J’étais super content.

Le jour dit, je passe à Média2 Méditerranée, l’association d’audiovisuel où je suis en stage et, vers 12h15, je me rends au Pôle Média de la Belle de Mai où la chaîne a ses studios. Je rentre direct. Devant moi, il y a des agents de sécurité. Je passe normal. Ils ne me disent absolument rien. J’étais quand même assez étonné. Je trouve LCM sur un tableau et monte au deuxième étage.

Sur une porte, le logo de la chaîne est collé, je pousse. Et je tombe sur un tout petit studio de 50m2 avec un haut plafond. « Houa ! », me dis-je. Et j’avance vers le plateau sans que personne ne me dise rien. Comme si n’importe qui pouvait entrer là. Enfin, je ne suis pas n’importe qui, bien sûr. Une femme s’approche de moi et me demande : « Tu es Mohamed ? » Je réponds oui et elle me dit d’aller au maquillage. Moi, je l’ai vouvoyée d’entrée et elle m’a tutoyé d’entrée. Elle a pris confiance, on dira. En même temps, je n’ai que 19 ans.

Je m’assois à l’endroit où ils maquillent les invités. La maquilleuse me demande : « C’est votre premier passage à la télévision ? – Sur une chaîne de télé locale, oui, mais je suis passé plusieurs fois sur des webtv. » Elle s’occupe de moi et me met une tonne de maquillage sur la figure. Il faut dire que le 2 juin, j’avais quelques petites imperfections.

Pendant ce temps-là, ils sont encore en plein tournage du journal. « Ne vous inquiétez pas, vous passez à 12h25, me rassure la maquilleuse. Vous n’avez qu’à vous asseoir et regarder la fin du tournage. » Je suis ses conseils. LCM n’a pas vraiment de moyens. Les locaux de la rédaction sont situés juste à côté du studio. Je vois une des journalistes qui chuchote au téléphone pour ne pas que cela s’entende à l’antenne. J’attends, j’attends. Rien. Je commence à trouver le temps long. Le journal se termine à 12H40. Je pense alors que c’est à moi. Eh bien non. Ils enregistrent une autre émission, un de leurs magazines qui dure 10 minutes environ. Sur ma chaise, je n’arrête pas de bailler. J’ai cru que j’allais m’endormir là.

A 12h50, la présentatrice de la météo vient me chercher. Elle me dit d’avancer sur le plateau et me prévient que l’on va faire deux essais. N’imaginez pas qu’il y a un grand fond bleu sur lequel ils incrustent la carte, comme sur les grandes chaînes. Non, là, à la place, ils ont juste une télévision de 107 cm et pas d’écran de contrôle pour se regarder. Le studio est tellement petit que tout se passe au même endroit. Au lieu de pousser la table où le présentateur fait son journal, les techniciens ont juste dévissé les micros pour ne pas que l’on voie que c’est au même endroit. La présentatrice me dit : « Tu t’occupes du temps et moi je m’occupe des températures. »

Juste avant de prendre l’antenne, elle me redemande : « Ah oui, au fait, tu as un surnom ? – Heu non… – D’accord, alors, je t’appellerai Momo. » Je me dis à moi-même : « C’est bon, s’il vous plaît, arrêtez d’appeler tous les Mohamed, Momo. » Je n’ai pas le temps de lui faire la remarque, ça enregistre. Silence. Je me lance dans ma présentation. Comme je suis un peu (hyper) stressé, je me trompe et j’annonce le temps et les températures en même temps alors que les températures, c’est son rayon. Et voilà, hop, c’est fini, tout ça pour deux minutes à l’antenne.

La présentatrice m’a informé des heures de diffusion, m’a dit « bye bye » et je suis rentré chez moi. En sortant, j’ai croisé une actrice de « Plus belle la vie » car le feuilleton a ses studios au même endroit. Je lui ai souri mais elle ne m’a pas calculé. Tant pis. J’ai quand même passé une bonne journée. Je recommande vivement l’aventure à ceux qui voudraient passer à la télé.

Mohamed Zemirli (Marseille Bondy Blog)

Mohamed Zemirli

Articles liés

  • Des jeunes surendettés à cause des amendes du couvre-feu dans les quartiers

    Des familles entières se retrouvent endettées à cause de salves de contraventions liées aux mesures sanitaires. Des associations dénoncent un « phénomène d’ampleur grandissante » et « une application disproportionnée et discriminatoire des mesures ». Une enquête en partenariat avec Mediapart.

    Par Anissa Rami
    Le 26/07/2021
  • La cantine des femmes battantes : solidarité féminine, ambition et cuisine

    #BestOfBB Lancée en fin 2019, l’association dionysienne La cantine des femmes battantes vise l’émancipation des femmes précaires grâce à la cuisine. Tous les weekends, Aminata, Mariame, Maïté et Fatou se réunissent pour cuisiner, vendre et livrer une cinquantaine de plats à Paris et en Seine Saint Denis. Issues de parcours compliqués, ces cuisinières ont décidé de monter l’association dont elles avaient besoin, afin d’aider, par la suite, les femmes qui leur ressemblent. Reportage.

    Par Sylsphée Bertili
    Le 26/07/2021
  • Le blues des petites mains du monde de la nuit

    Après 16 mois de fermeture administrative, les discothèques ont rouvert leurs portes le 9 juillet dernier. Mais alors que l’épidémie repart, l'étau se ressert déjà pour bon nombre de professionnels partagés entre la colère des derniers mois sans activité, et le doute concernant le futur. Nous avons rencontré quelques petites mains du milieu, qui racontent la précarité des derniers mois.

    Par Lucas Dru
    Le 22/07/2021