Le mouvement de protestation au Brésil ne faiblit pas. Dans les rangs de manifestants, beaucoup de jeunes. Même si la star de football Pelé a affirmé son opposition à cette révolte sociale, le combat de la rue semble l’emporter sur le football, véritable religion nationale.

Manif Brésil 1Manif Brésil 1Mardi 17 juin, une journée classique. Je me lève, me douche, petit-déj à midi, Facebook. Et là, je vois plusieurs publications et photos d’amis Brésiliens rencontrés à un voyage scolaire au pays du football et des tongs. Malheureusement je ne suis pas bilingue portugais et ce n’est qu’en regardant les news que je comprends tout cet émoi. « Le Brésil connaît la plus grande manifestation de son histoire depuis 20 ans », reprennent les journaux. Ni une, ni deux je prends des nouvelles de Belo Horizonte via les témoignages de jeunes qui y vivent et comprendre le pourquoi du comment de ces manifestations massives.

Rafael et Ana sont deux jeunes de 19 et 20 ans qui ont et continuent de participer aux manifestations qui secouent le Brésil. La cause est certaine : la hausse du prix du ticket de bus de 20 centimes de real, à cause des installations pour la Coupe du Monde de 2014. Mais pour ces Brésiliens, c’est l’arbre qui  cache la forêt. « Pour les politiques, la situation économique du Brésil est bonne, mais pour le peuple c’est une honte » me dit Ana. «  Les taxes aux Brésil sont parmi les plus fortes dans le monde. La manifestation à plusieurs objectifs, se concentrant sur une demande d’améliorations dans l’éducation et les hôpitaux, la lutte contre corruption…» dit Rafael.

Manif Brésil 2Les manifestants en profitent pour dénoncer d’autres mesures « Nous luttons aussi contre le « cura gay » (soigner l’homosexualité), une proposition pour traiter l’homosexualité comme une maladie psychologique, ainsi que contre le PEC 37 », un projet de loi qui restreindrait le pouvoir d’enquête criminelle à la police et aux fédéraux, privant ainsi les procureurs de ce pouvoir, selon Ana. « Le pire c’est que ces lois absurdes, comme la loi « cura gay » sont en train de passer. Nous devons faire très attention, il faut que ça cesse. » me dit Rafael. Autant de causes qui ont ainsi rassemblé 40 000 Brésiliens à Belo Horizonte à la manifestation du 17 juin, 200 000 dans tout le pays.

Selon Rafael, tout le monde n’est pas ,« Pele et Ronaldo, sont contre les manifestations. Pele a dit d’abandonner les manifestations, le problème que nous avons est de soutenir l’équipe brésilienne. Ronaldo a lui déclaré que nous avons besoin de stade de foot, que nous devons leur donner la priorité », a contrario du footballer Neymar qui soutient la cause des manifestants.

De l’avis de Giovanni, un étudiant en télécommunication et management, diplômé en réseaux informatique, si les médias ont commencé à diffuser les manifestations, «  ils minimisent toujours le nombre de manifestants ». « Il n’y a que quelques présentateurs comme Ratinho  qui ont vraiment critiqué la politique du pays ».

Encore une fois, Facebook  et les autres réseaux sociaux ont fait leur office de réseaux sociaux dans un contexte de révolte sociale. « J’ai été au courant de la manifestation via des amis et Facebook. Il y a des gens de tout âge avec une majorité de jeunes. La manifestation était pacifique au début. » « Tout allait bien, on chantait et on revendiquait la justice ». « Mais certaines personnes en ont profité pour créer le désordre ». « Dans la seconde intervention, près du stade Mineirão, des gens ont commencé à forcer les barrages de la police. La police a commencé a lancé des gaz lacrymogène et tiré des balles en caoutchouc. » « La police n’avait pas d’autres choix que de « contenir » les fauteurs de troubles. Après quelques explosions de grenades-flash et de gaz lacrymogène, mes amis et moi, nous nous sommes mis à l’abri. En allumant la télé, on a découvert que la manifestation était devenue une zone de guerre » me révèle Rafael.

Ana exprime son mécontentement en forme de mise en garde contre le gouvernement. « Nous sommes préoccupés, fatigués, révoltés et nous voulons du changement. Notre mouvement grandit un peu plus chaque jour. Tout le monde est plein d’énergie et le Brésil va être obligé de se maintenir, et nous sommes prêt à lutter. Il y aura bien entendu d’autres manifestations. »

Manif Brésil 3Pour l’instant, les évènements semblent presque lui donner raison, effectivement le prix du ticket de bus est déjà revenu à son prix d’origine dans plusieurs villes comme Recife, Sao Paulo, Rio de Janeiro. Mais cela suffira-t-il a calmer l’ardeur de ce mouvement populaire de masse ? Giovanni pense que « c’est ce qui se passe en ce moment, et pourtant on constate que ça n’a pas faiblit. J’ai toujours su qu’au vu des proportions qu’a pris le mouvement, le mouvement ne s’affaiblirait pas si facilement ». La présidente Dilma Rousseff s’est dit mardi être à l’écoute des revendications des manifestants, sans cependant faire des propositions concrètes. « Je ne pense pas qu’elle écoutera vraiment les manifestants, elle prendra quelques mesures et essayera de calmer le jeu avec quelques petits changements qui pourraient affaiblir la manifestation. Des changements qui ne prendront pas immédiatement effet sur la vie des Brésiliens », conclut Giovanni. Il en faudra sûrement plus pour satisfaire la population mécontente du Brésil.

Tom Chazelas

 

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