« Mobilisation urgente (…) pour un relogement immédiat ! » C’est par un court-métrage publié sur Facebook que le cinéaste Samir Abdallah alerte lundi 15 juin sur la catastrophe qui s’est abattue sur son logement, dans le quartier des Malassis à Bagnolet.

En rentrant dimanche soir, c’est une vision à peine croyable qui attend Nadia et Samir. Il y a, d’abord, l’odeur immonde qui se dégage de leur logement situé au rez-de-chaussée. Et puis, en ouvrant la porte, l’horreur. Baignoire et toilettes remplies à ras bord d’excréments, tapis et meubles imbibés d’eaux usées… Le couple est stupéfait : « Quand on est rentrés, il y avait 2 à 3 centimètres d’excréments au sol. Toutes les pièces ont été touchées. La machine à laver ne fonctionnait plus. On devait marcher avec des bottes dans la maison. »  

MOBILISATION URGENTE LES AMI-E-S!Rdv CE LUNDI 15 JUIN 2020 À 16h DEVANT l’OPHLM DE BAGNOLET au 25 RUE LÉNINE POUR UN RELOGEMENT IMMÉDIAT! Toute la khara de l’immeuble nous est tombée sur la tête ! Nous habitons Nadia, moi même et nos 2 filles au rdc d’un HLM dans le quartier mal nommé des Malassis de Bagnolet. C’est la 4ème fois que cela nous arrive depuis 2 ans : les canalisations d’évacuation des excréments bouchées = l’appartement est inondée de la m… des 7 étages de tout le bâtiment. Nous exigeons un relogement immédiat et décent dans un F5!Nous avons besoin de votre mobilisation, Merci de votre soutien Samir Abdallah

Publiée par Samir Abdalla sur Lundi 15 juin 2020

Locataires depuis 10 ans, le couple et ses deux filles sont victimes pour la quatrième fois en moins de cinq ans d’incidents liés à l’état du logement. Fuite d’eau, évier bouché, humidité… Ils enchaînent les litiges. « Cette fois-ci, c’est trop, lance l’enseignante. Je ne veux plus vivre ici, je demande à ce que l’on soit relogés. Ce n’est pas la première fois que ça arrive. Je ne veux plus avoir de mauvaise surprise en rentrant de vacances ou de soirée. »

Rattaché aux canalisations des appartements des six étages qui le précèdent, le F3 de Nadia et Samir a subi le reflux des eaux usées de leurs voisins. Après la réparation et le nettoyage des lieux par une société dépêchée par l’Office public de l’habitat (OPH) lundi dans la journée, une odeur nauséabonde planait encore dans l’appartement deux jours après l’événement.

Des mésaventures partagées et répétées

Occupants d’un logement situé dans la deuxième colonne du même immeuble, Abdel et Yamina font eux aussi état de problèmes liés aux canalisations de l’immeuble. « Une fois, on a aussi eu des dégâts similaires, raconte Abdel. Il y avait une fuite d’eau au niveau de l’évier de la cuisine. Quand je suis descendu regarder dans les canalisations, j’ai trouvé 5 cm de calcaire. » Et il suffit de prolonger un peu la conversation pour entendre une nouvelle anecdote : « Un jour, la voisine d’à côté, qui est une dame âgée, est venue toquer à notre porte en pleurs parce qu’elle avait elle aussi une fuite d’eau. »

Dans le hall, les témoignages se succèdent. Tandis que Nadia partage avec ses voisins ses mésaventures, les locataires qui entrent et sortent de l’immeuble ce jour-là, se joignent à la conversation, se plaignant eux aussi d’incidents survenus dans leur logement.

Le constat est le même pour le laboratoire d’analyses médicales situé au pied de l’immeuble. Depuis sa création il y 40 ans, celui-ci fait régulièrement l’objet de dysfonctionnements des canalisations et de fuites d’eau. « On vit sous l’eau », plaisante le propriétaire.

Idéalement situé, à deux pas de deux écoles primaires, d’une crèche, d’un centre commercial et très bien desservi par les transports en commun, l’immeuble est pourtant très demandé selon le gardien. Nadia confirme avec regret : « C’est dommage de devoir quitter les lieux. C’est vraiment un coin agréable à vivre. »

Si on n’a pas de retour dans les trois jours…

Selon Nasser, le gardien, le manque de civisme des locataires serait la principale cause de l’incident, excluant l’usure éventuelle des canalisations. Celui-ci pointe l’accumulation d’objets incongrus dans les canalisations : « En 22 ans de gardiennage, je n’ai jamais vu autant de lingettes. » Un incivisme qui serait davantage le fait de la deuxième colonne de l’immeuble, où loge le couple, plus sujette à des problèmes de canalisations que l’autre.

Pour le gardien, la solution passe avant tout par la sensibilisation des riverains. « J’ai demandé à l’OPH qu’un courrier soit fait pour sensibiliser les locataires au respect des parties communes, souligne le gardien. J’ai l’intention de le remettre en mains propres aux locataires, notamment de la deuxième colonne, pour le leur signifier de vive voix. »

La famille réfute toutefois de faire de l’incivisme la seule explication. Nadia est certaine qu’il y a bel et bien un problème structurel avec les canalisations des eaux usées.

Logé temporairement chez des proches, le couple est en attente d’une solution d’hébergement d’urgence, promise par le directeur de l’OPH. À bout de nerfs, le réalisateur prévient : « Si dans les trois jours on n’a toujours pas de retour de leur part, nous retournerons devant l’OPH pour manifester. »

Contacté, l’OPH de Bagnolet n’a pas donné suite à nos sollicitations à l’heure où nous publions cet article.

Soraya BOUBAYA

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