Bakary est en 6ème et la violence pour lui, ce sont les coups, se battre pour se défendre car il considère que c’est son seul moyen pour se faire entendre. « Quand on se bat , ça ne vient pas forcement de nous, ce sont les autres parfois qui nous poussent à nous battre». Il raconte qu’il s’est battu pour la première fois en maternelle.

Je n’étais pas étonnée par la vision de Bakary sur la violence, je pense que c’est lié à son âge mais je pense aussi que, d’une façon générale, on est influencé par ce que nous voyons et entendons à la télévision, surtout quand la fiction est mélangée à la réalité. Cela nous incite à faire la même chose.

La violence est sans règles, sans limites

Pour Tania, en 4ème, au-delà de la violence physique, il y a les violences verbales, psychologiques, conjugales. Elle parle aussi de « violence sauvage » quand on se donne les coups sans savoir pourquoi. Elle pratique la boxe et raconte : « pour moi on ne peut pas comparer la violence à la boxe parce que je trouve que la violence est sans règles, sans limites. Par contre, la boxe est un sport avec ses règles et ses limites par exemple quand on dit stop tu t’arrêtes »

Orlane est en 3ème et pour elle, la violence c’est tout ce qui fait mal que ce soit des coups ou même des paroles. Elles a déjà utilisé la violence en insultant sachant que les mots peuvent faire très mal. La personne qui les reçoit peut se sentir persécutée. Elle pense qu’il n’y a pas tellement de différence entre les garçons et les filles, et qu’une fille peut même être plus violente.

En discutant avec elles, je ne m’attendais pas à entendre ces réponses qui n’associent pas la violence seulement aux coups car c’est l’inverse de ce que j’entends le plus souvent entre jeunes. Je rejoins toutes ces réactions et spécialement sur la violence verbale. La gravité de ce type de violence c’est qu’elle nous touche intérieurement et peut nous suivre toute la vie.

Dehors, il n’y a personne pour nous surveiller et nous demander d’arrêter

J’ai demandé à Diaby en 4ème si il y’ avait des degrés de violence entre les petits et les grands, et il a répondu que « oui car les petits auront très vite pitié et les grands s’en moquent ». Alors je lui ai demandé comment est la violence au dehors du collège : « elle est très forte à cause des rixes et d’autres formes d’agression». « Dehors il n’y a personne pour nous surveiller et nous demander d’arrêter » ajoute-t-il.

En fait, je pense que quelque soit l’âge certains peuvent s’arrêter à temps et d’autres non. Ce qui limite la violence c’est la maîtrise de soi.

D’où vient la violence et comment la limiter ?

Parfois,  j’entends des élèves qui parlent des clips des rappeurs en imitant les gestes utilisés et en disant qu’ils veulent faire comme eux. Je me demande si la musique (et le rap en particulier) pousse à la violence.

Thomas Savidan est enseignant d’histoire-géographie et je lui ai demandé son point de vue sur la violence au collège et sur les questions posées. « Il y a peu de violence physique, les insultes sont constantes mais le harcèlement a augmenté. Cela s’explique par ses deux années particulières, les élèves sont fatiguées, nerveux et s’attaquent plus vite verbalement à cause du manque de dialogue ».

Je suis d’accord mais, je crois aussi que cette violence augmente à cause des réseaux sociaux : le harcèlement se développe beaucoup sur ces supports et dans le partage de photos et de vidéos violentes. Pourquoi les jeunes font-il confiance à ces photo alors qu’ils savent très bien qu’on peut faire des montages ?

Au sujet de la violence filles/garçons, le professeur pense que les filles sont moins dans la violence physique en raison de leur éducation mais que les insultes sont aussi nombreuses autant du côté des filles que des garçons. Sur l’âge, il ajoute que « Oui les 6e sont physiquement moins forts et donc auront moins de violence. Les 3e se prennent parfois pour des caïds et doivent assumer ce rôle par la violence. Les petits prennent parfois exemple sur les grands ».

Après avoir eu toutes ces réponses, je me suis posée une question : comment limiter les actes violents ?

Je crois qu’apprendre à limiter la violence, ça commence à la maison puis à l’école. En effet, écouter les conseils donnés permettront de tomber moins vite dans la violence. Pensons à la générations d’aujourd’hui qui considère que les coups valent mieux que la parole mais demandons-nous plutôt est-ce que la parole peut réduire la violence ? Les jeunes doivent réfléchir et regarder vers l’avenir car comme on dit « on ne passe qu’une fois sur le chemin de la vie ».

Rokia SAMBAKE

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