Un marché qui pèse 5 milliards d’euros en 2010 et qui augmente tous les ans de 10%, deux fois plus que celui du bio. Force est de constater que le halal ne laisse pas indifférent. Les musulmans que cela intéresse peuvent maintenant déguster des hamburgers conformes à la charia. Quick, la chaîne de fast food franco-belge, a fait le grand saut en décidant de « halaliser » huit restaurants situés dans des villes ayant une forte communauté musulmane.

La commune de Garges-lès-Gonesse fait partie des élues. Elle a vu son restaurant Quick adopter une parure 100% halal. Dorénavant, fini le porc ou l’alcool, voici le jambon de dinde ou au « bacon » charia compatible. Pour qu’un restaurant obtienne le label « halal », la règle musulmane interdit la cohabitation des aliments relevant du rite religieux avec d’autres qui y sont étrangers. Pour le moment, l’expérience est un succès commercial. Alors que le KFC voisin a perdu une grande partie de sa clientèle estampillée musulmane depuis que sa certification halal a été mise en doute. Quick a le sourire.

Le fast food de Garges ne désemplit pas : « On n’arrête pas, c’est de la folie. Avant le halal, on travaillait très peu, depuis c’est la foire d’empoigne tous les jours », affirme une vendeuse du restaurant. Un succès qui n’est pas près de s’arrêter, lorsqu’on sonde les clients : « Habituellement, je me contentais d’un menu fish. Et quand j’ai appris que Quick faisait du halal, je me suis précipité pour avaler un hamburger. Aujourd’hui, j’ai pris un abonnement », dit avec gourmandise Mohamed, un étudiant en médecine.

Un chiffre d’affaires en très forte augmentation qui s’accompagne d’un changement profond de la clientèle : « Notre clientèle est quasi exclusivement musulmane aujourd’hui. Or il y’a quelques mois cette clientèle-là était très peu présente dans notre restaurant, on avait plus l’habitude de servir des personnes non musulmanes », raconte l’employée du restaurant.

Le choix du 100% halal fait par Quick à Garges ne se réjouit pas tout le monde : « Je me suis arrêté pour prendre un hamburger au bacon, et j’apprends que ce n’est pas du porc. Franchement, je suis déçu. Car la dinde et le porc ce n’est pas le même goût », dit Georges, un chauffeur routier de passage. Quick se trouve face à un choix cornélien : répondre à une forte demande de halal tout en excluant les aliments non islamiques très peu demandés dans des régions où réside une importante communauté musulmane.

Pour toute déclaration, la direction livre un communiqué de presse : « Nous donnerons nos conclusions à l’issue du test dans six mois, pour le moment nous ne souhaitons pas polémiquer », affirme la chargée de communication de Quick France.

En attendant, les associations musulmanes habilités à certifier la viande halal se livrent une bataille sans merci pour s’accaparer ce marché. A la différence du cacher qui possède une seule organisation pour certifier sa viande, le halal est contrôlé par plusieurs associations : AVS, Mosquée de Paris, Mosquée d’Evry… Concernant Quick, c’est la Mosquée d’Evry qui contrôle la viande : « Attention, nous certifions la viande du fournisseur de Quick, mais pas du restaurant lui-même. D’ailleurs, nous souhaitons que les musulmans puissent se doter d’une seule organisation nationale pour certifier la viande en France », dit un membre de la Mosquée d’Evry. Un vœu pieux loin de recueillir l’assentiment de toutes les organisations musulmanes.

Chaker Nouri

Paru le 18 février 2010

Chaker Nouri

Articles liés

  • Le blues des petites mains du monde de la nuit

    Après 16 mois de fermeture administrative, les discothèques ont rouvert leurs portes le 9 juillet dernier. Mais alors que l’épidémie repart, l'étau se ressert déjà pour bon nombre de professionnels partagés entre la colère des derniers mois sans activité, et le doute concernant le futur. Nous avons rencontré quelques petites mains du milieu, qui racontent la précarité des derniers mois.

    Par Lucas Dru
    Le 22/07/2021
  • « On avait envie de ramener les vacances en bas de leurs bâtiments »

    Avec la crise sanitaire, pour de nombreux jeunes des quartiers populaires, l’été se passe souvent à la maison. Pour faire face à un été compliqué, des associations proposent (heureusement) des alternatives pour les plus jeunes. Reportage.

    Par Kamelia Ouaissa
    Le 16/07/2021
  • Le fast food social de l’Après M, 13 organisé à Marseille

    Dans les quartiers Nord marseillais, l’Après-M est en pleine phase de transition : de la débrouille à la structuration, mais toujours dans une quête d'indépendance. En pleine discussion avec la mairie phocéenne qui a annoncé son rachat, le 9 juillet prochain l’Après-M connaîtra la nature de sa propriété et de ses propriétaires. En attendant, l’auto-organisation locale reste toujours la marque de fabrique de la structure qui continue de fournir de l’aide alimentaire. Reportage.

    Par Amina Lahmar
    Le 08/07/2021