En hommage à Clément Méric, des rassemblements ont eu lieu dans certaines villes françaises. Plusieurs se sont déroulés à Paris. Widad était rue Caumartin. 

Des mines déconfites, des regards de colère, des bras levés et des « ¡No pasarán! » en rafale se sont retrouvés aux alentours de 17h, aujourd’hui, dans la rue Caumartin. Cette même rue qui était, mercredi, le théâtre de l’assassinat de Clément Méric, ce jeune, tantôt étudiant de science-po, tantôt militant d’extrême gauche, mais surtout victime de la haine et de la barbarie.

Un discours, une banderole, des fleurs et surtout la volonté de marquer une différence claire et nette entre ce rassemblement et « le rassemblement politique » de la place St. Michel. Des militants anti-fascistes, des passants, des anonymes, des jeunes et des moins jeunes, tous sont venus se recueillir sur les lieux où on a ôté la vie à Clément. Tout le monde était bienvenu aujourd’hui, tout le monde sauf des représentants politiques, tentés de récupérer ou d’instrumentaliser l’évènement. Et c’est une certaine Nathalie Kosciusko-Morizet qui en a fait les frais. Elle est arrivée accompagnée de son cordon de sécurité, son ex-rival éconduit à la primaire UMP et bien évidemment suivie de toutes les caméras présentes toute la journée. Huée, sifflée, insultée: « salope », « dégage », « connasse», « tu n’as pas honte? », « un peu de respect, un peu de décence ». Une foule plus que hostile à la candidate UMP qui n’a pas eu le temps de se recueillir, ne serait-ce que quelques secondes. A peine arrivées, elle et son équipe ont directement quitté les lieux.

Une brève apparition qui a suscité de vifs débats au sein de la foule, lassée de voir les politiques récupérer et utiliser la mort. « C’est indécent de venir ici aujourd’hui, c’est intolérable, c’est avant qu’il fallait agir, quand elle était au pouvoir. Qu’est-ce qu’elle a fait pour lutter contre l’extrémisme? », s’interroge une jeune femme avant d’ajouter : « aujourd’hui qu’elle est candidate à Paris, elle vient montrer sa tête. On ne veut pas d’elle ici ». D’autres s’interrogent sur le climat délétère ou sur la vie en général : « nos vies ne nous appartiennent plus aujourd’hui. Si j’aime le blanc et tu aimes le noir, tu vas me tuer pour ça? C’est ça? Voilà à quoi on en est réduit. C’est minable, lamentable », explique une jeune fille qui était présente mercredi soir. « On protège les animaux mais les hommes que sont-ils devenus? », ajoute-t-elle avant de s’interroger sur le rôle des personnes présentes hier pendant le lynchage. « Tous les vigiles qui étaient présents, ils n’ont rien fait hier, ils devraient tous être renvoyés un par un!! » Un jeune homme qui travaille près de la rue apporte quelques roses, touché par le drame, il explique qu’il a vu le corps du jeune homme en sortant de son travail mercredi : « j’ai vu un corps au sol, un drap blanc qui le cachait, il était mort ou alors ils savaient qu’il allait mourir, ils l’auraient emmené plus rapidement à l’hôpital sinon », commente-t-il.

Le matin, Manuel Valls s’était également rendu sur place pour condamner le drame parlant d’ « acte d’une violence gravissime », point de terrorisme dans la bouche du ministre de l’Intérieur qui pointe du doigt la « banalisation des mots sur internet qui favorise le passage à l’acte ». Banalisation des mots sur internet  mais surtout banalisation des idées extrêmes à la télé, présence de Serge Ayoub sur les plateaux faisant foi. En effet, tout transpirant sur i>télé, le leader skinhead a clairement accusé Clément Méric d’être un agresseur, estimant qu’il était mort tout seul en se cognant sur le poteau. Faut-il s’indigner de ses propos ou de sa présence sur les plateaux? Je ne sais plus. En attendant, toutes mes pensées vont vers la famille et les proches de ce jeune garçon, lui qui se battait pour la paix, j’espère qu’il y reposera…

Widad Kefti

 

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