Hier, 19h, place de la Bastille. De nombreuses personnes sont venues rendre hommage à Stéphane Hessel. La perte de ce grand monsieur suscite une grande tristesse. Les différentes prises de parole ont ce même message: « Indignez-vous! »

Suite à l’annonce de la mort du diplomate Stéphane Hessel, des indignés attristés ont lancé toute la journée, via les réseaux sociaux, l’idée d’un rassemblement à Paris, place de la Bastille, hier, mercredi 27 février à 19h. Date de la mort de Stéphane Hessel.

« Soyons nombreux à rendre hommage à ce grand humaniste, penseur et résistant. Chapeau Monsieur HESSEL, un grand merci pour tout. Venez avec des bougies », voilà ce que disait cet appel lancé sur facebook et twitter et repris par les médias. L’ancien diplomate Stéphane Hessel a dû attendre d’avoir 93 ans pour jouir d’une notoriété mondiale. En 2010, son livre « Indignez-vous » s’est écoulé à plusieurs millions d’exemplaires. Mais au-delà du succès commercial, ce petit manifeste a été érigé en élément fédérateur pour tout un mouvement de contestation de la jeunesse. Ce soir Place de la Bastille, c’est un immense chagrin que l’on peut percevoir sur le visage de tous ces indignés, qui ont fait le déplacement pour rendre un dernier hommage à « leur père« , comme ils l’appellent ! L’ancien résistant est mort dans la nuit de mardi à mercredi à l’âge 95 ans. Amis et hommes politiques de tous bords honorent depuis l’annonce de sa mort un homme enthousiaste, courageux et dont la hauteur de vue avait dépassé les frontières.

Virginie et Solen sont collègues de travail. Elles ont entendu parlé de cet appel au bureau. En quittant le travail, elles ont donc marqué l’arrêt à Place de la Bastille. « Ce matin en écoutant la radio, je me suis sentie très triste. J’aime beaucoup le personnage, son livre, son indignation. Je me sens moi-même comme une indignée ! On est des indignés orphelins ce soir ! » Pire, lui répond Solen : « Ce matin, j’étais bouleversée, comme si j’avais perdu mon père. Il a ouvert la voie et maintenant, il nous passe le flambeau. C’est pour cela que je voulais, à tout prix, être là ce soir. » Sandrine est une autre indignée présente sur la Place, elle a suivi l’appel et sa consigne à la lettre. Elle tient dans une main la Une du Monde datée du 28 février 2013 avec Stéphane Hessel en page de couverture et dans l’autre, une bougie qui éclaire la photo de Monsieur Hessel, avec la cire qui coule, comme si la bougie pleurait, l’image est saisissante !   » J’ai ramené plein de bougies avec moi, je les distribue. Vous en voulez une ? J’ai ramené tout un stock. » Comme Sandrine, ce sont des centaines (environ 200 selon les organisateurs) de citoyens touchés par l’engagement de cet humaniste, militants d’association et militants socialistes qui sont présents ce soir sur cette Place. Des étrangers, des touristes, certains sont là depuis des heures, d’autres s’arrêtent 5 minutes en sortant du travail. La foule est rassemblée face aux grands escaliers, face à la bastille, elle écoute les personnes, qui à tour de rôle, rendent hommage à Stéphane Hessel en s’exprimant au micro. Des photos, des bougies, des hommages sur les pancartes.

bougiesVoilà ce que l’on peut apercevoir Place de la Bastille. Certains sont même venus avec leurs enfants. Comme Malika :  » Dès la sortie de l’école, on est venu ici. On a pris notre goûter ici avec les enfants. Moi, mes enfants, je veux qu’ils lisent ce livre plus tard. Je pense que la situation sera pire, c’est un héritage que nous a laissé Stéphane Hessel avec son livre et sa résistance. A nous de continuer, ce serait le plus bel hommage à lui faire. » Ses deux fils ont 11 et 8 ans. Ils ne comprennent pas trop ce qui se passe ce soir. Ils savent que ce grand monsieur est mort. Malgré le froid hivernal, leur maman leur a trouvé une occupation, ils se réchauffent en allumant toutes les bougies posées sur les marches. A côté des bougies, plein de photos sont posées. Des photos que le public a ramenées, parfois accompagnées de fleurs qui s’accumulent de minutes en minutes. A tour de rôle, ils prennent la parole, les gens applaudissent. Des messages positifs, d’encouragement.  » A nous de continuer à faire vivre Mr Hessel ! Indignez-Vous ! « , crie un monsieur à la fin de son discours. Tout le public présent l’applaudit, y compris Romain, qui est un membre du mouvement des indignés :  » C’est un grand monsieur, il a laissé une trace dans l’Histoire et il en laissera une dans le futur, c’est sûr !  On est tous là pour le saluer ce soir, c’est important de lui rendre cet hommage c’est la moindre des choses. Il mérite une reconnaissance nationale; ils transmettaient un espoir pour nous tous. On est vraiment triste ce soir !  »

Un certain Mohamed prend la parole : «  Bonsoir, dès l’annonce de sa mort, je me devais d’être ici ce soir pour lui rendre hommage, à ce grand monsieur. Le monde perd un grand homme qui voulait faire changer les choses… Faites comme moi, indignez-vous. Ce soir, en venant ici en métro, je n’ai pas pris de ticket, et vous savez quoi ?! Même les contrôleurs, en leur disant que j’étais indigné, eux aussi l’ont été et m’ont laissé partir !!!  » Les gens retrouvent un peu le sourire, applaudissent l’humour de Mohamed malgré la tristesse. Chacun explique la raison de sa présence en adressant un petit hommage personnel. Stéphane Hessel dénonçait notamment l’écart croissant entre les très riches et les très pauvres, le traitement fait aux sans-papiers et aux immigrés, ainsi que la dictature des marchés financiers. Ses prises de position pro-palestiniennes lui ont valu des critiques acerbes d’une partie de la communauté juive l’accusant d’être antisémite.

J’ai pu rencontrer ce soir, des iraniens, des français, des pro-palestiniens, des sans-papiers, des retraités. Tous sont venus pour honorer la mémoire d’un grand résistant, dans le but surtout, de continuer et poursuivre sa résistance, comme ils disent :  » Il ne faut pas le tuer une seconde fois, continuons à le faire vivre par nos actions et nos indignations… »

 

Mohamed Mezerai

 

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