En septembre dernier, un collectif de voyageurs de la ligne P et du RER E ont mis en place une pétition en ligne à l’attention de Valérie Pécresse, afin d’obtenir le remboursement de la période du 15 juillet au 8 septembre de l’abonnement au Pass Navigo. Les usagers s’insurgent des conditions de voyage qu’ils estiment indignes. Dans leur viseur, des suppressions de trains et des problèmes de circulations. La présidente de la région Ile-de -France a fait voter par IDF Mobilités le 9 octobre dernier un vœu qui demande à la SNCF de dédommager les voyageurs concernés. Cette pétition – que je me suis empressé de signer – est l’occasion parfaite de vous faire partager nos galères auxquelles nous, les usagers téméraires du RER E, sommes confrontés quotidiennement.

Je pourrais vous raconter 1001 histoires qui m’ont conduit à considérer cette ligne du réseau express régional comme la pire de toutes. Certes, les problèmes se sont accumulés cet été (étant à l’étranger, j’ai eu la chance de les éviter !), mais depuis l’année dernière les conditions de voyage se sont dégradées à tel point qu’il faut s’armer de courage pour être prêt à emprunter cette ligne. Prenez par exemple les départs en gare de Paris-Est, initialement le train est censé partir de Haussmann Saint-Lazare pour ensuite desservir la gare du Nord puis toutes les autres gares jusqu’à Chelles Gournay. Néanmoins, sur la période 2018-2019, il m’est arrivé un nombre incalculable de fois en arrivant à Haussmann pour prendre le dernier RER vers chez moi de tomber nez-à-nez avec un agent SNCF qui m’indiquait que les départs des trains s’effectuaient depuis la gare de l’Est.

Aucune annonce au préalable, aucune notification sur mon application SNCF (que je scrute désormais avant le moindre trajet afin de vérifier l’état du trafic), seulement un agent devant une rubalise chargé de diriger les voyageurs mécontents vers la gare de l’Est. Et lorsque je tombais sur l’agent devant la rubalise, je savais que la soirée allait longue, très longue. Comptez environ 25 minutes pour rejoindre Paris-Est en pleine nuit, entre les temps de marche et d’attente et la durée du trajet. Le pire dans l’histoire, c’est qu’une fois là-bas vous n’êtes pas assuré de trouver un RER qui vous ramènera chez vous, bien au contraire !

Sortir à l’ouest de Paris ? Quelle idée !

Certaines fois, il n’y avait aucun RER allant en direction de Chelles, ce qui m’a contraint à prendre le Noctilien puis marcher jusqu’à chez moi. Je mettais 1h30 voire 2 heures pour rentrer de Paris, alors qu’il me faut 15 minutes en RER pour rejoindre Bondy depuis la capitale. Alors très vite, toute sortie sur Paris le soir devait être planifiée à l’avance avec une organisation militaire, j’en avertissais mes amis avec des phrases du type : « Attendez les gars, je vais checker l’appli SNCF pour voir si j’ai encore des trains ! » ou encore « Vous ne voulez pas qu’on se capte plus tôt ? Parce que je vais galérer au retour sinon ». Sortir vers les quartiers ouest était devenu inconcevable, je n’étais limité qu’à l’est de Paris.

Vous ajoutez à cela les incidents voyageurs qui me font parfois arriver avec plus d’une heure de retard à la fac ou paralysent le réseau pour une durée indéterminée, ce qui a pour conséquence de rester bloqué dans la rame entre deux gares dans l’attente de plus d’informations. Cela s’est encore produit samedi dernier alors que j’attendais le départ du dernier train à Gare de l’Est : las d’attendre, devinez ce que j’ai fait…

J’ai pris le Noctilien, évidemment ! Je peux aussi vous parler des trains courts durant les heures de pointe : une véritable marée humaine qui s’engouffre dans la rame à l’ouverture des portes, ce qui entraîne inévitablement des cris, des larmes, des disputes entre voyageurs. Nous sommes également pas en reste de suppressions de trains sans aucune justification : il y a encore deux semaines, je n’ai pas pu me rendre en cours puisqu’une fois à la gare le panneau d’affichage indiquait la suppression de tous les trains prévue dans l’heure en raison d’un « problème technique ». Vous l’aurez compris : voyager sur le RER est devenu un véritable calvaire. Et je ne suis pas le seul à penser cela.

La sécurité également en jeu

Marc*, par exemple, a 39 ans et il vit aux Pavillons-Sous-Bois.Rencontré sur le quai à la gare de Bondy, il m’a fait part de son témoignage : « Je travaille dans le quartier d’Opéra, raconte-t-il. Plusieurs fois le matin, le conducteur nous annonçait que le terminus s’effectuerait en gare de Paris Est. Autant vous dire que la journée commence bien ! ». Il poursuit : « Une fois là-bas, vous êtes obligés de courir pour remonter le quai et prendre le métro avant que tous les autres passagers s’y engouffrent. Certains matins, j’ai dû laisser passer trois métros avant de pouvoir en prendre un. J’arrive au travail en sueur avec le regard étonné de certains collègues ».

Olivia*, 23 ans, étudiante en histoire de l’art a également une relation conflictuelle avec le RER et pour cause : « J’ai l’habitude d’aller chez mes potes qui pour la plupart habitent à côté de Rosa Parks (dans le 19e arrondissement, ndlr). Il m’arrive de prendre le RER pour rentrer et on me dit, en arrivant à la gare, que ma station n’est pas desservie, explique-t-elle. Parfois, je peux m’arranger pour rester dormir chez mes amis ou prendre un Uber mais par moment, je suis obligée de prendre le tram, le métro puis le bus. Et voyager seule tard la nuit n’est pas forcément safe, vous comprenez ?  Je pense que la sécurité est aussi l’un des gros problèmes du RER E ». Mécontente quant à la qualité du service, elle aimerait avoir un réseau ferroviaire de meilleure qualité : « En fait, au prix auquel on paie notre abonnement, il serait juste normal d’avoir un train qui fonctionne normalement. »

La colère des usagers est donc palpable et à l’aube des travaux pour étendre la ligne ainsi que l’installation du métro dans certaines gares desservies par le RER dont Bondy, Valérie Pécresse et la SNCF ont tout intérêt à répondre à nos demandes, nous les voyageurs téméraires du RER E.

Félix MUBENGA

*Les personnes interrogées ne souhaitant pas être reconnues, leur prénom a été modifié. 

Articles liés

  • L’urgence d’apprendre à nager en Seine-Saint-Denis

    Dans le cadre de l'opération "savoir-nager", quatre bassins éphémères vont se relayer tout l'été dans différentes communes de Seine-Saint-Denis pour enseigner la natation dans le département le plus carencé en infrastructure, où un élève sur deux ne sait pas nager en entrant au collège. Reportage.

    Par Meline Escrihuela
    Le 28/07/2021
  • La solidarité sur tous les champs à Villetaneuse

    #BestofBB À Villetaneuse, les générations se mêlent autour des potagers solidaires et du cinéma. L'association l'Autre champ et le collectif du Ver Galant organisent des distributions de fruits et légumes, des ateliers jardinages, des séances de cinéma pour faire éclore le lien social dans cette période de pandémie. Reportage.

    Par Eva Fontenelle
    Le 27/07/2021
  • Des jeunes surendettés à cause des amendes du couvre-feu dans les quartiers

    Des familles entières se retrouvent endettées à cause de salves de contraventions liées aux mesures sanitaires. Des associations dénoncent un « phénomène d’ampleur grandissante » et « une application disproportionnée et discriminatoire des mesures ». Une enquête en partenariat avec Mediapart.

    Par Anissa Rami
    Le 26/07/2021