Alors que la troupe des Enfoirés doit faire face à une polémique sur leur nouveau clip « Toute la vie », les bénévoles ne ménagent pas leurs efforts sur le terrain. Cristel est allée à la rencontre de l’antenne de Bondy.
Coluche a créé les restaurants du cœur en se basant sur une idée simple, celle de se chauffer. Il a choisi de distribuer de la nourriture l’hiver pour que les gens puissent se chauffer avec l’argent qu’ils ne dépenseraient pas pour se nourrir. À Bondy, les restos du cœur ont vu le jour en 1987 à l’initiative de la municipalité qui avait mis à disposition les locaux du centre Georges Brassens ainsi qu’un camion trois fois par semaine pour le transport de marchandises.
L’accueil des familles se fait dans une salle d’attente avec des chaises pour s’asseoir, un petit coin café, des petits gâteaux et des petits livres pour les faire patienter. C’est un endroit où l’on échange. Nadia, une bénéficiaire me confie : « je suis très émue quand j’arrive ici, tous mes soucis disparaissent, car l’accueil est très chaleureux. Cela fait deux ans que je viens ici, surtout depuis que mon mari a perdu son emploi. Moi, j’ai toujours été femme au foyer. Nous avons quatre enfants. Ça nous aide et nous permet de nous approvisionner en aliments de base ». Une autre personne m’explique sa présence ici : « depuis mon divorce, je vis seule avec mes deux enfants et je viens ici pour les mêmes raisons. Cela me dépanne bien, car je n’ai pas d’emploi stable à part des missions d’intérim et CDD… ».
Les colis distribués par les 56 bénévoles ventilés entre ceux qui s’occupent des inscriptions des bénéficiaires, de l’accueil du public, du déchargement des camions, de la distribution… le sont en fonction du type de famille. C’est-à-dire les petites familles jusqu’à trois personnes (familles monoparentales avec un ou deux enfants et les familles avec un enfant) et les familles nombreuses à partir de quatre personnes.
« Pour bénéficier de l’aide alimentaire, il faut vivre en dessous du seuil de pauvreté. Lors de l’inscription, nous avons des barèmes bien définis pour l’identifier. Nous avons ici à Bondy beaucoup de familles monoparentales. Les deux types de famille bénéficient en hiver deux fois par semaine du même colis composé à chaque fois des mêmes aliments pour ne pas faire de différence d’une famille à l’autre. En revanche, la distribution se fait une fois par semaine en inter campagnes pendant les périodes d’avril,-mai et septembre-octobre en plus de l’hiver pour les familles les plus précaires, celles qui n’ont vraiment aucune ressource » explique Florence Klein, responsable du site « J’ai une famille nombreuse, mon mari est en fin de droit au niveau du chômage. Il a 55 ans et c’est plus difficile de retrouver du travail et moi de mon côté je fais quelques ménages pour pouvoir m’en sortir, car ici la nourriture donnée ne nous suffit pas pour tenir le mois même si ça nous dépanne ». Une autre personne dans une situation moins précaire me dit : « L’argent que je ne dépense pas pendant la période de distribution, je peux l’utiliser pour les loisirs de mes enfants et leur acheter des vêtements » m’explique une bénéficiaire.
Chaque année, le bénéficiaire doit renouveler son inscription, la situation personnelle peut évoluer d’une année à l’autre. Mme Klein me fait remarquer : « fin janvier 2014, nous avions 683 familles inscrites contre 619 aujourd’hui même si malheureusement d’une année à l’autre, ça ne désemplit pas. On constate cependant cette année une diminution générale sur toute l’Ile-de-France et même sur certains départements de France. Nous constatons cette tendance, mais nous n’avons pas encore assez de recul pour pouvoir l’expliquer ». Elle rajoute : « le but n’est pas seulement de leur donner de la nourriture, mais aussi de les orienter pour les sortir de la précarité. On oriente aussi les bénéficiaires vers des associations du 93 ».
L’association s’appuie notamment sur différents partenariats, notamment avec la « CPAM (Caisse primaire d’assurance maladie) qui vient faire ici chaque année sur une période de 15 jours des bilans de santé gratuits à nos bénéficiaires ». À ce sujet, une bénéficiaire me confirme : « je ne savais pas comment faire pour mes démarches administratives et le CDAD m’a bien aidé à ce moment-là ». Une autre déclare : « nous avons rencontré une assistante sociale qui a mis en place nos droits et elle nous a dit que nous trouverions tout ce que nous aurions besoin aux restos du cœur pour notre famille ».
Mme Klein, la Responsable des restos du cœur à Bondy me fait aussi remarquer : « avant, on ne prenait que les gens de Bondy. Aujourd’hui, nous prenons aussi des personnes sans domicile fixe. Dans ce dernier cas, nous avons pour eux deux domiciliations sur Bondy : le Secours catholique et le CCAS (Centre Communal d’Action sociale). Cela demande aussi qu’ils aient aussi un suivi social sur la ville ».
Il y a également durant cette période hivernale la période de Noël où les restos du cœur de Bondy distribuent des jouets aux enfants des familles bénéficiaires. Dans ce cas, un autre partenaire précieux intervient qui est le lycée privée de l’Assomption à Bondy où les élèves de seconde avec leurs professeurs se chargent de collecter les jouets, de les nettoyer et de faire les papiers cadeaux.
« Cette année nous avons distribué des jouets à 498 enfants entre 0 et 8 ans, ce qui correspond à 289 familles » raconte une bénévole. Une bénéficiaire se trouvant là confirme : « cela m’a permis de faire plaisir à mes deux enfants de 4 et 6 ans, car je n’avais pas les moyens de leur faire des cadeaux à Noël ». Florence Klein me cite avec émotion une phrase qu’un élève lui a dite : « on a fait tout ce travail, mais moi, mon travail sera terminé quand je verrai les yeux de ces enfants briller lorsque je leur donnerai le cadeau ».
Au niveau du département de la Seine Saint-Denis, la centrale d’achat qui se trouve à Villepinte s’approvisionne en denrées alimentaires grâce aux dons. Elle fournit Bondy en fonction du nombre de familles inscrites. Il y a aussi la collecte nationale qui a lieu tous les ans au mois de mars pendant deux jours. À Bondy, il existe un partenariat avec 3 à 5 magasins (Monoprix, Intermarché…) où les bénévoles réussissent chaque année à collecter environ 3 tonnes de marchandises. Il s’agit de dons alimentaires faits par les clients à la sortie des magasins. « Cette collecte nous sert ensuite pour l’inter campagne, c’est-à-dire celle faite en avril,-mai et septembre-octobre pour les familles les plus précaires » conclut la responsable du site de Bondy.
Cristel Fabris

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